Jean Gandois, grand industriel "berné" par les 35 heures

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L'ancien président du CNPF Jean Gandois le 13 décembre 1994 lors d'une conférence de presse à Paris
L'ancien président du CNPF Jean Gandois le 13 décembre 1994 lors d'une conférence de presse à Paris
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© AFP, GERARD FOUET

AFP, publié le mardi 11 août 2020 à 16h20

Jean Gandois, qui vient de décéder à l'âge de 90 ans, était l'un des derniers représentants de la grande tradition industrielle française, mais aussi le symbole de la rupture entre gouvernement et patronat au moment des 35 heures.

"Nous avons été parfaitement bernés": c'est en ces termes que M. Gandois, alors président du CNPF, plus importante organisation patronale de France, réagit le 10 octobre 1997 à la décision du gouvernement socialiste d'abaisser la durée légale du travail à 35 heures au 1er janvier 2000.

Trois jours plus tard, il démissionne de la présidence du CNPF, une décision sans précédent dans l'histoire du patronat français.

Martine Aubry, à l'époque ministre qui portait la réduction du temps de travail, voit aujourd'hui en lui "un vrai capitaine d'industrie qui a toujours mis l'économie avant la finance et a développé un double projet économique et social", selon un tweet publié mardi.

Le polytechnicien et ingénieur des Ponts-et-Chaussée originaire de Nieul (Haute-Vienne) avait tenté durant ses trois années de présidence de moderniser l'organisation patronale, rebaptisée après lui Medef, non sans se heurter à de vives résistances internes.

Il veut en faire une "force de propositions" plutôt qu'un lobby traditionnel, et encourage le dialogue social sur plusieurs dossiers paritaires (retraites complémentaires, dispositif de préretraites contre embauches, emploi des jeunes, assurance maladie).

Au-delà de son action à la tête du CNPF, Jean Gandois s'est illustré par une carrière très dense de capitaine d'industrie, à la tête de fleurons de l'acier et de la chimie, qui ont depuis perdu de leur superbe quand ils n'ont pas totalement périclité.

Il fait ses premières armes internationales en participant à la construction d'équipements routiers en Guinée, au Brésil et au Pérou, avant d'entrer en 1961 chez les maîtres de forge De Wendel, et de prendre en 1972 la direction des aciéristes Sacilor et Sollac.

- Bilan mitigé chez Péchiney -

En 1976, M. Gandois prend la tête de Rhône-Poulenc. Il la conserve dans la vague de nationalisations suivant l'arrivée de la gauche au pouvoir, mais démissionne en juillet 1982 pour protester contre l'interventionnisme du pouvoir.

Après avoir un temps pensé à se présenter aux élections législatives de 1986 sous la bannière de la droite, il est nommé en juillet président du groupe public Pechiney, poste qu'il occupera jusqu'en 1994, année qui le voit prendre la présidence du CNPF.

M. Gandois préside également, à partir de 1987, le groupe sidérurgique belge Cockerill-Sambre. 

Il fait de Pechiney un laboratoire social, recrute Martine Aubry comme directrice générale adjointe de 1989 à 1991 avant qu'elle ne devienne ministre du Travail socialiste (1991-1993). 

Mais sur le plan stratégique, son bilan est mitigé. M. Gandois est à l'origine du rachat par Pechiney d'American National Can (ANC, spécialiste des canettes métalliques), une initiative censée doper l'internationalisation du groupe français, mais qui aura pour résultat de plomber ses comptes et de le plonger dans un scandale financier.

Pechiney a finalement dû céder l'essentiel de cette filiale, non sans essuyer de lourdes pertes financières, avant d'être privatisé en 1995.

Depuis, les activités de l'ex-champion français de l'aluminium ont été dispersées de rachats en fusions. Rhône-Poulenc pour sa part s'est scindé, ses activités de pharmacie donnant naissance au groupe franco-allemand Aventis et faisant désormais partie de Sanofi, tandis que sa branche chimie, devenue Rhodia, est passée aux mains du groupe belge Solvay.

M. Gandois a également oeuvré comme administrateur de certains grands noms de l'entreprise en France, de Paribas à Peugeot en passant par Danone, Suez ou Schneider.

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