La filière française de nouveau face à une très faible récolte de blé

La filière française de nouveau face à une très faible récolte de blé
Blé pour illustration agriculture

Boursier.com, publié le lundi 31 août 2020 à 09h46

La récolte de blé tendre s'achève et confirme ce que toute la filière redoutait : elle chute fortement. Le contexte est difficile pour les exportateurs français qui sont confrontés à une forte compétition mondiale.

Avec une récolte estimée à 29,22 millions de tonnes cette année, la production en blé tendre de la France a chuté de 26%... C'est la troisième plus petite récolte de ces 25 dernières années, après 2003 et 2016. Un maigre bilan qui s'explique par des conditions climatiques extrêmes et successives. "Les conditions de semis ont été extrêmement difficiles voire impossible sur une partie des surfaces initialement prévues à cause des pluies automnales excédentaires sur une large partie de l'Hexagone" explique Michel Portier, Directeur Général du cabinet Agritel. "Au regard de l'effondrement des volumes de blé tendre récoltés cette année, les niveaux records atteints en 2019, ne sont malheureusement qu'un lointain souvenir".

La France a enregistré au passage une baisse des surfaces de blé tendre de -21% par rapport la moyenne de ces cinq dernières années. "Il faut hélas ajouter un printemps 2020 particulièrement sec, ne permettant pas aux cultures de bénéficier des pluies nécessaires à leur développement" complète l'expert. Par conséquent, le rendement a chuté à 6,83 T/ha pour cette récolte 2020, soit une baisse enregistrée de -13,65% par rapport à la campagne précédente et en repli de -7.95 % par rapport à la moyenne olympique quinquennale...

Qualité au rendez-vous
"A la différence de 2016, la qualité est au rendez-vous". Les taux de protéines sont en effet supérieurs à 11% pour 84% des volumes collectés et les poids spécifiques sont largement supérieurs à la norme dans 98% des cas...

Le constat est assez proche à l'échelle de l'Union européenne avec une production tous blés au plus bas depuis 8 ans de 136.1 Mt, en repli de -18.8 Mt par rapport à l'an passé. "Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont souffert comme la France d'une forte chute des surfaces emblavées" poursuit M. Portier qui ajoute : "quant à la Roumanie et la Bulgarie, c'est la sécheresse printanière foudroyante qui a eu raison de leur production. Seuls l'Espagne et les Pays-Baltes dénotent avec des productions records"

Russie en tête

Cette situation peut profiter aux pays producteurs du bassin de la mer Noire tirés vers le haut par la Russie qui devrait réaliser la deuxième meilleure récolte de son histoire avec 80,5 Mt soit 7 Mt de mieux que l'an passé... Les blés de l'hémisphère sud permettront aussi de combler ce déficit de production. "Après 2 années catastrophiques, la production de blé de l'Australie devrait s'approcher de ses records à 31 Mt, soit 15.8 Mt de plus que l'année précédente".

Avec des disponibilités équivalentes à l'an passé chez les 8 grands exportateurs, le marché mondial du blé devrait être bien approvisionné... "Cependant, l'abondance actuelle de maïs dans le monde et les inquiétudes sur la reprise de la consommation de blé suite à la crise du Covid 19 laissent présager une baisse des échanges mondiaux de l'ordre de 4 Mt à 169 Mt" précise Michel Portier. "De quoi permettre aux stocks des 8 grands exportateurs de remonter légèrement et de rester assez équilibrés" ajoute-t-il.

Le volume disponible à l'exportation étant limité, la France pourra compter sur ses clients historiques tels que l'Algérie et le Maroc et un nouvel acteur de poids : La Chine, qui pourrait contractualiser un volume de près de 1,15 Mt.

Question de prix

Si le blé français est aujourd'hui cher sur la scène internationale, son prix sur le marché intérieur n'a pas progressé depuis 4 mois... La faute au renforcement de la parité euro/dollar qui, à plus de 1.1800, pénalise lourdement la compétitivité européenne.

"Les céréaliers français vont de nouveau être éprouvés, d'autant plus que les cours ne réagissent pas à la hauteur du phénomène. Cette conjoncture vient accentuer des problèmes malheureusement structurels en termes de compétitivité" conclut Michel Portier.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.