L'AMF réclame une amende record de 38 millions d'euros contre Amundi

L'AMF réclame une amende record de 38 millions d'euros contre Amundi
Le directeur général d'Amundi, Yves Perrier, lors de l'introduction en Bourse du groupe le 12 novembre 2015, dans les bureaux d'Euronext à La Défense

AFP, publié le mercredi 07 juillet 2021 à 20h42

Accusé de manipulation de cours, le leader européen de la gestion d'actifs Amundi a été entendu mercredi par l'Autorité des marchés financiers (AMF) qui a requis un montant record de 38 millions d'euros de sanctions financières dans un dossier jugé "hors norme".

Accusé de manipulation de cours, le leader européen de la gestion d'actifs Amundi a été entendu mercredi par l'Autorité des marchés financiers (AMF) qui a requis un montant record de 38 millions d'euros de sanctions financières dans un dossier jugé "hors norme".

Entre l'été 2014 et l'été 2015, deux anciens salariés du gestionnaire d'actifs et un ancien salarié d'un courtier ont procédé à des opérations litigieuses sur l'indice européen Eurostoxx 50, ayant abouti à un préjudice de 48,1 millions pour des fonds, notamment d'assurances vie de Crédit Agricole Assurances, estime le collège de l'AMF.

Ces transactions litigieuses réalisées s'apparentaient à du "wash trading", le fait de passer des ordres de vente dans de gros volumes et simultanément des ordres d'achat de gros volumes également, créant une illusion de forte demande sur un titre et potentiellement une variation du cours.

Le collège de l'AMF a estimé mercredi durant la séance à laquelle a assisté l'AFP que ces opérations, au vu de leur volume "atypique" et de "leur caractère répété", ont entraîné "une manipulation de cours". 

Le résultat de ces opérations était ensuite affecté à un portefeuille d'Amundi si une plus-value était réalisée, ou à un autre portefeuille géré pour le compte d'un investisseur institutionnel client d'Amundi si une perte ressortait des transactions -en l'occurrence, il s'agissait uniquement de Crédit Agricole Assurances. Un client qui a été indemnisé depuis les faits, assure Amundi. 

- Décision dans quelques semaines -

Le collège de l'AMF reproche à Amundi "un enchaînement de comportements préjudiciables et hautement incompatibles" avec son statut de "premier gestionnaire d'actifs en Europe" et une série de défaillances de contrôle sur des opérations financières ayant abouti à des "manipulations de cours" de l'indice boursier.

Le rapporteur, en charge de l'instruction du dossier mais qui ne prend pas part à la décision de la Commission des sanctions, identifie quant à lui des agissements qui correspondent à un mode opératoire de manipulation de cours, mais ne retient pas ce grief à l'encontre des sociétés entendues. 

Amundi reconnaît "une série des faits" reprochés, mais conteste "formellement" l'accusation de manipulation des cours, a dit mercredi Bernard De Wit, directeur du pôle support et contrôle du groupe.

"Peut-on manipuler le marché le plus régulé d'Europe en passant quelques coups de téléphone successifs?" s'est-il interrogé, en soulignant que ces opérations suspectes étaient restreintes à "quatre intervenants".

"Amundi n'a bien entendu jamais organisé, ni même cautionné ces pratiques", a défendu l'avocat d'Amundi devant l'AMF.

Le collège de l'AMF réclame également une amende de 5 millions d'euros au courtier Tullett Prebon.

L'amende requise contre Amundi se décompose en deux: 30 millions retenus contre Amundi Asset Management et 8 millions contre Amundi Intermediation, la table de négociation du groupe, où les ordres d'opérations sont passés avant d'être exécutés par un courtier. Des avertissements disciplinaires ont également été émis par l'AMF.

Si l'amende requise était effectivement imposée, il s'agirait d'un record dans l'histoire de l'AMF. 

L'AMF a confirmé à l'AFP que le montant total requis contre les six mis en cause, soit 43,05 millions d'euros, est "le plus important demandé dans le cadre d'une procédure". Elle souligne que l'amende infligée en 2017 à Natixis Asset Management de 35 millions d'euros reste la plus importante prononcée à ce jour.

L'autorité a également réclamé des interdictions d'exercer des activités professionnelles dans le domaine de la finance et des amendes de 10.000 euros chacun aux deux anciens anciens salariés d'Amundi, et une amende de 30.000 euros contre l'ex-salarié de Tullet Prebon, tous licenciés depuis.

Ces sanctions sont calculées pour s'appliquer aux revenus désormais "limités" de ces trois accusés, les revenus annuels de l'ex-courtier de Tullet Prebon étant passés de plus de 754.000 euros à l'époque à 34.000 euros aujourd'hui, a expliqué le collège de l'AMF.

La décision de la Commission des sanctions sera divulguée d'ici quelques semaines.

Les encours gérés par Amundi atteignaient 1.755 milliards d'euros au 31 mars et le groupe a dégagé un bénéfice net de 297 millions d'euros au premier trimestre, en progression de 53,5% par rapport à la même période un an plus tôt.

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