Le contrôle judiciaire de Carlos Ghosn pas assez strict ?

Le contrôle judiciaire de Carlos Ghosn pas assez strict ?
le 6 mars 2019

Boursier.com, publié le vendredi 08 mars 2019 à 16h36

L'ancien dirigeant a été contraint de remettre son passeport à son avocat et a dû fournir l'assurance qu'il ne quitterait pas Tokyo, entre autres... Pas suffisant pour le parquet.

Carlos Ghosn a été remis en liberté mercredi contre le versement d'une caution d'un milliard de yens (7,9 millions d'euros), après avoir passé plus de 100 jours au centre de détention de Tokyo. L'ex-patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi doit se plier à tout un tas de contrôles et de règles, depuis qu'il est retourné à son domicile.

Pourtant, le bureau des procureurs de Tokyo a estimé vendredi que les conditions du contrôle judiciaire n'étaient pas assez strictes pour l'empêcher de falsifier certaines preuves dans l'enquête dont il fait l'objet pour malversations. Shin Kukimoto, procureur adjoint au tribunal de district de Tokyo, a fait cette remarque jeudi devant la presse, sans commenter dans le détail les conditions du contrôle judiciaire de Carlos Ghosn.

Pas de passeport, pas d'internet...

L'ancien dirigeant a été contraint de remettre son passeport à son avocat et a dû fournir l'assurance qu'il ne sortirait pas Tokyo. Il peut se déplacer librement dans la ville, mais ne peut pas quitter son domicile plus de deux nuits sans une permission de la justice. Sa résidence a été placée sous vidéosurveillance. Il lui est par ailleurs interdit d'utiliser internet, d'envoyer ou de recevoir des messages textes et il ne peut se servir d'un ordinateur que dans les bureaux de son avocat. Il n'a pas non plus la possibilité de communiquer avec les autres personnes impliquées dans l'affaire. Selon des connaisseurs du dossier, le fait que Carlos Ghosn ait accepté toutes ces restrictions a beaucoup joué dans sa libération.

La sortie de prison de Carlos Ghosn a créé beaucoup de remous au Japon. Il a quitté mercredi le centre de détention de Tokyo où il était placé depuis le 19 novembre portant une casquette et un masque facial, vêtu d'un bleu de travail. Un déguisement imaginé par l'un de ses avocats, Takashi Takano, pour tenter de déjouer la vigilance des journalistes, en le faisant passer pour un membre du personnel de la prison. Mais le plan n'a pas fonctionné, et l'image a fait le tour du monde. La défense de l'ancien dirigeant a admis que son stratagème avait été un échec désastreux.

Jusqu'à 15 ans de prison

Carlos Ghosn a été mis en examen le 10 décembre, pour dissimulation de revenus. Il aurait minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, une partie de ses revenus, à hauteur de 5 milliards de yens (40 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015. La même opération aurait été effectuée sur la période de 2015 à 2018, pour une enveloppe de 4 milliards de yens (32 millions d'euros environ). L'intéressé nie les faits qui lui sont reprochés et soutient que les accusations découlent d'un complot au sein de Nissan pour bloquer son plan de fusion avec le constructeur automobile Renault, son principal actionnaire.

Le procès de Carlos Ghosn devrait avoir lieu dans quelques mois. S'il est reconnu coupable des charges retenues contre lui, il risque jusqu'à 15 années d'emprisonnement.

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