Interdiction des ventes à découvert avant la fermeture des marchés ?

Interdiction des ventes à découvert avant la fermeture des marchés ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 17 mars 2020 à 11h42

Face à une crise sanitaire sans précédent, les appels en faveur d'une fermeture temporaire des marchés tendent à se multiplier. Une éventualité pas si simple à envisager et qui semble loin de faire l'unanimité...

Coupe-circuits à Wall Street, interdiction des ventes à découvert dans plusieurs pays en Europe... Les opérateurs de marché tentent d'enrayer la chute des places boursières par divers moyens. Des mesures ponctuelles ou mises en place il y a de longues années, mais qui peinent aujourd'hui à produire leurs effets. Face à un scénario sans précédent dans l'ère nouvelle' et à une récession qui ne fait désormais plus aucun doute de part et d'autre de l'Atlantique, les investisseurs liquident leurs actifs risqués sans discernement. Des ventes massives à l'origine de chutes historiques des indices ces derniers jours, tant aux Etats-Unis que sur le Vieux continent.

Seules les Philippines sont passées à l'action

Dans ces conditions, les économistes et professionnels de marché s'interrogent sur une éventuelle fermeture temporaire des places boursières. Les Philippines ont été les premières à dégainer lundi en annonçant l'arrêt, jusqu'à nouvel ordre, de tous les échanges d'actions, obligations et devises. La suspension des marchés en temps de crise est extrêmement rare mais n'est pas sans précédent. Wall Street a fermé ses portes pendant près d'une semaine après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, tandis que Hong Kong a interrompu ses opérations à la suite du crash du lundi noir en 1987. La Grèce a fermé sa bourse pendant environ cinq semaines en 2015. Plus récemment, Pékin a décidé de prolonger la fermeture des marchés pour le nouvel an lunaire à la suite de la propagation de l'épidémie de coronavirus dans le pays.

"Un instrument qui fait partie de l'arsenal des autorités"

Pour Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, une fermeture temporaire des marchés financiers fait ainsi partie des outils que les autorités peuvent envisager d'utiliser face à la crise provoquée par l'épidémie de coronavirus. "C'est un instrument qui fait partie de l'arsenal des autorités au moment où elles pensent que les marchés financiers ne remplissent pas leur mission consistant à fournir du financement aux entreprises, fournir des véhicules d'investissement et d'épargne aux entreprises, aux institutions et aux particuliers et à trouver le juste prix des actifs en fonction de l'évolution économique", souligne le spécialiste.

Lors d'une conférence téléphonique, l'expert a précisé que l'illiquidité actuelle des marchés, qui vivent des "krachs" à répétition, et les dysfonctionnements observés sur plusieurs classes d'actifs sont des signes indiquant que leur fonctionnement est perturbé. "Nous n'appelons pas à la fermeture des marchés mais nous pensons qu'il est juste pour les autorités de commencer à y réfléchir", a toutefois souligné Frédéric Rollin.

Forte volatilité

D'autres spécialistes voient également cette éventualité plutôt d'un bon oeil, à l'image de Tomo Kinoshita, stratégiste marché chez Invesco Asset Management. "Alors que moins de personnes peuvent participer aux marchés, cela expose le marché à une plus grande volatilité. C'est une situation difficile, et bien sûr, ce n'est pas souhaitable. Mais à court terme, cela peut avoir un sens", explique-t-il à 'Bloomberg'.

Justin Tang, responsable de la recherche asiatique chez United First Partners à Singapour, affirme de son côté que "la peur est omniprésente en ce moment, comme en témoigne la volatilité sans précédent. L'ennemi, c'est nous-mêmes en ce sens que nous réagissons réellement à une perte de contrôle de la situation étant donné que personne ne sait vraiment jusqu'où cela peut aller - comme ce fut le cas le 11 septembre. La suspension portera préjudice à ceux qui comptent sur les échanges pour obtenir un revenu, mais donnera le temps aux participants de se calmer et d'évaluer la situation de manière rationnelle. Un week-end ne parait pas suffisant pour cela".

Les grandes Bourses mondiales plutôt réfractaires

Malgré ces quelques appels plus ou moins tranchés à des fermetures temporaires de marchés, les Bourses et les régulateurs ont pour la plupart minimisé ou rejeté cette idée. Les Bourses de Corée et d'Indonésie ont par exemple déclaré qu'elles n'envisageaient pas de fermer les marchés, tandis que Sydney a indiqué que les régulateurs du marché "disposent d'une série de mesures, dont certaines ont déjà été prises, pour maintenir l'ordre et la résilience du marché". Le président de la Commission américaine des opérations de bourse, Jay Clayton, a déclaré dans une interview accordée lundi à 'CNBC' que les marchés boursiers devraient continuer à fonctionner.

"Important que les marchés restent ouverts" pour la patronne du NYSE

Pour la dirigeante du NYSE, Stacey Cunningham, "il est important que les marchés restent ouverts, et qu'ils fonctionnent de manière équitable et ordonnée, comme ils l'ont été. Bien que nous soyons profondément conscients des préoccupations des investisseurs concernant la baisse des prix et que nous y soyons sensibles, le marché est le reflet des grandes incertitudes que tout le monde connaît en ces temps difficiles. Fermer les marchés ne changerait pas les causes fondamentales de la baisse, supprimerait la transparence du sentiment des investisseurs et réduirait l'accès des investisseurs à leur argent. Cela ne ferait qu'aggraver l'anxiété actuelle du marché".

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