L'Espagne espère créer 800.000 emplois grâce à son plan de relance

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Manifestation contre les restrictions anti-Covid-19 imposées au secteur de la restauration en Espagne, le 22 septembre 2020 à Malaga
Manifestation contre les restrictions anti-Covid-19 imposées au secteur de la restauration en Espagne, le 22 septembre 2020 à Malaga
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© AFP, JORGE GUERRERO

AFP, publié le mercredi 07 octobre 2020 à 14h25

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a dévoilé mercredi son plan pour relancer une économie dévastée par la pandémie et qui devrait permettre, selon lui, de créer plus de 800.000 emplois grâce à l'injection de 140 milliards d'euros de fonds européens.

Ce plan est la "feuille de route de la modernisation de notre pays pour les six prochaines années" afin de "transformer le coup dur de la pandémie en une énorme opportunité", a déclaré le socialiste lors d'une allocution savamment mise en scène depuis le palais de la Moncloa.

Entouré d'écrans géants montrant ministres, ambassadeurs et représentants syndicaux assistant à distance à son discours, M. Sanchez a expliqué que Madrid étalerait de 2021 à 2026 l'utilisation des fonds alloués par Bruxelles.

La quatrième économie de la zone euro, où le chômage a explosé depuis le strict confinement du printemps, compte en particulier "créer plus de 800.000 nouveaux emplois en trois ans", a promis M. Sanchez.

Avec 140 milliards d'euros, dont la moitié sous forme de subventions et l'autre sous forme de prêts, l'Espagne, l'un des pays européens les plus touchés par la pandémie, sera le deuxième plus gros bénéficiaire des fonds européens après l'Italie.

Les investissements du "plan de relance et de résilience" de M. Sanchez seront consacrés pour "plus de 37%" à la transition écologique et pour "près de 33%" à la transition numérique, conformément aux objectifs de la Commission européenne, a détaillé le chef du gouvernement.

"Il ne s'agit pas seulement de récupérer le PIB que nous a arraché la pandémie, il s'agit de croître d'une manière nouvelle, (...) plus durable", a-t-il insisté.

L'Espagne a pris du retard dans la mise au point de ce plan, alors que l'Italie et la France ont présenté leurs projets en septembre, et l'Allemagne dès juin. 

Mais le gouvernement espagnol, de coalition entre les socialistes de M. Sanchez et la gauche radicale Podemos, voulait que sa présentation coïncide avec celle du projet de budget de l'Etat pour 2021, qui a pris du retard.

Minoritaire au parlement, le gouvernement presse depuis des semaines ses alliés potentiels de soutenir son budget, dont l'adoption est, selon lui, indispensable pour pouvoir lancer les investissements du plan de relance. 

- "Incertitude extrême" -

Au-delà de la transition écologique et numérique, ce plan sera aussi axé sur la cohésion sociale et territoriale, c'est à dire lutte contre la pauvreté et soutien aux zones rurales, et sur l'égalité hommes-femmes sur le marché du travail.

Une première tranche de 72 milliards d'euros sera débloquée sur la période 2021-2023 et sur la seule année 2021, le montant s'élèvera à 27 milliards.

Grâce à ce plan de relance, Madrid espère gagner 2,5 points de croissance du PIB par an, pendant trois ans, selon M. Sanchez.

Mais l'organisme de contrôle des comptes publics Airef a rappelé que ce plan était soumis à "un contexte d'incertitude extrême" et que les gains de croissance espérés ne se matérialiseront que dans des "circonstances favorables".

Signe de la gravité de la crise en Espagne, qui ébranle particulièrement le tourisme, pilier de l'économie, le gouvernement a annoncé mardi que le PIB espagnol devrait chuter de 11,2% cette année, deux points de plus que prévu en mai.

Le chômage bondira lui, à 17,1%, tout comme le déficit public qui devrait atteindre 11,3% cette année. La dette publique a déjà dépassé les 110% du PIB au deuxième trimestre et continuera de grimper étant donné la lourdeur des dépenses publiques engagées pour amortir le choc économique et social.

Le gouvernement a ainsi déboursé entre avril et septembre 4 milliards d'euros par mois pour financer un plan massif de chômage partiel afin de tenter d'éviter les licenciements, en particulier dans le tourisme et l'hôtellerie qui représentent ensemble 18% de l'économie.

La reprise est de surcroît minée par la deuxième vague de la pandémie, qui touche particulièrement l'Espagne et a obligé le gouvernement à imposer un bouclage partiel de Madrid depuis vendredi.

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