L'Arabie saoudite joue gros avec l'introduction en Bourse d'Aramco

L'Arabie saoudite joue gros avec l'introduction en Bourse d'Aramco©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 06 décembre 2019 à 22h15

Le processus d'introduction en Bourse d'Aramco, le géant pétrolier saoudien, entre dans sa phase finale. La 1e cotation aura lieu mercredi prochain à la Bourse de Riyad, et c'est d'ores et déjà la plus grosse introduction de tous les temps.

L'enjeu est de taille pour l'Arabe saoudite, qui introduit ces jours-ci son champion pétrolier d'Etat, Saudi Aramco, sur sa place boursière domestique, le Tadawul, dans un contexte économique mondial fragile, qui rend les cours du pétrole volatils.

Après avoir envisagé une introduction sur une Bourse internationale, Riyad s'est replié sur la place saoudienne, faute d'appétit suffisant de la part des investisseurs internationaux face à la valorisation très élevée exigée par le régime saoudien, qui estimait son fleuron à 2.000 milliards de dollars.

Première cotation prévue le 11 décembre à la Bourse de Riyad

Jeudi, le processus d'introduction en Bourse a franchi une étape supplémentaire, avec la fixation du prix de l'action. Grâce à une forte demande domestique, ce prix a été fixé à 32 riyals (8,53$), en haut de la fourchette prévue, ce qui a permis à la compagnie pétrolière de lever 25,6 milliards de dollars, et de battre de justesse le record mondial établi par le géant chinois de l'e-commerce Alibaba. Ce dernier avait levé 25 Mds$ en s'introduisant à la Bourse de New York en 2014.

A ce prix, Saudi Aramco est valorisé à 1.700 Mds$, ce qui représente aussi un record mondial, devant le groupe américain Apple (1.200 Mds$). A noter cependant que le flottant (les titres disponibles sur le marché) n'est que de 1,5% pour Aramco alors que 86% des actions de la firme à la pomme sont échangeables à Wall Street, un critère de liquidité jugé très important pour les investisseurs.

Le moment de vérité aura lieu mercredi 11 décembre, jour de la première cotation de l'action Aramco sur le Tadawul, la Bourse saoudienne, où le cours de Bourse sera libre de fluctuer selon l'offre et la demande.

Transition vers une économie moins dépendante du pétrole

Riyad serait bien décidé à faire franchir à son fleuron industriel la barre des 2.000 Mds$ de capitalisation boursière le plus vite possible, avec en ligne de mire, une opération de mise en Bourse secondaire, sur une place internationale cette fois... Le prince héritier Mohammed ben Salmane ("MBS") avait fixé cet objectif de 2.000 Mds$ en 2016 en lançant le processus d'introduction en Bourse.

L'opération s'inscrit dans un ensemble plus vaste de réformes, baptisées "Vision 2030", voulues par le prince héritier et destinées à réduire la dépendance de l'Arabie saoudite aux ressources pétrolières, qui représentaient 90% des recettes budgétaires du pays jusqu'en 2015.

Le plan prévoit notamment de développer les capacités liées aux énergies renouvelables, au secteur minier, ainsi qu'à la production de gaz naturel. Hors énergie, le royaume entend développer de nouveaux secteurs d'activité comme les loisirs ou le numérique.

Le baril approche les 60$ après de nouvelles coupes de l'Opep+

Forte de ces ambitions de long terme , l'Arabie saoudite est parvenue cette semaine à convaincre les autres pays de l'Opep, ainsi que leurs partenaires au sein de l'alliance dite Opep+, de réduire encore leur production dans les mois à venir afin de soutenir les cours mondiaux du pétrole, que le royaume aimerait voir remonter durablement au-dessus de 60$ le baril.

Réunis à Vienne, en Autriche, depuis deux jours, l'Opep et ses partenaires, dont la Russie, sont ainsi parvenus vendredi à s'accorder sur une réduction supplémentaire de leur production de 500.000 barils par jour afin de soutenir les prix de l'or noir.

En réaction, le cours du baril de brut léger américain (WTI) a gagné vendredi 1,3% à 59,20$ sur le Nymex (contrat à terme de janvier), tandis que le Brent de la mer du Nord progressait de 1,33% à 64,23$ pour le contrat à terme de février au moment de la clôture du Nymex. Le WTI a repris 7,3% sur l'ensemble de la semaine dans l'anticipation de ces annonces.

Cette réduction de production additionnelle va porter l'effort total de limitation de la production à 1,7 million de barils par jour (mbj) pour l'ensemble du groupe de 24 pays, qui extraient ensemble environ la moitié du pétrole mondial.

Un nouvel examen des quotas prévu en mars 2020

La Russie, mais surtout l'Arabie saoudite, seront les deux premiers contributeurs à ces quotas renforcés, avec des coupes respectives de 70.000 et 167.000 barils par jour. L'Arabie saoudite semble décidée à soutenir les cours du brut, et au-delà, le cours de Bourse d'Aramco, qui en sera logiquement très dépendant....

Quant à la durée de cet effort supplémentaire, qui divise les pays producteurs, elle fera l'objet d'un examen d'étape lors d'une "réunion extraordinaire" début mars 2020 à Vienne. Certains pays ne veulent pas s'engager au-delà de la fin mars, et d'autres souhaitent prolonger les coupes pendant tout le 1er semestre, voire toute l'année 2020.

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