Le diabète, enjeu sanitaire planétaire et affaire de gros sous

Chargement en cours
Les laboratoires misent à la fois sur l'innovation et les marchés émergents pour tenter de compenser la forte pression sur les prix aux États-Unis
Les laboratoires misent à la fois sur l'innovation et les marchés émergents pour tenter de compenser la forte pression sur les prix aux États-Unis
1/3
© AFP

AFP, publié le vendredi 18 mai 2018 à 12h32

Sur fond d'épidémie mondiale de diabète, la concurrence continue de s'intensifier sur ce marché pharmaceutique, les laboratoires misant à la fois sur l'innovation et les marchés émergents pour tenter de compenser la forte pression sur les prix aux États-Unis.

- 629 millions de diabétiques en 2045 -

Les chiffres sont alarmants: le monde comptait l'an dernier plus de 425 millions de diabétiques, et leur nombre pourrait passer à 629 millions en 2045, selon des estimations de la Fédération internationale du diabète (FID). Seulement la moitié d'entre eux sont diagnostiqués à l'heure actuelle, et parmi ces derniers seulement 50% ont accès à des traitements. 

Aussi le diabète et ses complications (maladies cardiovasculaires et rénales, amputations des membres inférieurs...) tue 4 millions de personnes par an, toujours selon la FIS.

Le diabète est un trouble d'assimilation des sucres par l'organisme, existant sous deux formes. Le diabète de type 2, qui représente aujourd'hui 90% des cas et qui progresse le plus, correspond à une hausse prolongée du taux de sucre (glycémie) dans le sang, souvent liée à l'obésité et à la sédentarité.

Quant au diabète de type 1, d'origine génétique, il apparaît souvent dès l'enfance et se caractérise par l'absence totale d'insuline, une hormone normalement produite par le pancréas et qui régule la glycémie.

- Un marché de 80 milliards de dollars -

Le marché mondial du diabète pesait en 2017 environ 80 milliards de dollars, ce qui en faisait le deuxième plus grand marché pharmaceutique après le cancer, selon des données du cabinet Iqvia, spécialisé en santé.

A eux seuls, les États-Unis représentaient l'an dernier 64% de ce marché en valeur, toujours selon Iqvia. 

Mais l'épicentre de la crise du diabète se situe désormais dans les pays émergents d'Asie, Chine et Inde en tête, et la croissance de la maladie devrait être tirée à l'avenir par l'Asie du Sud-Est, l'Afrique et le Moyen-Orient, selon la FID.

Par ailleurs, le marché américain du diabète est en pleine reconfiguration depuis 2015. Les prix des antidiabétiques, qui avaient jusqu'alors flambé dans le pays, ont alors commencé à être sérieusement revus à la baisse par les assureurs américains.

L'un des facteurs déclencheurs a été l'arrivée sur le marché de Basaglar, un premier biosimilaire du Lantus, l'insuline basale (à action longue durée) vedette du français Sanofi, développé par son concurrent américain Eli Lilly et l'allemand Boehringer Ingelheim. 

Les biosimilaires sont aux médicaments biologiques d'origine ce que sont les génériques pour les médicaments issus de la chimie de synthèse.

Leurs fabricants "font des remises quasiment équivalentes aux génériques, d'au moins 50% par rapport au prix catalogue", estime Claude Le Pen, économiste de la santé et consultant chez Iqvia, interrogé par l'AFP.

- Novo résiste, Lilly bondit, Sanofi subit -

En 2017, la dégringolade des ventes du Lantus s'est poursuivie (-17,5% à taux de change constants, à 4,6 milliards d'euros). L'ensemble de la franchise diabète de Sanofi a reculé de 11,1% à 6,39 milliards d'euros l'an dernier, et son déclin s'est poursuivi au premier trimestre de cette année (-10%).

Après une année difficile en 2016, victime lui aussi des secousses aux États-Unis, le danois Novo Nordisk, numéro un mondial du marché du diabète, résiste plutôt bien: ses ventes dans cette activité ont augmenté de 3% l'an dernier, à plus de 12 milliards d'euros (+3%). 

Celles d'Eli Lilly dans le secteur ont quant à elles bondi de 25% en 2017, à 10 milliards de dollars (environ 8,4 milliards d'euros au cours actuel).

Novo Nordisk comme Eli Lilly profitent notamment de leur solide présence sur le segment le plus dynamique du marché, les analogues de l'hormone intestinale GLP-1, qui croît actuellement de plus de 20% par an, y compris aux États-Unis.

Toutefois, ce segment ne représente pour l'heure que 12% du marché total du diabète, contre 44% pour les insulines et le reste pour les antidiabétiques oraux, prescrits à des stades plus précoces de la maladie.

Pour redresser la barre dans le diabète, Sanofi mise aussi sur la classe des GLP-1, avec un nouveau candidat-médicament, efpeglenatide, qu'il espère commercialiser en 2021. Il place aussi beaucoup d'espoir dans un antidiabétique oral de nouvelle génération, sotaglifozine, qu'il a pris sous licence en 2015 auprès de la biotech américaine Lexicon, ainsi que sur les marchés émergents, où il est bien positionné.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.