L'Indonésie mise sur les vaccins chinois au risque d'accroître sa dépendance

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Une livraison de 1,2 million de doses de vaccins de Sinovac arrive de Pékin à l'aéroport de Jakarta, sur une photo fournie le 6 décembre 2020 par le palais présidentiel indonésien
Une livraison de 1,2 million de doses de vaccins de Sinovac arrive de Pékin à l'aéroport de Jakarta, sur une photo fournie le 6 décembre 2020 par le palais présidentiel indonésien
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© AFP, HANDOUT, INDONESIAN PRESIDENTIAL PALACE

AFP, publié le jeudi 10 décembre 2020 à 11h03

L'Indonésie qui ne réussit pas à enrayer la propagation du coronavirus place tous ses espoirs dans les vaccins, en majorité venant de Chine: une dépendance qui pourrait augmenter l'influence de Pékin sur l'archipel d'Asie du Sud-Est.

"La +diplomatie des vaccins+ chinoise n'est pas sans conditions", préviennent les chercheurs Ardhitya Eduard Yeremia et Klaus Heinrich Raditio.

"Pékin pourrait utiliser ses dons de vaccins pour promouvoir ses objectifs dans la région, notamment sur des questions sensibles comme ses revendications sur la mer de Chine méridionale", soulignent-ils dans une étude publiée en décembre par l'Institut Yusof Ishak de Singapour.

La première livraison cette semaine à Jakarta de vaccins fournis par le laboratoire chinois Sinovac Biotech a été un évènement.

L'Indonésie teste depuis août sur quelque 1.600 volontaires ce candidat vaccin, qui n'a pas encore été approuvé par les régulateurs chinois ou indonésiens. 

"La menace du Covid-19 ne prendra pas fin tant que tous les Indonésiens ne seront pas vaccinés", avait déclaré cet été le président indonésien Joko Widodo en visitant l'usine du groupe indonésien Bio Farma qui doit produire le vaccin de Sinovac en Indonésie.

Depuis mars, l'épidémie de Covid-19 progresse sans cesse dans le pays, devenu le plus touché d'Asie du Sud-Est. Il compte plus d'un demi million de cas et quelque 18.000 morts, selon des statistiques officielles probablement largement sous-estimées.

- Course aux commandes de vaccins -

Avec près de 270 millions d'habitants -- la quatrième population au monde -- et une industrie pharmaceutique peu développée, l'Indonésie s'est vite lancée dans la course aux commandes de vaccins.


A ce jour, Jakarta a obtenu des engagements de livraisons cumulés de plus de 350 millions de doses, selon le Global Health Innovation Center de l'université américaine Duke, sachant que deux doses pourraient être nécessaires pour être immunisé.

Les laboratoires chinois Sinovac, Cansino, Sinopharm et G42 Healthcare, une initiative sino-émiratie, devraient fournir plus de la moitié des engagements. 

Des vaccins issus d'initiatives multilatérales, comme l'alliance Covax, devraient être livrés à partir de 2021.

Jakarta négocie aussi des contrats avec le britannique AstraZeneca et le laboratoire américain Novavax. L'Indonésie n'a pas accepté en revanche l'offre russe du vaccin Spoutnik V, contrairement à l'Inde.

Mais "la coopération avec la Chine est la plus mise en avant". "Et cela a des implications, on peut se demander si l'Indonésie ne va se retrouver très dépendante de chaînes d'approvisionnement médicales chinoise à long terme", note Evan Laksmana, analyste du centre de réflexion CSIS à Jakarta.

La Chine est le premier partenaire commercial de l'Indonésie et très en demande de ses matières premières. Mais cette bonne relation n'est pas sans accrocs.

En janvier, avant le début de la pandémie, l'Indonésie avait déployé des chasseurs et des vaisseaux de guerre autour des îles Natuna proches de la mer de Chine méridionale, après l'incursion de bateaux de pêche chinois dans les eaux poissonneuses que l'Indonésie considère comme sa zone économique exclusive (ZEE).

Les bateaux chinois ont continué à s'aventurer dans cette zone, mais Jakarta a baissé le ton dernièrement, en se contentant de protestations diplomatiques.

- numéro d'équilibre -

"En ce moment, l'Indonésie se livre à un numéro d'équilibre assez intelligent pour éviter de se ranger auprès de l'un des deux grands pouvoirs", Chine ou Etats-Unis, souligne Marcus Mietzner, professeur associé à l'Université nationale d'Australie.

Pressé par Washington de renforcer une alliance Indo-Pacifique face à la Chine, l'Indonésie a préféré garder ses distances. 

Mais Jakarta "a aussi fait savoir qu'elle n'acceptera pas une éventuelle demande de bâtir une base militaire chinoise en Indonésie", note-t-il, ce qui a été accueilli avec soulagement dans les capitales occidentales.

Reste à voir si l'étroite coopération médicale ne va pas faire pencher l'équilibre vers la Chine.

L'Indonésie a aussi sollicité l'aide des Etats-Unis pour des vaccins, mais Washington doit faire face à une flambée de l'épidémie sur son sol, et n'a pas les moyens de se montrer aussi généreux que Pékin.

Evan Laksmana ne voit pas pour l'instant de signe important de "retour d'ascenseur" en échange des vaccins chinois.

"Mais tout le monde est conscient à Jakarta (...) que certaines initiatives diplomatiques ou autres seront plus difficiles parce que cela pourrait contrarier la relation avec la Chine", note-t-il.

lgo/cac

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