L'Allemagne veut plus de place pour les femmes dirigeantes d'entreprise

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L'Allemagne entrouvre la porte à plus de féminisation des conseils d'administration de grandes entreprises, en fixant des quotas contraignants
L'Allemagne entrouvre la porte à plus de féminisation des conseils d'administration de grandes entreprises, en fixant des quotas contraignants
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© AFP, JOHN THYS

AFP, publié le jeudi 07 janvier 2021 à 07h12

L'Allemagne entrouvre la porte à plus de féminisation des conseils d'administration de grandes entreprises, en fixant des quotas contraignants, mais la première économie européenne a encore des progrès à faire pour être un modèle.

Le géant de la chimie Bayer, le fournisseur d'électricité EON, le leader des composants pour cartes à puce Infineon : autant de fleurons de l'industrie allemande qui ont rang de mauvais élève lorsqu'il s'agit d'accès des femmes aux fonctions dirigeantes.

Tous les membres des conseils d'administration de ces groupes sont des hommes, relevait récemment la fondation germano-suédoise Allbright, selon laquelle les femmes ne comptent que pour 12,8% des instances dirigeantes des 30 sociétés cotées du Dax, l'indice vedette de la Bourse de Francfort.

Même si l'Allemagne est dirigée depuis 15 ans par une femme, la chancelière Angela Merkel, l'univers des directions d'entreprise reste celui des hommes. 

"Sur la base du volontariat, il se passe peu de choses et très lentement", a relevé la ministre de la Famille, sociale-démocrate, Franziska Giffey.

Le gouvernement a donc décidé de passer par la contrainte, en imposant la présence de femmes dans les conseils d'administration de grandes entreprises cotées, selon un projet de loi présenté mercredi.

L'avancée est jugée cependant insuffisante par les défenseurs de la parité qui estiment que l'impact du quota sera limité.

- "Juste un pas" -

Selon le texte, qui doit encore être adopté par les députés, au moins une femme devra siéger dans les comités de direction des entreprises à gestion paritaire (employés/employeurs) et comptant plus de trois administrateurs. 

Dans les entreprises où l'Etat est majoritaire, ou même actionnaire unique comme l'opérateur ferroviaire Deutsche Bahn, la participation des femmes sera obligatoire à partir de deux sièges d'administrateurs.

La ministre de la Justice sociale-démocrate Christine Lambrecht, qui a porté le texte avec sa collègue de le Famille, a salué un "signal important pour les femmes hautement qualifiées" appelant les entreprises à "utiliser la chance" offerte par ce quota.

A comparer aux 12,8% allemands, le proportion de femmes dans les conseils d'administration des trente plus grands groupes est de 28,6% aux Etats-Unis, 24,9% en Suède, 24,5% en Grande-Bretagne et 22,2% en France, selon la fondation Allbright.

La France est même championne d'Europe des quotas de femmes dans les conseils d'administration grâce à une loi de 2011 qui leur a permis d'atteindre en 2019 43,6 % des sièges d'administrateurs au sein des 120 entreprises composant l'indice boursier SBF 120.

Le projet de loi allemand pourrait faire passer à 16% la proportion de femmes administratrices dans les 100 plus grandes sociétés allemandes cotées, selon le cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group (BCG). 

L'Allemagne passerait ainsi de la 24e à la 18e place européenne et dans "deux ans, nous serions là où sont aujourd'hui l'Espagne et le Portugal. Le quota est un pas dans la bonne direction, mais juste un pas", avait observé Nicole Voigt, analyste pour BCG.

- "Je suis une femme quota" -

Le texte était soutenu par Angela Merkel mais a rencontré de nombreuses résistances au sein de son parti conservateur (CDU) qui gouverne avec les sociaux-démocrates du SPD.

Il est aussi critiqué par une partie du patronat qui dénonce une ingérence dans la gouvernance des entreprises.

Dans la dernière ligne droite pour accrocher cette réalisation à son bilan, le parti de centre gauche avait reçu l'appui de la société civile qui s'est mobilisée autour d'initiatives telles que le hashtag #ichwill (#jeveux) sur Twitter.

Le slogan "Je suis une femme quota" ("Ich bin eine Quotenfrau") a également fait l'objet d'une campagne portée par des femmes du monde de la politique, de l'économie ou du spectacle, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

En 2016, l'Allemagne avait donné un délai aux entreprises pour féminiser leurs conseils de surveillance avant d'imposer un quota de 30%, faute de résultat suffisant. Les conseils de surveillance allemands comptent aujourd'hui 34% de femmes.

Au total, 73 entreprises seraient concernées par le changement de règle, dont 32 n'ont actuellement pas de femme dans leur conseil d'administration, selon le groupe de réflexion FidAR, qui prône plus de représentation des femmes au sommet des entreprises. "Un rythme d'escargot", selon l'institut de recherche économique allemand DIW.

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