La BoJ ne voit pas le bout du tunnel, loin derrière la Fed et la BCE

La BoJ ne voit pas le bout du tunnel, loin derrière la Fed et la BCE
Le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Haruhiko Kuroda, lors d'une conférence de presse à Tokyo le 15 juin 2018

AFP, publié le vendredi 15 juin 2018 à 12h03

La Banque du Japon (BoJ), contrainte vendredi au statu quo, apparaît démunie face à la faiblesse persistante de l'inflation quand la Fed et la BCE normalisent progressivement leurs politiques.

Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a une nouvelle fois blâmé "l'esprit déflationniste" régnant dans l'archipel, qui garde les stigmates de près de deux décennies de déflation et faible croissance, "entre 1998 et 2013". "C'est un facteur spécifique à notre pays", a-t-il souligné.

Malgré tout, "je pense que l'élan reste intact pour nous permettre d'atteindre l'objectif de 2%", a ajouté M. Kuroda lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion de deux jours.

Auparavant, la BoJ avait pris acte du ralentissement de l'inflation observé ces derniers mois. "L'évolution des prix se situe dans une fourchette de 0,5% à 1%" et non plus autour de 1%, avait-elle ainsi relevé.

M. Kuroda a été reconduit début avril à la tête de l'institution avec l'espoir d'achever sa mission entamée en 2013, mais les réunions se succèdent et les promesses se répètent, sans aboutir jusqu'à présent à des résultats tangibles.

"La mentalité déflationniste est tellement ancrée qu'aucune mesure d'assouplissement ne peut motiver les Japonais à dépenser et les entreprises à emprunter et investir", analyse Saori N. Katada, professeure au sein de l'Ecole de relations internationales de l'université de Californie du Sud.

"Si personne ne dépense ou n'investit du fait de leur pessimisme sur les perspectives économiques, les injections de liquidités par la BoJ n'aboutiront pas nécessairement à l'inflation", souligne cette spécialiste de la politique monétaire japonaise, contactée par l'AFP.

- Trajectoires différentes -

De fait, la banque centrale a lancé en 2013 un massif programme de rachats obligataires sans pour autant parvenir à ses fins. Elle l'a maintenu vendredi autour de quelque 80.000 milliards de yens par an (plus de 600 milliards d'euros), en le modulant pour que le taux des obligations d'Etat à 10 ans tourne autour de 0%. 

En réalité, le montant est actuellement bien en dessous de ce chiffre, mais la BoJ préfère ne pas enlever cette référence par peur de relancer les spéculations sur un resserrement monétaire. 

La BoJ a aussi reconduit le taux d'intérêt négatif appliqué à certains dépôts de banques (-0,1%), mesure destinée à inciter les établissements financiers à allouer des prêts aux entreprises et aux consommateurs plutôt que de déposer leurs liquidités dans ses coffres.

A la différence de la Banque du Japon, les autres grandes banques centrales ont, elles, trouvé une voie de sortie.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi l'abandon en fin d'année de ses rachats de dette. La Réserve fédérale américaine (Fed) est déjà très avancée dans sa normalisation: elle a relevé mercredi ses taux d'intérêt pour la deuxième fois de l'année.

Les rendez-vous monétaires de cette semaine ont "très clairement montré" que la BoJ prend une direction différente de ses homologues, a commenté pour l'agence Bloomberg Kyohei Morita, économiste du Crédit Agricole.

"Ce qui est intéressant, c'est qu'il n'y a pas vraiment d'appels à assouplir encore sa politique", déjà très ambitieuse, "reflétant l'opinion que le problème ne réside pas dans la politique monétaire mais dans la structure économique et la stratégie de croissance" du Japon, a-t-il insisté.

De nombreux économistes jugent en effet trop limitées les réformes structurelles mises en place par le Premier ministre, Shinzo Abe, dans le cadre de sa stratégie de relance "abenomics".

La troisième économie du monde a montré récemment des signes de progrès, à la faveur de robustes exportations, alignant huit trimestres de croissance d'affilée, série d'une longueur inédite depuis la fin des années 1980. 

Mais le début d'année a été moins bon, le Produit intérieur brut (PIB) ayant reculé sur la période de janvier à mars, et si un rebond se profile, il devrait être modeste dans un contexte de déclin démographique.

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