Iter: des dizaines d'années et des milliards d'euros pour un chantier titanesque

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Le chantier Iter, le 10 octobre 2018 à Saint-Paul-les-Durance, dans les Bouches-du-Rhône
Le chantier Iter, le 10 octobre 2018 à Saint-Paul-les-Durance, dans les Bouches-du-Rhône
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© AFP, CHRISTOPHE SIMON

AFP, publié le samedi 20 octobre 2018 à 10h42

Quelque 2.300 ouvriers, un chantier de 42 hectares, un projet lancé il y a 12 ans et une facture estimée à près de 20 milliards d'euros: les chiffres entourant le projet Iter, qui doit permettre de créer un réacteur expérimental à fusion nucléaire, donnent le tournis. 

"On va devoir assembler des pièces de plusieurs centaines de tonnes avec une précision du quart de millimètre", déclare Bertrand Bigot, le patron d'Iter Organization, dans une formule qui résume l'ampleur des travaux en cours à Saint-Paul-lès-Durance (Bouches-du-Rhône), à une quarantaine de kilomètres d'Aix-en-Provence.

Sur le chantier --un des plus importants d'Europe-- lancé en 2010, des milliers d'ouvriers s'affairent pour ériger les infrastructures où sera mené l'un des plus vastes et complexes programme de recherches au monde.

Le projet auquel participe 35 pays est ambitieux: recréer l'énergie illimitée qui alimente le soleil dans l'espoir de remplacer les énergies fossiles grâce à la fusion nucléaire. 

"Les énergies renouvelables qui proviennent presque toutes du soleil (...) ont intrinsèquement des limites. Ces énergies pourront peut-être produire jusqu'à 50% de l'énergie mondiale dont nous avons besoin. Pour les 50 autres, il faut trouver un substitut aux énergies fossiles et cette option, c'est l'ambition de la fusion", s'enthousiasme Bertrand Bigot.

Au cœur du dispositif, une gigantesque machine inventée par les Russes, un tokamak, où sera produit la réaction de fusion née de la collision des noyaux de deux variantes de l'hydrogène (le deutérium et le tritium) provoquée par des températures de l'ordre de 150 millions de degrés.

"La fusion consiste à reproduire dans une machine les réactions physiques qui se produisent au cœur du soleil et des étoiles. Dans cet espace, on va avoir une machine au cœur de laquelle on va allumer un petit soleil qui va générer de l'énergie pour produire de l'électricité", vulgarise Robert Arnoux, chargé de communication d'Iter Organization.

- "Pas de surcoût considérable" -

Pour contenir l'énergie, les ingénieurs ont construit des "arcs-boutants inspirés des cathédrales gothiques, comme les avaient conçus les architectes du Moyen-Âge pour répartir les forces", explique-t-il devant la couronne de béton.

Dix fois plus grand que ses homologues, le tokamak d'Iter qui contiendra les forces exercées dans la cage magnétique est un défi de haute technologie "sans équivalent dans le monde", vante M. Arnoux.

Pour transporter les pièces nécessaires --parfois hautes de 20 mètres et pesant plusieurs centaines de tonnes--, environ 100 kilomètres de route ont été aménagés autour du site accolé physiquement au centre d'études nucléires de Cadarache, avec lequel il n'a aucun lien.

Les giratoires et les routes ont été renforcés pour supporter des poids de 900 tonnes et permettre aux convois exceptionnels, circulant de nuit sur l'autoroute fermée pour l'occasion, d'apporter les pièces fabriquées par les pays partenaires arrivées par voie maritime puis acheminées par barge jusqu'à l'Etang de Berre. 

"Le défi le plus grand c'est d'être sûr que le bâtiment sera prêt au printemps 2020 à accueillir tous les grands composants du réacteur" attendus au plus tard en 2021, explique M. Bigot.

Les premiers éléments, trois réservoirs en provenance de Chine et des Etats-Unis ont déjà été positionnés, se réjouit le physicien qui à sa reprise en main du projet, en 2015, avait été contraint de repousser la date des premiers tests à 2025 au lieu de 2020 avec à la clé un triplement du coût estimé depuis à 18,6 milliards d'euros.

"Il n'y pas eu de surcoût considérable, mais le projet avait été totalement sous-estimé. Vous savez, 35 pays qui acceptent de s'engager pour plus de 40 ans, c'est quelque chose d'extraordinaire", préfère souligner le directeur général.

Les premières connexions commercialisables d'une machine productrice de fusion à un réseau électrique sont attendues elles au mieux autour de 2060.

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