L'autonomie stratégique de la France garantit la pérennité de Dassault Aviation

L'autonomie stratégique de la France garantit la pérennité de Dassault Aviation
Serge Dassault décédé lundi, photographié le 11 juin 1999 au salon du Bourget devant un Rafale, fleuron du Groupe Dassault Aviation.

AFP, publié le lundi 28 mai 2018 à 18h25

L'autonomie stratégique de la France, avec Dassault Aviation en son coeur, garantit la pérennité du fleuron aéronautique français après le décès lundi de Serge Dassault, représentant de la deuxième génération à la tête de l'entreprise familiale.

Ouragan, Mirage, Rafale: autant de noms d'appareils emblématiques de la force de dissuasion française élaborée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et voulue en particulier par le général De Gaulle.

"Dassault Aviation se confond avec la vision d'autonomie stratégique qui a été celle de la France, surtout depuis le début de la Ve République", résume Olivier Zajec, maître de conférences en sciences politiques à l'université Lyon III et spécialiste des affaires de défense.

Le constructeur aéronautique "a été placé au coeur d'une fonction qui est la moins +substituable+, ajoute-t-il. C'est l'héritage de l'histoire". Le fabricant du Rafale occupe ainsi une place à part dans le dispositif de défense de l'Hexagone.

Ses appareils sont les vecteurs de la dissuasion nucléaire aéroportée française et constituent l'épine dorsale de l'armée de l'air et de l'aéronavale.

"Dassault est en étroite symbiose avec l'Etat français", relève Loïc Tribot La Spière, directeur du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS). "Avec le temps, la société est devenue ce qu'il est convenu d'appeler un partenaire de confiance pour le ministère de la Défense."

"Le Rafale est un produit qui correspond aux véritables besoins d'indépendance nationale d'un Etat. Il n'est pas dépendant de technologies majeures extérieures pour sa fabrication", poursuit-il.

Aujourd'hui, le groupe, qui emploie 11.942 collaborateurs dont 78% en France, est dirigé par Eric Trappier. La continuité de sa direction exécutive est ainsi assurée en dehors de la famille fondatrice.

Mais l'Etat français a souhaité aller plus loin afin de garantir la pérennité du groupe. Il a passé fin 2014 une convention avec la holding familiale, Groupe Industriel Marcel Dassault (GIMD), qui lui permet de se poser en "gardien du temple" afin de préserver ses intérêts stratégiques, qui plus est sans rien débourser.

- Droit de préemption -

L'objet de ce pacte "est de conférer à l'Etat un droit de préemption sur tout transfert de titres Dassault Aviation par GIMD lui faisant franchir à la baisse le seuil de 40% du capital" de l'avionneur ainsi que sur tout transfert de titres ultérieur en deçà de ce seuil.

En clair, le capital est placé à l'abri de toute OPA étrangère ou déstabilisations sur le titre. D'une durée minimale de 20 ans, cette convention lui permet "d'assurer la défense de ses intérêts essentiels en cas d'évolution du contrôle de cette entreprise stratégique, du fait notamment de sa contribution à la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire".

"Il y a aussi l'avenir de la puissance aérienne", reprend Olivier Zajec, en pointant que le groupe est aussi présent sur les programmes du futur comme les drones de combat. Dassault, qui a développé le démonstrateur nEUROn, est l'un des architectes du FCAS (Système de combat aérien du futur), un programme franco-britannique de drone de combat prévu pour 2030.

Mais l'entreprise familiale fondée en 1928 par Marcel Bloch, qui a pris le nom de Marcel Dassault en 1949, opère également dans le civil, avec la gamme d'avions d'affaires Falcon. 

Cette dualité, dont se targue le constructeur, est la marque des grands de l'aéronautique, Boeing et Airbus en tête, souligne Loïc Tribot La Spière, et "les cycles défense ont pu être compensés dans certains cas par des cycles hauts dans la vente d'avions d'affaires" ou l'inverse comme c'est le cas actuellement.

Elle représente aussi un avantage pour l'Etat, qui peut s'appuyer sur une entreprise financièrement stable. Depuis le Mirage III dans les années 1960, le constructeur indique avoir exporté 73,3% de ses avions civils et militaires. A ce jour, il a vendu plus de 10.000 avions dans 90 pays.

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