La Cour des comptes étrille la gestion interne de Pôle emploi

La Cour des comptes étrille la gestion interne de Pôle emploi©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 17 juillet 2020 à 15h20

Les sages de la rue Cambon ont notamment pointé du doigt un niveau très élevé d'absentéisme, des "augmentations très rapides" de rémunération pour certains directeurs généraux adjoints, "de trop nombreuses voitures de fonction"...

Absentéisme, primes excessives, voitures de fonction... Dans un rapport de près de 160 pages dévoilé jeudi, intitulé "La gestion de Pôle emploi, dix ans après sa création", la Cour des comptes s'est penchée sur la gestion de l'opérateur public entre 2012 et 2018. Si les sages de la rue Cambon notent quelques bons points, notamment en ce qui concerne le développement numérique, le tableau s'assombrit du côté des ressources humaines...

"Les investigations, achevées en novembre 2019, ont plus particulièrement porté sur la stratégie et la gouvernance, la gestion des moyens humains et financiers, ainsi que la démarche de performance de l'établissement", précise le rapport, qui rappelle que depuis 2012, "la stratégie de Pôle emploi vise à répondre à deux enjeux importants : gérer un public de masse, d'une part, et personnaliser le service rendu, d'autre part".

La Cour a notamment pointé un niveau très élevé d'absentéisme au sein de l'établissement administratif chargé d'accompagner et d'indemniser les chômeurs. "Les absences au travail, tous motifs confondus, sont en hausse continue et atteignent un niveau très élevé (en moyenne un mois d'absence par salarié et par an)", indique le rapport.

Une prime de mobilité au montant "excessif"

Selon la Cour des comptes, la direction a mis en avant plusieurs facteurs d'explication de l'augmentation de l'absentéisme, tels que le "vieillissement du personnel". En effet, l'âge moyen est passé de 43,8 ans en 2012 à 45,7 ans en 2018, avec notamment le recul de l'âge de départ à la retraite. Autre point relevé : le temps de travail des salariés est inférieur de 2,5% à la durée légale de 1.607 heures, en raison des 5 jours de congés additionnels prévus par l'accord sur l'organisation et l'aménagement du temps de travail.

Les sages de la rue Cambon ont également épinglé la politique de l'opérateur vis-à-vis de ses dirigeants. Alors que les mesures d'accompagnement à la mobilité des cadres dirigeants sont déjà très "complètes", le montant de la prime de mobilité est jugé "excessif" (plus de 19.000 euros). Ils évoquent également des "augmentations très rapides" de rémunération pour certains directeurs généraux adjoints, "de trop nombreuses voitures de fonction", ainsi que des ruptures conventionnelles "très favorables en fin de carrière".

Mettre en place un "comité de rémunération" pour les plus hauts salaires

Face à ces traitements de faveur, la Cour des comptes a fait quelques recommandations. Elle propose notamment de mettre en place un "comité de rémunération" pour les plus hauts salaires. "La gestion des cadres dirigeants reste marquée par des pratiques héritées des circonstances particulières de la fusion, qui ne sont pas acceptables onze ans après, dans le contexte d'économies imposées à l'ensemble du secteur public depuis plusieurs années", a-t-elle estimé. Pour rappel, l'ANPE et les Assedic avaient fusionné en 2008.

Alors que le gouvernement a annoncé à l'été 2019 une nouvelle hausse de 1.000 emplois, qui devaient être affectés à l'accompagnement des entreprises, "l'affectation de ces moyens supplémentaires est à réexaminer dans le cadre de l'analyse des moyens à mettre en oeuvre pour faire face à l'augmentation à venir du nombre de demandeurs d'emploi induite par l'épidémie de Covid-19", ajoute la Cour...

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