L'Education nationale incapable de s'évaluer ?

L'Education nationale incapable de s'évaluer ?
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Boursier.com, publié le mercredi 21 février 2018 à 10h03

Le président de la Cour des comptes estime que l'Etat est "inapte" pour évaluer la performance de son système éducatif...  "Bien que de très nombreux dispositifs d'évaluation soient à l'oeuvre dans le système éducatif, l'Etat s'avère, en fin de compte, inapte à produire une vision collective de la performance de ce système", a fait savoir Didier Migaud devant le comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques de l'Assemblée nationale.

Didier Migaud présentait son rapport sur l'organisation de la fonction d'évaluation au sein de l'Education nationale... "Cela explique que la France ne puisse exposer le résultat de ses propres évaluations face aux conclusions des enquêtes internationales qui qualifient avec netteté la performance de chaque système d'enseignement", a-t-il poursuivi...

Manque de moyens humains et financiers

La Cour des comptes souligne le manque de moyens humains et financiers pour réaliser ces évaluations. De 2000 à 2017, les crédits dédiés à cet objectif ont toujours été inférieurs à 5 millions d'euros par an, dans un budget global de 70 milliards d'euros en 2018.

Didier Migaud estime que l'évaluation des acquis par des examens comme le baccalauréat ne suffit plus pour juger de l'efficacité du système français, en raison de "la fixation d'objectifs de taux de réussite".  Il pointe aussi des "freins culturels et administratifs" face au recueil de données sur les résultats des élèves par crainte que ces informations ne nourrissent les évaluations des enseignants et établissements.

11 recommandations

Didier Migaud émet au passage 11 recommandations parmi lesquelles la mise en place d'une "nouvelle architecture administrative" qui distingue les "rôles des gestionnaires et évaluateurs". Il appelle à "mesurer systématiquement le niveau des élèves durant la scolarité" et à publier de façon régulière un rapport sur la performance du système scolaire, "sorte de Pisa (Programme international de suivi des acquis des élèves) à la française".

Rappelons que le rapport PISA de l'OCDE qui évalue les systèmes d'éducation du monde entier en testant les compétences des élèves de 15 ans dans les matières principales n'a pas épargné le système français ces dernières années... Si l'hexagone se situe globalement dans la moyenne (score de 495 en sciences, 493 en mathématiques et 499 en compréhension de l'écrit), le verdict est sans appel : "plus on vient d'un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir à l'évaluation PISA 2015".

Le contexte socio-économique déterminant

En la matière, la France fait toujours partie des plus mauvais élèves... Il s'agit de l'un des pays "où la relation entre performance et milieu socio-économique des élèves est l'une des plus fortes parmi les (...) économies participant à l'enquête", s'alarmait l'année dernière l'OCDE. En France, près de 40% des élèves issus d'un milieu défavorisé sont en difficulté, contre une moyenne de seulement 34%.

"Plus encore, seuls 2% des élèves issus d'un milieu défavorisé se classent parmi les élèves les plus performants", pointaient les auteurs de l'enquête.

Davantage d'élèves en difficulté

Concrètement, en sciences, les élèves de 15 ans immigrés de la première génération accusent des scores en sciences inférieurs de 87 points à ceux des élèves non immigrés, contre une moyenne de 53 points au sein de l'OCDE.

En outre, dans cette matière, le milieu socio-économique explique plus de 20% de la performance obtenue par les élèves de 15 ans (contre seulement 13% en moyenne). Seuls la Hongrie et le Luxembourg enregistrent une aussi piètre performance !

Fort en maths

En mathématiques, la proportion d'élèves en difficultés a de nouveau augmenté pour ressortir à 24%, contre seulement 17% en 2003, alors que celle des apprenants "performants" et "très performants" se situe au-dessus de la moyenne (32% contre 29%).

De même, en compréhension de l'écrit, si la France améliore globalement son score par rapport à 2009 (496 à 499 points), cela s'explique par une hausse de la proportion des élèves "performants et très performants", alors que celle des élèves en difficulté stagne...

Parmi les autres points faibles de la France, l'OCDE observe le manque d'appétence des élèves. Ils éprouvent en effet moins de plaisir à apprendre les sciences que les autres pays de la région. Ils sont également moins nombreux à penser que cela leur sera "utile pour trouver un emploi".

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