Le 5 décembre, les syndicats jouent gros

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Affaiblis, ignorés puis ressuscités? Les syndicats jouent gros le 5 décembre contre la réforme des retraites, une occasion pour eux de reprendre la main après des années de marginalisation
Affaiblis, ignorés puis ressuscités? Les syndicats jouent gros le 5 décembre contre la réforme des retraites, une occasion pour eux de reprendre la main après des années de marginalisation
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© AFP, Thomas SAMSON

AFP, publié le mardi 03 décembre 2019 à 08h09

Affaiblis, ignorés puis ressuscités? Les syndicats jouent gros le 5 décembre contre la réforme des retraites, une occasion pour eux de reprendre la main après des années de marginalisation, dans un contexte social inflammable.

"C'est peut-être une des dernières grandes occasions pour les organisations syndicales de faire valoir leur importance dans la société française", analyse  Stéphane Sirot, historien des mouvements sociaux.

Car depuis 25 ans, "la plupart des grands mouvements sociaux se sont presque tous déroulés autour de la question des retraites", rappelle-t-il.

Et avec le "malaise" régnant dans des secteurs ou groupes publics traversés par des réformes, comme la SNCF, la RATP et l'hôpital, le climat est "propice à des mobilisations", ajoute-t-il.

Largement ignorés par l'exécutif, qui n'a jamais caché qu'il fallait remettre à leur juste place les corps intermédiaires, les syndicats sont à la peine depuis plusieurs années et n'influent guère. 

En 2010, des millions de manifestants n'avaient pas empêché le passage de l'âge légal de la retraite à 62 ans. En 2016, presque une quinzaine de journées d'action contre la loi Travail n'ont rien donné.

En septembre 2017, les ordonnances travail passent sans encombre malgré les manifestations de la CGT. Un an plus tard la réforme SNCF est adoptée en dépit d'un mouvement de plus de trois mois. Les manifestations unitaires contre la réforme de la fonction publique n'auront pas non plus d'incidence.

Et le numéro un de la CFDT Laurent Berger a beau avoir eu "les nerfs" contre la réforme de l'assurance chômage, cela n'a pas bougé une virgule aux décrets durcissant les règles du régime publiés cet été.

- "Goutte d'eau qui fait déborder le vase" -

Seule organisation favorable depuis des années à un régime de retraite universel par points, la CFDT se trouve aussi face à un enjeu. La confédération n'appelle pas à la grève mais sa fédération de cheminots a déposé un préavis "pour peser dans le rapport de force", a expliqué Laurent Berger.

Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, les leaders syndicaux expliquent en coulisses que seul le sujet des retraites - inscrit au programme de Macron - pourrait mobiliser les Français.

Pour Michel Beaugas, membre du bureau de Force ouvrière, "c'est la réforme +goutte d'eau qui fait déborder le vase+". C'est le match retour des syndicats? "FO est contre depuis le début!", rétorque-il.

"Les retraites, c'est le ciment de toutes les mobilisations qui existent dans le pays depuis très longtemps", a prévenu de son côté Philippe Martinez, numéro un de la CGT.

Impuissants à peser sur les réformes ces dernières années, les syndicats ont de surcroît vu surgir le mouvement des "gilets jaunes" à l'automne dernier, qui lui a fait fléchir, au moins financièrement, le gouvernement. 

Sidérés devant ce mouvement hétéroclite et non hiérarchisé, reflet "des déserts syndicaux" selon la CGT, ils n'ont pas réussi à dialoguer et à collaborer avec lui. En perte de vitesse, les gilets jaunes ont décidé de se joindre à la journée du 5 décembre. 

Mais la grève fait-elle encore recette?

"Le dernier grand mouvement national qui s'est produit sur le modèle reconductible, c'est celui de 1995", explique M. Sirot, alors que ces dernières années c'est le choix d'une succession de journées d'actions qui avait été fait. 

"C'est une réforme qui se veut universelle, donc on pourrait très bien voir se réactiver ce qu'on appelait en 1995 le sentiment de grève par procuration" pour le compte des salariés du privé, dit-il aussi.  

Au total, en cas d'échec du mouvement, "cela aura des conséquences problématiques pour la société en général", prévient M. Sirot. Les syndicats "jouent gros" mais "le pouvoir politique aussi joue gros", note-t-il.

Car cela peut signifier qu'on "se dirige encore un peu plus vers une forme de société où entre le politique et le citoyen il n'y aurait plus que comme régulateur social des mouvements de type +gilets jaunes+". 

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