L'UE demande des explications à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent"

L'UE demande des explications à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent"
Les ministres italiens de l'Intérieur Matteo Salvini (g) et des Finances Giovanni Tria donnent une conférence de presse sur le budget, le 15 octobre 2018 à Rome

AFP, publié le vendredi 19 octobre 2018 à 08h10

Bruxelles a entamé jeudi un bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie en réclamant officiellement des "clarifications" à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent".

Le projet de budget de l'Italie pour 2019 prévoit un déficit à 2,4% du Produit intérieur brut (PIB), très éloignée des 0,8% promis par le précédent gouvernement de centre gauche.

Le dérapage italien est "sans précédent dans l'histoire du Pacte de stabilité et de croissance", écrit la Commission dans un courrier où elle demande à l'Italie de lui présenter ses observations avant "le lundi 22 octobre à midi".

Bruxelles pointe un risque de "non-conformité grave" avec les règles européennes, qui pourraient l'amener à rejeter ce budget, ce qui ne s'est encore jamais produit dans l'histoire de l'UE.

Les autres pays de la zone euro, soumis aux mêmes règles, observent de près les échanges entre l'Italie et la Commission, mise au défi par la coalition formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a remis en mains propres jeudi la lettre au ministre italien des Finances, Giovanni Tria, en s'efforçant de calmer le jeu.

- "La facture" -

La Commission n'est "pas l'adversaire de l'Italie", a expliqué M. Moscovici lors d'une conférence de presse avec M. Tria. "Elle est l'arbitre, l'arbitre n'est pas populaire mais fait respecter les règles du jeu".

"Comment le gouvernement va-t-il financer les dépenses nouvelles, qui va payer la facture?" s'est-il interrogé.

Le commissaire, qui a appelé à "une discussion très ouverte" avec Rome, a expliqué ne pas avoir "de plan B, mais seulement un plan A: le plan c'est d'être ensemble, d'avancer ensemble". "Je n'imagine pas l'euro sans l'Italie et l'Italie sans l'euro", a-t-il martelé.

M. Tria a affirmé de son côté que l'Italie espérait "rapprocher (ses) positions avec celles de l'Union européenne". "Nous avons des évaluations différentes" mais maintenant s'ouvre "un dialogue constructif", a-t-il noté.

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, en déplacement à Bruxelles pour un sommet européen, a indiqué pour sa part que son gouvernement savait "que ce budget, pensé pour satisfaire les exigences des citoyens italiens, longtemps ignorées, n'était pas conforme aux attentes de la Commission".

Evoquant un échange "normal" entre la Commission et les Etats membres, il a souligné que l'Italie ne serait pas la seule à recevoir une lettre.

Selon plusieurs sources, l'Espagne, la France, le Portugal et la Belgique devraient également en recevoir une, mais il s'agirait dans leur cas d'une simple demande d'informations.

Le budget est "bien pensé, bien construit et bien réalisé", a affirmé M. Conte, qui a déjà prévenu qu'il n'existait pas de marge pour le modifier. "Le dialogue ne nous effraie pas à condition qu'il soit constructif et utile, et sans préjugés".

- "Pas de leçon" -

"Nous ne nourrissons aucune espèce de préjugé négatif", lui a répondu le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

La chancelière allemande Angela Merkel a renvoyé de son côté la balle à la Commission et plaidé "le dialogue" avec Rome, quand son homologue néerlandais, Mark Rutte, s'est lui dit "très préoccupé".

"Après 10 ans passés en procédure de déficit public excessif, la France ne donne pas de leçon", a pour sa part commenté le président français Emmanuel Macron, qui ne veut pas non plus "favoriser la montée des extrêmes"

Avec son budget, Rome entend donner un coup de fouet à la croissance via une demande plus forte et davantage d'investissements. Parmi ses mesures phares : un départ en retraite facilité et un revenu de citoyenneté pour les plus modestes.

Mais ce budget inquiète car Rome affiche, après la Grèce, le ratio d'endettement (131% du PIB) le plus élevé de la zone euro.

Sur les marchés, le spread, l'écart très surveillé entre les taux à dix ans allemand et italien, a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans.

Si Rome ne modifie pas son budget, la Commission pourrait, d'ici la fin du mois, le rejeter.

Le vice-Premier ministre Matteo Salvini a déjà martelé que Rome ne modifierait pas sa copie. "Cette Commission européenne ne représente plus rien ni personne", a-t-il lancé.

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