Le coronavirus va peser sur la croissance mondiale en 2020

Le coronavirus va peser sur la croissance mondiale en 2020©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 04 février 2020 à 19h41

Le coronavirus va peser sur l'économie chinoise, mais aussi mondiale, estiment les économistes. La Banque Mondiale va revoir en baisse ses prévisions de croissance mondiale, compte-tenu du poids de la Chine dans la chaîne d'approvisionnement.

Face à la propagation du coronavirus, les économistes tentent de mesurer l'impact de cette épidémie sur l'économie chinoise et au-delà, sur l'ensemble de la croissance mondiale. S'il est désormais certain que l'économie chinoise fait face à un net ralentissement, au moins à court terme, il est à ce stade difficile de prévoir la durée et l'ampleur de ce choc.

Les économistes ont d'ores et déjà revu en baisse leurs prévisions de croissance pour la Chine en 2020 : le cabinet Oxford Economics a ainsi abaissé sa prévision de 6% à 5,4% pour tenir compte de l'impact du coronavirus. En 2019, la croissance chinoise était déjà tombée à son plus bas niveau depuis près de 30 ans à 6,1%, plombée par les tensions commerciales avec Washington et des problèmes structurels nationaux.

De son côté, la banque ING estime que les conséquences du coronavirus seront plus importantes que celles de l'épidémie de Sras en 2003, étant donné l'importance de la propagation de la maladie. Le Sras, qui avait affecté 8.100 personnes et fait 774 morts, avait à l'époque amputé le PIB chinois de 1,2 point de pourcentage et la croissance mondiale de 20 points de base (0,2 point de pourcentage).

La Banque Mondiale va réviser en baisse ses prévisions de croissance mondiale

Le président de la Banque Mondiale, David Malpass, a indiqué pour sa part que l'institution allait réviser en baisse ses prévisions de croissance mondiale, sans donner d'indications chiffrées.

S'il est moins mortel que le Sras (avec un taux de décès d'un peu plus de 2% contre près de 10%), le coronavirus 2019-nCoV a déjà infecté beaucoup plus de personnes que le Sras, et entraîné la mise en quarantaine de plus de 50 millions de personnes en Chine, la fermeture de nombreux lieux publics et la suspension de nombreux moyens de transports en Chine et vers l'étranger. Mardi matin, le dernier bilan des autorités chinoises faisait état de 427 décès en Chine et de plus de 20.000 cas. En outre, 176 cas sont actuellement signalés hors de Chine, où deux décès sont intervenus, aux Philippines et à Hong Kong. Pour l'instant, le nombre de cas continue d'augmenter, compte tenu d'une durée d'incubation assez longue, d'une quinzaine de jours selon les experts.

Le président de la Banque Mondiale a indiqué mardi que la prévision de croissance mondiale de l'institution allait être revue à la baisse, en particulier en raison de l'impact de l'épidémie sur les chaînes d'approvisionnement, la Chine étant un fournisseur majeur de produits pour les entreprises mondiales."La projection (de croissance de l'économie mondiale) va être abaissée au moins pour la première moitié de 2020, en partie en raison de la (croissance de la) Chine (affectée par le virus), en partie en raison des chaînes d'approvisionnement", a ainsi déclaré David Malpass à Washington, au cours d'une conversation avec l'ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, animée par le centre de réflexion, Bipartisan Policy Center.

La Banque Mondiale prête à apporter son soutien

David Malpass a souligné qu'une partie des biens chinois étaient acheminés par les avions commerciaux transportant des passagers. Or de nombreuses compagnies du monde ont suspendu leurs vols à destination et en provenance de la Chine.

De son côté, Janet Yellen a dit s'attendre "à un effet important" sur la croissance chinoise au moins au cours du premier trimestre voire du second. "Et la Chine représente une part importante de l'économie mondiale, ce qui devrait avoir un effet de contagion" sur d'autres pays, a-t-elle ajouté, ce qui va alimenter une forte incertitude. De manière plus positive, elle a souligné que les épisodes passés de pandémie ont montré que les effets étaient importants à court terme sur l'économie. "A long terme, il semble y avoir un effet relativement petit", a-t-elle commenté.

La Chine représente 16% du PIB mondial

David Malpass a ajouté que la Banque mondiale soutient "les efforts déployés par la Chine pour (y) répondre à( l'épidémie), y compris ceux destinés à permettre à son économie de rebondir". L'institution s'est dit "prête à soutenir tous ses pays membres, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables, afin d'aider à gérer les conséquences futures de cette crise sur leurs populations", a-t-il poursuivi.

Lorsqu'on compare la situation actuelle avec celle de 2002-2003, lors de l'épidémie de Sras, "le problème, c'est que la Chine a changé de taille", a expliqué mardi Julien Manceaux, économiste d'ING, lors d'un point de presse à Paris. "En 2003, elle représentait 4% du PIB mondial, contre 16% aujourd'hui", a-t-il ajouté, citée par l'agence 'Reuters'.

L'épidémie a pris naissance à Wuhan, le fief de l'industrie automobile chinoise, qui est désormais paralysée et mise en quarantaine. "Le simple fait que les usines restent longtemps à l'arrêt aura nécessairement des conséquences sur la production", a ajouté Julien Manceaux. Le groupe chinois Dongfeng, deuxième constructeur du pays, est présent sur place, ainsi que les groupes français PSA et Renault. Mardi, le groupe coréen Hyundai a annoncé qu'il allait interrompre cette semaine toute sa production en Corée du Sud, en raison d'un manque de pièces en provenance de ses sous-traitants chinois.

Un défi pour les entreprises

En provoquant des ruptures dans les chaînes d'approvisionnement et un manque à gagner pour certains secteurs comme l'hôtellerie, l'épidémie devrait avoir un impact réel sur le commerce mondial. L'impact sur les matières premières, avec une contagion inévitable aux pays émergents les plus dépendants des exportations de ressources de base, sera quant à lui considérable, a-t-il ajouté M. Manceaux.

"Tout dépendra de la durée de l'épidémie et de la capacité des autorités chinoises à l'enrayer mais quel que soit le choc du virus sur l'économie, la contagion sera plus importante aujourd'hui qu'en 2003", selon l'économiste d'ING.

Les entreprises, de leur côté, tentent de s'organiser pour faire face à l'épidémie. Parmi les firmes dont la production ou l'activité sur place est perturbée figurent, outre les constructeurs automobiles, de nombreux groupes technologiques, dont Apple, ainsi que Starbuck's, Ikea, McDonald's ou encore Walt Disney, qui a dû fermer ses parcs à thèmes de Shangai et Hong Kong et souffre de la fermeture des cinémas.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.