Internet: face à la méfiance, SFR revoit sa stratégie sur la fibre

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 SFR revoit sa stratégie sur la fibre

SFR revoit sa stratégie sur la fibre

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© AFP, ERIC PIERMONT
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AFP, publié le mercredi 13 décembre 2017 à 16h37

Si l'annonce par SFR l'été dernier de son intention d'installer la fibre internet en France seul, sans argent public, avait fait l'effet d'une petite bombe, l'abandon de cette ambition par l'opérateur sonne comme l'échec d'une stratégie qui n'a jamais convaincu.

Dans l'intervalle, la situation du groupe a changé: le cours de Bourse de sa maison mère Altice s'est effondré à la suite de résultats trimestriels jugés décevants, le groupe a changé de direction et donne la priorité désormais au désendettement.

Le plan de fibrer tout la France avait dès le départ suscité le scepticisme et des interrogations chez de nombreux observateurs, qui soulignaient que l'opérateur n'avait jamais chiffré le coût d'un tel projet.

Même si le nouveau PDG de SFR, Alain Weill, a expliqué mercredi devant les députés que cette stratégie a été abandonnée du fait des "difficultés" du groupe dans ses relations avec les collectivités provoquées par le plan, l'intérêt financier, pour un opérateur, d'un réseau fibré sur 100% de l'Hexagone posait également question.

"Les différentes zones de déploiement ont été mises en place en fonction de la rentabilité", rappelle ainsi Sylvain Chevallier, spécialiste télécoms chez BearingPoint. "On avait alors jugé que les zones moins denses n'étaient pas rentables" pour plusieurs réseaux fibrés.

Avec le plan France très haut débit, l'Etat a divisé le territoire entre les zones très denses, dans lesquelles chaque opérateur doit déployer son propre réseau, les zones moyennement denses partagées entre opérateurs souhaitant y mener le déploiement, et les zones peu denses, sous la tutelle des collectivités locales.

Dans ces dernières, le développement des réseaux d'initiative publiques (RIP), qui reposent sur un partenariat public-privé dans la majorité des cas, rend ces zones "encore moins rentables", assure M. Chevallier qui s'interroge: "on les jugerait non rentables pour un seul réseau mais cela le deviendrait pour deux?"

- Risque de ralentissement du déploiement -

Une note des analyses du cabinet Bryan Garnier, publiée début décembre, soulignait que le plan de SFR "pouvait paraître séduisant mais faisait courir un risque double qui conduirait  paradoxalement dans tous les cas à ralentir les déploiements" dans l'Hexagone.

Le plan annoncé par SFR avait avant tout comme objectif, selon le cabinet, de "mettre la pression sur Orange afin de renégocier un partage en zone moyennement dense plus favorable mais aussi sur les autorités publiques pour obtenir une évolution du cadre".

Lors de son intervention devant les députés de la commission des affaires économiques, Alain Weill a d'ailleurs estimé que "les appels d'offres passés pour les RIP présentaient parfois quelques problèmes", prenant l'exemple du Grand-Est, qui avait rejeté paradoxalement la candidature d'Orange, en s'interrogeant sur la solidité économique de l'opérateur historique, pour choisir un petit opérateur.

Plus que de peser sur les discussions avec l'Etat et Orange, l'annonce d'une couverture totale du territoire en fibre était également un moyen pour SFR de repartir de l'avant en montrant qu'il investissait fortement dans ses réseaux.

Face à la stratégie de concurrence par les infrastructures d'Orange, SFR, qui est l'autre principal opérateur d'infrastructures du pays, ne pouvait pas sembler en retard.

"Orange tente de se déployer dans toutes les zones, selon différentes stratégies, et est désormais en position de force. Il est probable que SFR ait tenté de répondre à cela par cette annonce", envisage M. Chevallier.

Reste qu'en annonçant l'abandon du plan dans un contexte beaucoup plus défavorable pour le groupe, SFR prend le risque de brouiller son message en donnant le sentiment de ne plus avoir les moyens de ses ambitions.

Une crainte que le secrétaire général de l'opérateur, Régis Turini, a voulu calmer devant les députés: "Nous investissons 2,3 milliards d'euros dans nos réseaux et nous poursuivrons. Le fibrage est largement terminé sur la zone dense et nous serons au rendez-vous sur la zone AMII" (zone moyennement dense), a-t-il insisté.

Une zone sur laquelle SFR se bat pour obtenir une rééquilibrage du déploiement, assuré pour l'heure à 80% par Orange. Avec le soutien de l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep) dont le président, Sébastien Soriano, a "appelé à un meilleur équilibrage entre les deux opérateurs".

 
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