Lactalis : l'affaire devient politique

Lactalis : l'affaire devient politique©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 11 janvier 2018 à 14h56

Le gouvernement réclame des sanctions dans l'affaire de la contamination à la salmonelle de lait pour bébé Lactalis, qui vire à la catastrophe industrielle pour le premier groupe laitier français. "Cette affaire est grave", a déclaré jeudi le ministre de l'Economie et des Finances à la presse. "Elle a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés", a estimé Bruno Le Maire.

Il s'en est remis pour les sanctions à la justice, qui a ouvert le 22 décembre une enquête préliminaire pour "blessures involontaires", "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée" et "inexécution d'une procédure de retrait".

Il a convoqué ce jeudi après-midi les acteurs de la grande distribution "pour faire un point sur la situation et les rappeler à leurs obligations", réunion à laquelle devait aussi participer le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert. Les principales enseignes de la grande distribution (Leclerc, Auchan, Carrefour, Système U) ont reconnu avoir écoulé des produits Lactalis en dépit de la procédure de rappel de ces produits lancée début décembre. La direction de Lactalis sera reçue au ministère vendredi.

Des contrôles multipliés

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), a-t-il dit, effectuera à partir de la semaine prochaine 2.500 contrôles supplémentaires pour vérifier l'effectivité du retrait des lots visés.

Les 2.500 contrôles effectués depuis le 26 décembre par la DGCCRF ont débusqué 30 grandes surfaces, 44 pharmacies, deux crèches, 12 hôpitaux et trois grossistes qui détenaient encore des boîtes de lait infantile suspects, a-t-il précisé. Les procès verbaux dressés par la DGCCRF seront envoyés à la justice, a ajouté Bruno Le Maire.

Le PDG d'Intermarché, Thierry Cotillard, a pour sa part mis en cause une "gestion chaotique" de la crise" par Lactalis. Il a annoncé mercredi qu'Intermarché arrêterait "définitivement" de commercialiser des laits pour bébé Lactalis de marque Milumel et bloquerait en caisse tout produit objet d'une mesure de retrait.

Stupéfiant mais pas étonnant

Le président de l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, Alain Bazot, a jugé "stupéfiants mais pas étonnants" les dysfonctionnements constatés. Interrogé par plusieurs médias, il a dénoncé des "défaillances dans le suivi" des décisions de rappel des produits suspects et "les moyens indigents" de la DGCCRF.

De son côté, la CLCV réclame dans un communiqué "que lumière soit faite sur les différentes responsabilités individuelles de cette affaire. Il est essentiel de connaître la totalité des circonstances qui ont mené à cette crise sanitaire. C'est indispensable pour éviter que de pareilles situations se reproduisent à l'avenir".

Enjeux à l'exportation

Bruno Le Maire a reconnu que la filière laitière et tout un pan de l'industrie agroalimentaire française risquaient d'être affectés, au-delà de Lactalis. "Il y a des enjeux à l'exportation, notamment sur le lait infantile en Chine", a-t-il déclaré. "Je pense que la meilleure réponse c'est la transparence sur les décisions que nous prenons et la rigueur des décisions que nous prenons."

"Je ne regrette pas d'avoir frappé aussi fort le 9 décembre parce que c'est à la fois une garantie pour la sécurité sanitaire des consommateurs (...) et un gage de confiance vis-à-vis de nos partenaires étrangers", a ajouté le ministre.

"Les enjeux sur la réputation de la filière agroalimentaire française, sur les exportations et donc sur l'emploi (...) sont suffisamment importants pour (...) qu'on aille jusqu'au bout de cette affaire, qu'on établisse les responsabilités de chacun."

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