Le Canada nationalise un oléoduc controversé pour l'agrandir

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Des manifestants bloquent l'entrée de l'ambassade du Canada à Londres, le 18 avril 2018, pour protester contre l'extension de l'oléoduc Trans Mountain
Des manifestants bloquent l'entrée de l'ambassade du Canada à Londres, le 18 avril 2018, pour protester contre l'extension de l'oléoduc Trans Mountain
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© AFP, Tolga AKMEN

AFP, publié le mardi 29 mai 2018 à 18h59

Le gouvernement canadien a nationalisé mardi un oléoduc contesté par la province de Colombie-Britannique (Ouest), les autochtones et les environnementalistes afin d'assurer l'expansion de sa capacité que son actuel propriétaire américain menaçait d'abandonner.

Le gouvernement fédéral va acheter pour 4,5 milliards de dollars canadiens (3 milliards d'euros) l'oléoduc Trans Mountain de la société américaine Kinder Morgan, reliant les sables bitumineux de l'Alberta au port de Vancouver, en Colombie-Britannique, a annoncé le ministre des Finances, Bill Morneau.

Kinder Morgan menaçait d'abandonner le 31 mai son projet de triplement de la capacité de cet oléoduc à près de 900.000 barils par jour, en raison de l'opposition du gouvernement social-démocrate de la Colombie-Britannique, des écologistes et d'Amérindiens.

Le Premier ministre libéral Justin Trudeau avait approuvé le projet estimé à 7,4 milliards de dollars canadiens en 2016 et répété ces dernières jours qu'il était prêt à indemniser les pertes encourues par la société Kinder Morgan, en raison de la suspension des travaux.

Les actionnaires de Kinder Morgan devront approuver la vente de l'oléoduc, qui doit être bouclée au mois d'août, mais l'accord va permettre une reprise immédiate des travaux, a assuré Bill Morneau lors d'une conférence de presse.

"Cet investissement comporte un prix équitable pour les Canadiens et les actionnaires de l'entreprise et permettra" la réalisation du projet "à titre de propriété d'une société d'État", a-t-il précisé.

"Le gouvernement du Canada n'a toutefois pas l'intention d'être le propriétaire à long terme de ce projet", a-t-il dit en assurant qu'Ottawa le céderait à de nouveaux investisseurs "au moment opportun".

Depuis son élection il y a un an, le Premier ministre de la Colombie-Britannique menait une guerre de tranchées pour faire annuler le projet en pointant les risques environnementaux avec la multiplication de tankers géants aux abords de Vancouver où débouche l'oléoduc en provenance des sables bitumineux de l'Alberta voisin, troisième réserve de pétrole de la planète.

- "Scandaleux, inacceptable" -

Le Canada extrait près de 4 millions de barils de pétrole par jour et 99% de sa production est écoulée à rabais aux Etats-Unis, faute d'accès à d'autres marchés, notamment ceux de l'Asie.

Le gouvernement libéral de M. Trudeau avait accepté l'agrandissement de l'oléoduc en échange de la collaboration du gouvernement de la province de l'Alberta dans la lutte contre les gaz à effet de serre (GES).

Les sables bitumineux de cette province contribuent pour plus du quart aux émissions totales du Canada. Dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat en décembre 2015, Justin Trudeau s'est engagé à réduire de 30% les émissions de GES d'ici 2030 par rapport aux volumes de 2005.

Berceau de l'organisation Greenpeace, la Colombie-Britannique menait depuis plusieurs mois une guérilla juridique contre l'agrandissement de l'oléoduc en service depuis 1953 et reliant sur un millier de kilomètres Edmonton, la capitale de l'Alberta, et Burnaby, dans la proche banlieue de Vancouver, sur l'océan Pacifique.

La polémique entourant le projet avait mené à une guerre commerciale entre les gouvernements de ces deux provinces, pourtant de même obédience sociale-démocrate.

L'acquisition "va permettre d'acheminer en toute sécurité le pétrole canadien vers les marchés mondiaux où nous pourrons obtenir un meilleur prix", a assuré le ministre des Finances.

"Et elle va rassurer les investisseurs que le Canada est un pays qui respecte la règle de droit et s'assure (que de grands projets, ndlr) puissent être réalisés".

Le projet dispose du soutien d'une faible majorité de Canadiens, qui étaient cependant réticents à voir leurs deniers utilisés pour assurer sa réalisation, selon de récents sondages.

"C'est totalement scandaleux, inacceptable, incompatible avec la réconciliation avec les Premières nations et nos engagements climatiques", a critiqué Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace Canada.

A un an et demi des élections législatives, cette nationalisation représente un risque politique pour Justin Trudeau, la Colombie-Britannique étant l'une des trois provinces, avec l'Ontario et le Québec, ayant élu le plus de députés de son parti en 2015, tandis que l'Alberta n'en compte que trois sur les 183 libéraux à la Chambre.

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