La faillite de Remington illustre la désaffection des Américains pour les armes

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Un stand d'armes Remington, le 10 avril 2015 à Nashville
Un stand d'armes Remington, le 10 avril 2015 à Nashville
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© AFP, KAREN BLEIER

AFP, publié le lundi 26 mars 2018 à 22h26

La faillite de Remington témoigne de la désaffection des Américains pour les armes alors que plus de 1,5 million de manifestants ont réclamé samedi un renforcement de la législation face aux tueries dans les écoles.

Mais, pour les marchands d'armes, les difficultés ont commencé paradoxalement en novembre 2016 au moment de l'élection du républicain Donald Trump à la Maison Blanche. Sa victoire, alors que sa rivale démocrate Hillary Clinton passait pour favorite, a provoqué un brusque ralentissement des ventes d'armes, les craintes d'un durcissement de la législation s'estompant.

Proche de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes à feu, Donald Trump semblait pour beaucoup moins susceptible de revenir sur le deuxième amendement de la Constitution qui garantit à chaque Américain le droit de posséder une arme.

Les ventes ont donc ralenti, aboutissant à une chute du chiffre d'affaires des fabricants d'armes et, aujourd'hui, au dépôt de bilan d'un des plus fameux d'entre eux, Remington.

La succession de tueries, en particulier dans les établissements scolaires comme dans un lycée de Parkland (Floride) le 14 février qui a fait 17 morts, a aussi poussé plusieurs grands distributeurs à apporter des restrictions aux ventes d'armes. 

Dick's Sporting Goods a ainsi annoncé qu'il ne vendrait plus d'armes semi-automatiques et Walmart a porté à 21 ans l'âge minimum pour acheter une arme après avoir il y a quelques années cessé de vendre des armes semi-automatiques. 

Les fabricants d'armes américains sont confrontés "à des niveaux plus bas de demande pour les armes à feu", a reconnu début mars James Debney, PDG du groupe American Outdoor Brands qui commercialise la marque Smith&Wesson, ajoutant que ce recul pourrait perdurer de "douze à dix-huit mois".

Le groupe Remington, dont le siège est en Caroline du Nord (sud-est), a été créé en 1816 et, outre les armes, il vend des munitions et des barillets. Il emploie au total 2.700 personnes sur sept sites de production aux Etats-Unis et exporte sa production dans 52 pays.

Selon les documents publiés dans le cadre du dépôt de bilan (connu sous le nom de Chapitre 11 aux Etats-Unis), Remington est confronté "à un recul significatif de ses ventes" depuis un an avec une demande "qui ne se matérialise pas" alors qu'il a augmenté sa production en 2016.

Son bénéfice d'exploitation a ainsi chuté en 2017 à 33,6 millions de dollars, un tiers de son niveau de 2015.

- Réticences de la finance -

Remington avait fait part de son intention de déposer le bilan le 12 février, deux jours avant la tuerie de Parkland, à la suite d'un accord avec ses créanciers pour pouvoir continuer à fonctionner sous administration judiciaire.

Mais, selon Ari Lefkovits de la banque d'affaires Lazard, le groupe a rencontré de grosses difficultés pour trouver assez de financements et pouvoir poursuivre ses activités.

"Lazard a approché une trentaine d'investisseurs potentiels pour financer" Remington, a-t-il souligné, "mais la vaste majorité de ceux que nous avons contactés a indiqué qu'ils étaient réticents à financer un fabricant d'armes".

Remington s'est donc tourné vers ses créanciers habituels parmi lesquels JPMorgan Chase, Franklin Advisers et Bank of America, a-t-il ajouté.

La restructuration du groupe, qui a déjà reçu l'aval des principaux créanciers, devrait permettre d'effacer 775 millions de dollars de dette en échange d'un plus grand contrôle de l'entreprise par ceux qui la soutiennent financièrement.

Le fait que Remington n'arrive pas à séduire les milieux financiers n'est pas une surprise.

La semaine dernière, l'une des plus grandes banques du pays, Citigroup, a annoncé qu'elle interdisait désormais à ses clients de vendre des armes à feu aux moins de 21 ans et à des individus dont les antécédents n'ont pas été vérifiés, dans le cadre d'un ensemble de mesures de "bon sens" pour un contrôle des armes aux Etats-Unis.

Le plus gros gestionnaire d'actifs au monde, Blackrock, a pour sa part indiqué début mars qu'il étudiait le lancement de nouveaux fonds incluant des "portefeuilles indiciels" excluant les fabricants d'armes à feu et leurs distributeurs.

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1 commentaire - La faillite de Remington illustre la désaffection des Américains pour les armes
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    MDR39 -

    Bien fait…