L'Italie en crise dans l'attente d'un gouvernement Cottarelli

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Le président italien Sergio Mattarella reçoit Carlo Cottarelli au Palais Quirinial à Rome le 28 mai 2018, sur une photo fournie par la présidence italienne
Le président italien Sergio Mattarella reçoit Carlo Cottarelli au Palais Quirinial à Rome le 28 mai 2018, sur une photo fournie par la présidence italienne
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© AFP, Paolo GIANDOTTI, UFFICIO STAMPA PRESIDENZA DELLA REPUBBLICA

AFP, publié le mardi 29 mai 2018 à 04h18

L'Italie était dans l'attente mardi du gouvernement que doit proposer Carlo Cottarelli, incarnation de l'austérité budgétaire, lequel a peu de chance d'obtenir la confiance d'un Parlement dominé par les populistes eurosceptiques.

Le futur exécutif de M. Cottarelli, 64 ans, ne peut guère prétendre diriger très longtemps la troisième économie de la zone euro: pour tenter de sortir l'Italie d'une crise politique sans précédent, il devra préparer de nouvelles élections, à l'automne ou "au plus tard" début 2019.

Ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) surnommé "M. Ciseaux" pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014, Carlo Cottarelli a été désigné lundi pour former un gouvernement, après le veto spectaculaire du président de la République, Sergio Mattarella, à un exécutif alliant le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) sans garantie du maintien de l'Italie dans l'euro.

Ce choix du chef de l'Etat a été vilipendé par les populistes. 

La démarche n'a pas suffi à rassurer les marchés financiers: la Bourse de Milan a clôturé lundi en baisse de 2,09%, tandis que le spread, l'écart très suivi en Italie entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, a bondi à 235 points, son plus haut niveau depuis novembre 2013.

Actuel directeur de l'Observatoire des comptes publics, M. Cottarelli a promis de présenter "très rapidement" son gouvernement avant de se présenter devant le Parlement. 

Si jamais il obtenait la confiance -- ce qui semble très improbable, puisque seul le Parti démocrate (PD, centre gauche) semble disposé à la lui accorder --, M. Cottarelli veut faire adopter le budget 2019 avant des élections anticipées en début d'année prochaine. Si le Parlement le rejette, il se contentera de gérer les affaires courantes jusqu'à des élections "après le mois d'août".

"Tout ça n'est pas la démocratie, ce n'est pas le respect du vote populaire. C'est seulement le dernier soubresaut des pouvoirs forts qui veulent une Italie esclave, appauvrie et précaire", s'est insurgé Matteo Salvini, le patron de la Ligue.

- "Ces messieurs du spread" -

Et M. Salvini d'avertir: "Les élections seront un plébiscite, le peuple et la vraie vie contre les vieilles castes et ces messieurs du spread!".

M. Di Maio, chef de file du M5S, a évoqué sur Facebook "la nuit la plus sombre de la démocratie italienne" et a appelé ses partisans à se mobiliser en plaçant un drapeau tricolore à leur fenêtre et à se rassembler à Rome ce samedi 2 juin, jour de fête nationale et de parade militaire dans la capitale.

M. Di Maio a répété qu'il comptait sur le soutien de la Ligue -- qui ne s'est pas prononcée -- pour obtenir la destitution de M. Mattarella, une procédure parlementaire, cependant uniquement ouverte en cas de "haute trahison" ou d'"atteinte" à la Constitution de la part du chef de l'Etat.

Dimanche soir, M. Mattarella a refusé de nommer Paolo Savona au ministère des Finances, alors que MM. Salvini et Di Maio refusaient d'envisager un autre nom que cet économiste anti-euro, obligeant Giuseppe Conte, le juriste novice en politique choisi par les deux alliés, à jeter l'éponge. 

- "Courage" ou "coup d'Etat" -

"Le président Mattarella n'a fait qu'exercer ses pouvoirs constitutionnels", a cependant résumé Massimo Luciani, président de l'association des constitutionnalistes italiens.

A l'étranger, le président français Emmanuel Macron a loué le "courage" et le "grand esprit de responsabilité" de M. Mattarella, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel rappelait: "Nous voulons travailler avec chaque gouvernement mais bien sûr, nous avons des principes au sein de la zone euro".

L'heure était en revanche à la colère chez les alliés eurosceptiques de MM. Salvini et Di Maio. La cheffe de l'extrême droite française, Marine Le Pen, a dénoncé "un coup d'Etat" de l'UE en Italie, tandis que Nigel Farage, le croisé du Brexit, a prévenu que la "fureur" des électeurs italiens se traduirait par "davantage de voix" pour les eurosceptiques.

Pour l'instant, les sondages évoquent des intentions de vote stables pour le M5S, qui avait obtenu plus de 32% des voix en mars, et en nette hausse pour la Ligue, qui tourne désormais autour de 22% après obtenu 17% en mars au sein de la coalition de droite.

Après s'être rangé dimanche du côté de M. Mattarella "au nom de la défense des épargnants italiens", son allié Silvio Berlusconi (droite) s'est dit lundi soir favorable au maintien de cette coalition, envisageant de se présenter lui-même maintenant que la justice le lui autorise.

Les médias ont en revanche évoqué la possibilité, que M. Salvini n'a pas complètement rejetée, d'un accord électoral entre la Ligue et le M5S susceptible d'offrir une large majorité aux populistes. A moins qu'une réforme électorale n'introduise suffisamment de scrutin majoritaire pour permettre à l'un des deux camps de gouverner seul.

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