La "Coop des masques" relance la production de masques en version "solidaire"

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Un opérateur surveille la ligne de production des masques à la "Coop des masques", le 26 janvier 2021 à Graces, dans les Côtes d'Armor
Un opérateur surveille la ligne de production des masques à la "Coop des masques", le 26 janvier 2021 à Graces, dans les Côtes d'Armor
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© AFP, Fred TANNEAU

AFP, publié le mercredi 27 janvier 2021 à 12h48

Malgré le froid glacial de l'atelier, le sourire est sur toutes les lèvres: la "Coop des masques", imaginée au printemps sur fond d'épidémie de Covid-19, en pleine pénurie de cet objet désormais quotidien, est devenue réalité, relançant une production disparue en France avant la crise sanitaire.

"On est désolé, on attend encore le chauffage", s'excuse Guy Hascoët, président de la SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) qui porte le projet, implanté à Grâces, une commune qui jouxte Guingamp. 

C'est non loin d'ici, à une trentaine de kilomètres, à Plaintel, qu'avait fermé en 2018, dans l'indifférence générale, la dernière usine française de masques. Depuis un an, pour faire face à l'épidémie, la production s'est relancée en France.

Comme ici à Grâces où la production a débuté depuis une semaine. La vingtaine de salariés recrutés, emmitouflés, est encore en rodage sur les machines, arrivées de Saint-Étienne avec des formateurs. 

Bleue ou blanche, la matière première défile, comme des rouleaux de tissu sur un dévidoir, avant de ressortir de la machine sous forme de masques chirurgicaux directement mis dans de petites boîtes portant le nom de l'entreprise et la mention "Bretonne et solidaire". 

Conductrice de ligne, Stéphanie Marie-Joseph était sans emploi depuis un an après avoir travaillé dans l'agro-alimentaire, principal pourvoyeur d'emplois industriels dans la région. "C'est une super équipe, c'est très important pour la production qu'il y ait une bonne ambiance", se réjouit cette mère de cinq enfants. Et puis, "au moins, ici, on ne vient pas au boulot à reculons!", se réjouit-elle.

"Ce n'est pas une entreprise ordinaire, le recrutement est très hétérogène, c'est génial", assure Véronique Avequin, opératrice de production. Proche de la soixantaine, elle "cherchait du boulot depuis deux ans". "Il y a l'âge. Dès qu'on n'a plus 18 ans...", dit-elle, d'une moue fataliste. "Ici, on se sent tous investis!"

Filiforme, pas très grand, Tristan Lozach, 28 ans, une figure des "gilets jaunes" dans le département, était conseiller funéraire mais n'a pas retrouvé de travail après le mouvement. 

"Je cherchais depuis deux ans. Je pensais même à quitter la Bretagne. Cette entreprise m'a pris pour ma motivation et ne s'est pas arrêtée à mon engagement", observe ce père de trois enfants.

"Et, en plus, c'est une coopérative, on a un pouvoir de décision, et on produit des choses utiles", énumère-t-il.

- "30 millions de masques par an" -

Pas un des salariés n'oublie de mentionner "la chance", vu le contexte économique, d'être embauché en CDI après seulement deux mois d'essai. Avec une moyenne d'âge de 42 ans, ceux-ci se répartissent à égalité hommes/femmes et un tiers d'entre eux sont porteurs de handicap. Une vingtaine d'autres employés seront recrutés après l'été.  

Car la pérennité de la nouvelle entreprise ne semble pas inquiéter Guy Hascoët. "On est débordé de demandes de masques", constate l'ancien secrétaire d'État à l'Économie solidaire entre 2000 et 2002 et père, à ce titre, de la loi de 2001 créant les SCIC.

"L'objectif de base est de produire environ 30 millions de masques" par an, avec la possibilité de doubler, voire d'aller à "90 millions en situation de pandémie", explique-t-il.

"On a monté tout ça en huit mois (...) Nous sommes construits pour la durée, y compris après la fin de la crise sanitaire", assène Guy Hascoët. "Avec une production de 25 millions, on est rentable!"

La Coop ne compte pas s'en tenir qu'aux masques. Des groupes de travail ont été créés pour étudier notamment d'éventuels nouveaux produits ou encore trouver un substitut végétal au Meltblown, un matériau filtrant à base de pétrole, indispensable dans la fabrication des masques.

Dans l'immédiat, une machine italienne à Meltblown est attendue prochainement et à partir de juillet alimentera l'usine pour 75 tonnes sur 400 produites par an. Le surplus sera vendu à d'autres entreprises. 

Si la nouvelle entreprise se sent pousser des ailes, c'est aussi que, comme le permet la SCIC, tout un territoire la soutient, des collectivités aux citoyens (1.500 qui ont déjà apporté 500.000 euros).

Et parmi les citoyens solidaires, "les sœurs Augustines de Gouarec", une petite commune du département, sourit le président de la SCIC.  

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