La Banque d'Angleterre muscle mollement son programme anti-crise

Chargement en cours
La Banque d'Angleterre, le 17 juin 2020 à Londres
La Banque d'Angleterre, le 17 juin 2020 à Londres
1/3
© AFP, Tolga Akmen

AFP, publié le jeudi 18 juin 2020 à 16h35

La Banque d'Angleterre a maintenu jeudi son taux d'intérêt directeur et musclé son programme de rachat d'actifs, mais un peu moins qu'attendu par certains dans un contexte économique "exceptionnellement incertain" du fait de la pandémie de coronavirus.

L'institut monétaire a dévoilé jeudi sa décision d'augmenter de 100 milliards de livres son programme d'achat d'obligations, majoritairement composé d'emprunt d'Etats, portant à 745 milliards (environ 830 milliards d'euros) ses injections pour soutenir l'économie.

Mais cette augmentation ne doit se concrétiser que d'ici à la fin de l'année, ce qui a surpris plusieurs observateurs, qui avaient tablé sur un délai plus court.

L'augmentation de ce programme anti-crise, votée par huit des neuf responsables composant le Comité de politique monétaire, était attendue par les marchés, même si certains analystes s'attendaient à un montant plus important.

Celui-ci est "le strict minimum pour satisfaire le marché", a ainsi estimé Neil Wilson, analyste pour Markets.com.

"La BoE a dit qu'elle était prête à encore augmenter (le programme) si nécessaire - ça pourrait l'être cet automne", a-t-il ajouté.

Cette décision "n'est probablement pas le dernier assouplissement" monétaire, a renchéri Thomas Pugh, de Capital Economics, tandis que ce programme avait déjà été augmenté de 200 milliards de livres au début de la pandémie en mars.

Cette politique d'assouplissement quantitatif ("quantitative easing" ou QE) consiste à racheter de la dette et injecter ainsi des liquidités dans l'économie, dans l'optique de stimuler l'activité. Ces rachats massifs contribuent également à maintenir au plus bas le taux auquel s'endette le gouvernement pour financer ses mesures d'aide.

- Livre sterling en berne -

Le taux d'intérêt directeur fixé par la Banque d'Angleterre (BoE), abaissé en mars à 0,1%, un plancher historique, a, lui, été maintenu à l'unanimité des membres du MPC. Une décision là aussi attendue par le marché, même si les spéculations autour d'un taux négatif sont allées bon train ces dernières semaines.

Lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes, Andrew Bailey a d'ailleurs précisé que la perspective de taux négatifs n'avait pas fait partie des discussions de la réunion mais a répété qu'aucun outil n'était a priori écarté. Un contrôle de la courbe des taux d'emprunt du gouvernement, pour lui faciliter la tâche, n'a pas non plus été évoqué.

Le ton légèrement plus confiant de la BoE aurait dû soutenir la livre, ce qui a été observé un bref instant avant que celle-ci ne s'enfonce face à l'euro et au dollar, perdant même plus de 1% face à ce dernier.

Tout en soulignant que les prévisions économiques demeuraient "exceptionnellement incertaines", l'institution a estimé que la chute de l'activité au deuxième trimestre au Royaume-Uni sera "moins sévère qu'attendu" en mai grâce à des chiffres signalant une reprise de la consommation et des services. Elle avait alors prédit un effondrement de la production de 25%.

- Prudence sur la reprise -

Le contexte reste cependant difficile avec une économie percutée de plein fouet par les mesures instaurées pour enrayer la pandémie - confinement et fermeture des frontières. En outre, l'organisme national des statistiques (ONS) a révélé jeudi que 12,5 millions de personnes disent avoir souffert financièrement de l'impact économique de la pandémie.

"Il y a un risque de chômage plus élevé et persistant", a d'ailleurs averti l'institution, qui souligne que "même avec l'assouplissement des mesures de restrictions liées au Covid-19 et à l'activité économique, un certain degré de précaution devrait persister dans les comportements (de consommation)".

En outre, l'inflation est tombée en mai à 0,5% sur un an, un niveau plus vu depuis juin 2016, loin des 2% visés par la BoE. Et elle pourrait même tomber plus bas, a alerté l'institut monétaire.

Lors de ses prévisions de mai, la Banque d'Angleterre avait indiqué s'attendre à un rebond du PIB de 15% en 2021, après un effondrement de 14% en 2020. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a signalé fin mai que la reprise économique risquait d'être "plus longue et plus difficile" qu'anticipé.

Si la situation sanitaire semble s'améliorer au Royaume-Uni, le pays reste le plus endeuillé d'Europe, avec plus de 40.000 morts, et le troisième au niveau mondial, derrière les Etats-Unis et le Brésil.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.