La future relation proposée par Londres à l'UE déplaît aux eurosceptiques et à la City

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La Première ministre britannique Theresa May, le 11 juillet 2018 à Bruxelles
La Première ministre britannique Theresa May, le 11 juillet 2018 à Bruxelles
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© AFP, Tatyana ZENKOVICH, POOL

AFP, publié le jeudi 12 juillet 2018 à 18h38

Le gouvernement britannique a présenté jeudi les détails de son plan sur la future relation entre le Royaume-Uni et l'UE après le Brexit, s'attirant les critiques des eurosceptiques comme du secteur financier.

Ce plan, qui a déjà provoqué les démissions de deux ministres de premier plan, celui du Brexit David Davis et des Affaires étrangères Boris Johnson, alimente depuis plusieurs jours les velléités de rébellion au sein de la majorité conservatrice.

Quand le nouveau ministre en charge du Brexit, Dominic Raab, a pris la parole à la Chambre des Communes pour présenter le document, les parlementaires ont bruyamment protesté, se plaignant de n'avoir pas reçu de copie, forçant le président de la Chambre à interrompre la séance quelques minutes.

Dominic Raab a ensuite décrit un plan gouvernemental "innovant", qui doit aboutir à l'élaboration d'un partenariat économique et sécuritaire "sans précédent".

Selon ce livre blanc, Londres souhaite mettre en place une nouvelle "zone de libre-échange pour les biens", destinée à maintenir un commerce "sans friction" avec les 27 membres de l'UE.

Celle-ci doit permettre, via l'instauration d'un "arrangement douanier simplifié", d'"éviter une frontière dure entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande".

Cette zone de libre-échange reposerait sur un ensemble de règles communes concernant les biens et le secteur agro-alimentaire. Londres continuerait par ailleurs de siéger dans les agences européennes qui délivrent les autorisations pour les biens très encadrés (produits chimiques, médicaments, aviation).

- "Coup dur" pour la finance - 

Le secteur des services ferait lui l'objet d'un nouvel accord qui entraînera "davantage de barrières" et privera les banques, sociétés d'assurance ou gestionnaires d'actifs du "passeport financier" qui leur permet actuellement d'opérer librement sur le continent, a reconnu Londres.

"Un coup dur", a dénoncé la City de Londres, la place financière britannique. "Avec des liens plus distendus avec l'Europe, les secteurs financiers et associés seront moins à même de créer des emplois, de générer des impôts et de soutenir la croissance de l'économie", a fustigé Catherine McGuinness, une responsable de la City of London Corporation.

Concernant la circulation des personnes, Londres veut développer un "nouveau cadre qui respecte les contrôles britanniques aux frontières", tout en permettant aux citoyens de se rendre "dans leurs pays respectifs". Une formulation floue qui ne satisfait pas non plus les milieux d'affaires, largement tributaires de la main d'oeuvre européenne. 

"Nous exhortons le gouvernement à présenter ses projets pour les migrations, qui devraient être au coeur de notre futur partenariat avec l'Europe", a déclaré Stephen Martin, directeur général de l'organisation patronale Institute of Directors.

Londres a accompagné ce plan de propositions pour un "partenariat sécuritaire". Le Royaume-Uni resterait membre des agences Europol et Eurojust et développerait des accords de "coordination" sur les questions de politique étrangère et de défense. Les déploiements actuels de "capacités opérationnelles", des deux côtés de la Manche, seraient maintenus.

- "Vassal" de l'Europe -

En marge du sommet de l'Otan à Bruxelles, Theresa May a assuré que ces propositions répondaient "au vote des Britanniques", en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016.

Mais pour le député conservateur Jacob Rees-Mogg, défenseur d'une rupture nette avec l'UE, ce plan fera du Royaume-Uni un "vassal" de l'Europe. "Ce document stipule que le Royaume-Uni sera soumis à des règles européennes, sans avoir son mot à dire dans leur élaboration. Ce n'est pas ce pour quoi les Britanniques ont voté".

Jugeant que les propositions de Mme May dénotaient sa volonté d'avancer après des mois d'atermoiement, Anand Menon, professeur de politique européenne au King's College de Londres, ne voit cependant pas les membres de l'UE les accepter en raison de leur scepticisme sur la question douanière. "Mais la situation deviendra très, très compliquée si elle rejette complètement le plan", a-t-il déclaré à l'AFP.

A Bruxelles, le groupe de députés européens en charge du dossier du Brexit a rappelé le principe d'"indivisibilité des quatre libertés" (libre circulation des biens, services, capitaux et personnes) garanties par le marché unique, et le rejet d'"une approche secteur par secteur".

Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, a lui simplement annoncé qu'il s'attaquait à l'analyse de la proposition britannique, se disant sur Twitter "impatient de négocier avec le Royaume-Uni". Il rencontrera Dominic Raab à Bruxelles la semaine prochaine.

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