La Fed, toujours sous pression, devrait laisser les taux inchangés

La Fed, toujours sous pression, devrait laisser les taux inchangés
Photo prise le 2 mai 2018 du fronton de l'immeuble de la Réserve fédérale à Washington

AFP, publié le lundi 29 avril 2019 à 13h53

La Banque centrale américaine (Fed) tient une réunion de politique monétaire mercredi au terme de laquelle elle devrait maintenir les taux d'intérêt inchangés alors qu'elle est sous la pression constante de la Maison Blanche pour les garder bas, voire les réduire.

Dans un revirement spectaculaire en mars, la Fed a mis un coup d'arrêt aux relèvements des taux et au dégonflement de son portefeuille d'actifs, en raison de l'incertitude sur l'évolution de l'économie américaine et le peu d'inflation. 

Les taux au jour le jour qui influencent tous les autres types de crédits, et donc la santé de l'économie, évoluent actuellement entre 2,25% et 2,50% et la Fed ne prévoit plus de hausses cette année.

Mais cette pause annoncée n'a pas suffi aux yeux de la Maison Blanche, qui a continué ce mois-ci à réclamer une politique monétaire encore plus accommodante. 

"Personnellement, je pense que la Fed devrait baisser les taux. Je pense qu'ils nous ont vraiment ralentis", a accusé début avril le président, Donald Trump, soulignant qu'il y avait "très peu d'inflation dans le pays".

Pour peser sur la politique monétaire, normalement menée par une Banque centrale farouchement indépendante, l'hôte de la Maison Blanche a même désigné à des postes de gouverneurs devant siéger au comité monétaire de la Fed deux hommes très proches de lui politiquement et au profil inhabituel. L'un d'entre eux, Herman Cain, candidat controversé auquel se sont vite opposés plusieurs sénateurs républicains, s'est rapidement retiré de la course.

L'autre, Stephen Moore, un ancien conseiller de campagne de Donald Trump aux vues jugées très partisanes est encore en lice mais doit recevoir l'aval du Sénat.

- Vive croissance surprise -

Un nouvel élément d'incertitude pour la Fed est apparu vendredi avec l'annonce d'une croissance de l'économie américaine bien plus forte que prévu, à 3,2% en rythme annuel au 1er trimestre. Les prévisions de la Banque centrale misent pourtant sur un ralentissement de l'expansion à 2,1% en 2019 après presque 3% l'année dernière.

De nombreux économistes ont estimé dans la foulée que la vive croissance du trimestre hivernal était surtout due à une accumulation de stocks qui ne se reproduira pas. 

"On pourrait penser que ce bond de la croissance fait mentir ceux qui assurent que l'économie va ralentir avec la disparition du stimulus des réductions d'impôts", ont expliqué les analystes de Capital Economics, qui croient que la Fed devra baisser à nouveau les taux plus tard dans l'année pour soutenir l'économie.

Mais d'autres s'interrogent sur les risques de surchauffe si ce rythme se poursuit. 

Comme l'a résumé Ian Shepherdson, économiste en chef de Pantheon Macroeconomics, "si l'économie continue sur cette lancée au 2e trimestre, la Fed va connaître un été difficile" car elle sera tentée de relever les taux. 

"Si au printemps, la croissance est forte, la Fed serait bien téméraire de ne pas resserrer la vis à nouveau, même si l'inflation est muette", abonde Joel Naroff, économiste indépendant.

La clé pour la Banque centrale réside en effet dans les chiffres de l'inflation.

Si une inflation faible sur la durée paraît satisfaisante pour les consommateurs, elle inquiète en général les économistes. Ils craignent alors la perspective d'une déflation, cercle vicieux d'une baisse des prix et des salaires qui finit par déprimer l'économie. C'est pourquoi la Fed cherche à obtenir une inflation qui reste durablement autour de 2%, un niveau qu'elle estime sain pour l'activité.

Lundi, la Banque centrale aura à sa disposition l'indice d'inflation PCE pour mars, sa mesure favorite pour mesurer la hausse des prix.

Celle-ci s'est inscrite à 1,9%, selon l'autre indice, CPI, toujours un peu supérieur au PCE.

Jerome Powell, président de la Fed, donnera une conférence de presse mercredi à 18H30 GMT après la publication d'un communiqué, qui ne comprendra pas cette fois-ci de nouvelles prévisions économiques.

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