Lafarge en Syrie: l'ONG Sherpa demande une enquête pour entrave à la justice

Lafarge en Syrie: l'ONG Sherpa demande une enquête pour entrave à la justice

Bruno Lafont le 18 février 2015 lors d'une conférence de presse à Paris

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AFP, publié le mardi 12 décembre 2017 à 18h17

L'ONG Sherpa, partie civile dans l'enquête pour financement du terrorisme qui vise Lafarge, accuse le cimentier de ne pas collaborer avec les enquêteurs et demande au parquet de diligenter une enquête "pour entrave à l'exercice de la justice", a indiqué mardi l'association.

Lafarge, mis en cause pour avoir transmis de l'argent et acheté du pétrole à des groupes jihadistes, dont l'État islamique, pour continuer à faire tourner sa cimenterie en Syrie, "ment quand il affirme pleinement collaborer avec les enquêteurs", a dénoncé lors d'une conférence de presse, Marie Dosé, avocate de l'ONG qui représente onze anciens employés syriens de l'usine.

Avant la perquisition menée au siège du groupe à Paris, les 14 et 15 novembre, "les ordinateurs ont été passés à l'eau de javel pour empêcher la justice de travailler", a-t-elle accusé.

Les juges d'instruction, qui pilotent cette enquête depuis juin, semblent dresser le même constat : "Des éléments essentiels ne se trouvaient plus au siège lorsque la perquisition a été effectuée", ont-ils récemment relevé, d'après une source proche du dossier. "L'intégralité de la comptabilité susceptible d'impliquer la personne morale n'a pas été davantage transmise", ont-ils ajouté.

Par ailleurs, deux mis en examen ont fait état de "propositions d'accord du groupe pour soit acheter leur silence, soit devancer les interrogations qui pourraient leur être soumises", selon Sherpa, qui y voit une "entrave à l'exercice de la justice".

"Nous contestons fermement que la société ait cherché à restreindre de quelque manière que ce soit le droit de ses employés ou ex-employés de se défendre dans une procédure judiciaire", a déclaré à l'AFP le cimentier qui a fusionné avec le Suisse Holcim en 2015.

"Des milliers de pièces ont été remises aux juges par le groupe ou saisies à l'occasion de la perquisition", a-t-on ajouté.

- 'Frilosité des autorités' -

L'avocat William Bourdon, président de l'ONG, s'interroge quant à lui sur la "frilosité, la complaisance, voire la complicité" des autorités françaises.

Des cadres et responsables du cimentier français, qui a fusionné avec le Suisse Holcim en 2015, ont relaté aux enquêteurs que la décision de se maintenir en Syrie avait reçu l'aval du quai d'Orsay. 

Entendu par les enquêteurs, Eric Chevallier, ex-ambassadeur de France pour la Syrie, a démenti avoir rencontré les dirigeants de Lafarge après la fermeture de l'ambassade en 2012. "Leur demander ou les inciter à rester était contraire aux consignes, je ne leur aurais jamais dit ça", a-t-il assuré, d'après la source proche du dossier.

"Il y en a manifestement un de nous deux qui ment", a rétorqué Christian Herrault, ex-directeur général adjoint du cimentier.

Par ailleurs, dès septembre 2014, peu de temps avant que l'EI prenne le contrôle du site, plusieurs télégrammes diplomatiques à destination de la direction générale du Trésor faisaient état de la situation de Lafarge en Syrie. Or "il a fallu attendre un article dans Le Monde près de deux ans plus tard pour qu'une enquête soit ouverte", a déploré Marie Dosé.

"Qui nous dit qu'entre-temps, une partie de l'argent versé à l'EI n'a pas servi à financer un attentat en France?", a-t-elle ajouté.

Six cadres et responsables du cimentier ont été mis en examen en décembre pour "mise en danger de la vie d'autrui" et "financement d'une entreprise terroriste", dont l'ex-PDG de Lafarge, Bruno Lafont, et l'ex-directeur général de LafargeHolcim, Éric Olsen, une première pour de grands patrons en France.

De juillet 2012 à septembre 2014, la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) a versé environ 5,6 millions de dollars à diverses factions armées via l'intermédiaire Firas Tlass, dont plus de 500.000 dollars à l'organisation d'Abou Bakr al-Baghdadi, d'après un rapport rédigé à la demande de Lafarge par le cabinet américain Baker McKenzie. 

Au total, 12,946 millions de dollars auraient été versés entre 2011 et 2015 par Lafarge à l'ensemble des factions armées (taxes pour assurer le passage des employés, achat de matières premières dont du pétrole...), d'après un rapport du cabinet d'expertise comptable PricewaterhouseCoopers (PWC), également missionné en interne et dont l'AFP a eu connaissance. 

 
3 commentaires - Lafarge en Syrie: l'ONG Sherpa demande une enquête pour entrave à la justice
  • avatar
    stoichisme -

    connards de Sherpa et comment fait-on pour sauver un chantier de cette importance alors que le racket peut venir de partout ?

  • avatar
    stoichisme -

    connards de Sherpa et comment fait-on pour sauver un chantier de cette importance alors que le racket peut venir de partout ?

  • avatar
    JON-DE-LIONNE -

    de la censure, encore de la censure, toujours de la censure sur le Forum Orange.
    Et bien puisque sur la rubrique Finance, un bug est là ...... moi aussi
    référence à l'article :
    LR: Wauquiez fustige le choix de Bertrand
    Statut : refusé
    Il y a une heure
    le 12 12 2017 à 13 26
    je pense que pour bien comprendre et connaître les valeurs de l'UMP, le plus simple est encore d'écouter un discours de Chirac ( facile à trouver sur internenette) et qui s'appelle du bruit et de l'odeur , ou quelque chose comme ça.

    Un fois entendu ce que disait Chirac en 91, cela permet de savoir qui aurait traverser des " lignes rouges" comme dit M, Juppé et surtout de savoir dans quel sens.

    de wikipédia :

    Le discoursLe 19 juin 1991, au cours d'un dîner-débat du RPR, Jacques Chirac prononce le discours qui contient l'expression le « bruit et l'odeur ». Voici un extrait5, portant sur l'immigration :

    « Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. Nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s'impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s'il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d'une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu'ils ne paient pas d'impôt ! [...] Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu'il y a un problème de l'immigration, et que si l'on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu'ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l'opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes6,7. […] [Au sujet des épiciers de proximité] La plupart de ces gens-là sont des gens qui travaillent, des braves gens ; on est bien content de les avoir. Si on n'avait pas l'épicier kabyle au coin de la rue, ouvert de 7 heures du matin à minuit, combien de fois on n'aurait rien à bouffer le soir8 ? »

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