Iran : quelles conséquences pour Total, Airbus, Renault, Peugeot et les autres ?...

Iran : quelles conséquences pour Total, Airbus, Renault, Peugeot et les autres ?...©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 09 mai 2018 à 06h44

C'est donc désormais officiel. Donald Trump a annoncé mardi soir que les Etats-Unis quitteront l'accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015, qui avait également été signé par la France, le Royaume-Uni, la Russie, l'Allemagne et la Chine.

Cet accord avait mis en oeuvre la levée partielle des sanctions économiques contre l'Iran, en échange du gel et de la mise sous contrôle international du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans.

Mardi soir, Donald Trump a donc annoncé que Washington allait rétablir pleinement les sanctions américaines contre Téhéran... Dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des intérêts américains et l'Iran. Pour les contrats existants, les sanctions seront rétablies à l'issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours...

Total, opérateur du champ gazier iranien South Pars 11

Or, ce retour des sanctions américaines pourrait remettre en cause des projets de grande envergure prévus en Iran par de grands groupes français, à commencer par Total, Renault, Peugeot et Airbus. En effet, les activités de ces groupes aux Etats-Unis (très importantes pour Total et Airbus) risquent d'être remises en question par des sanctions américaines, s'ils continuent d'investir en Iran malgré l'embargo.

Dans le cas de Total, le groupe pétrolier français a fait son retour en Iran en juillet 2017, en signant un contrat avec la National Iranian Oil Company (NIOC) pour développer la production de la phase 11 d'un immense champs gazier, South Pars. Total, opérateur du projet, est engagé sur 20 ans par ce contrat et détient une participation de 50,1% dans South Pars 11. La première phase du projet représente pour Total un investissement de l'ordre de 2 milliards de dollars, avec un investissement initial d'environ 1 Md$.

Enjeux importants

Or, dès novembre 2017, le PDG du groupe pétrolier français Patrick Pouyanné avait laissé planer un doute sur ce programme, affirmant que Total examinera ses options concernant son investissement en Iran, si les Etats-Unis décidaient d'imposer des sanctions contre l'Iran...

M. Pouyanné avait souligné les enjeux importants pour le groupe français, qui est très présent sur le marché américain. "Nous travaillons aux Etats-Unis, nous avons des actifs aux Etats-Unis, nous venons d'acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis", avait-il souligné.

Peugeot et Renault ont tous deux parié sur l'Iran

Les deux constructeurs automobiles français sont aussi très engagés sur le marché iranien, où le taux d'équipement automobile est encore très bas. Le marché iranien, actuellement estimé à 1 million de véhicules, pourrait tripler de taille ces prochaines années.

Pour profiter de cette manne, Peugeot a signé début 2016 son grand retour en Iran, pays qu'il avait été contraint de quitter en 2012 sous l'injonction de son allié de l'époque, l'américain General Motors, qui exigeait que le français applique l'embargo de Washington vis-à-vis de Téhéran...

En janvier 2016, Peugeot a signé un accord pour créer une joint venture avec le groupe iranien Iran Khodro, déjà partenaire du groupe français avant son départ forcé d'Iran. L'objectif est de produire à terme 200.000 véhicules par an en Iran, avec une production démarrée en 2017.

Accord stratégique

Renault, resté présent sur le marché iranien malgré les sanctions, a signé en 2016 un accord stratégique pour accélérer le développement de ses ventes dans le pays, via une nouvelle société commune avec IDRO (fond d'investissement et de rénovation de l'industrie en Iran), et Parto Negin.

L'objectif est de produire 150.000 véhicules par an dans un premier temps, ce qui s'ajoutera aux capacités existantes du groupe dans le pays de 200.000 véhicules.

Une commande d'une centaine d'Airbus pour Iran Air

Enfin, Airbus a reçu fin 2016 une commande de la compagnie iranienne Iran Air portant sur une centaine d'appareils pour un montant catalogue de 20,8 milliards de dollars (17,5 milliards d'euros). D'autres commandes iraniennes, notamment pour des hélicoptères, sont en négociation.

Mardi soir, Airbus a réagi aux annonces américaines, en temporisant... Le groupe va examiner la décision de Donald Trump avant de bouger, a annoncé mardi l'avionneur européen, ajoutant que cela prendrait du temps. "Nous analysons attentivement cette annonce et évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et dans le respect complet des sanctions et des règles de contrôle des exportations", a dit le responsable de la communication d'Airbus, Rainer Ohler.

Une centaine de Boeing commandés au groupe américain

De son côté, concurrent américain d'Airbus, Boeing, a indiqué dès mardi soir qu'il se conformera à la décision de la Maison Blanche de rétablir les sanctions. Le groupe américain a lui aussi signé de gros contrats en Iran depuis l'accord international de 2015...

En décembre 2016 , il a conclu la vente de 80 appareils à Iran Air, d'une valeur catalogue de 16,6 Mds$. Mais la livraison des premiers appareils, qui était prévue pour fin 2018, avait été reportée. Boeing avait aussi signé un contrat pour la vente de 30 appareils 737 Max (3 Mds$) à la compagnie iranienne Aseman.

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