Le gouvernement ferme les rayons "non essentiels" pour apaiser les commerçants

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Une commerçante en grève de la faim s'expose dans la vitrine de son magasin à Blotzheim (Haut-Rhin), le 31 octobre 2020
Une commerçante en grève de la faim s'expose dans la vitrine de son magasin à Blotzheim (Haut-Rhin), le 31 octobre 2020
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© AFP, SEBASTIEN BOZON

AFP, publié le dimanche 01 novembre 2020 à 21h22

Au nom de "l'équité" et de la sécurité sanitaire, le gouvernement a décidé de fermer les rayons non essentiels dans les grandes surfaces plutôt que d'autoriser les petits commerces à rouvrir, a annoncé le Premier ministre dimanche. 

Jean Castex a écarté en soirée sur TF1 une réouverture immédiate des commerces: "la logique du confinement est que l'on limite le nombre d'occasions de sortir", a-t-il souligné alors que les autorités sanitaires ont fait état, dimanche, de 46.000 cas positifs en 24 heures, 231 décès et 3.569 malades hospitalisés en réanimation.

Mais après s'être entretenu dimanche avec les fédérations de commerçants et des élus locaux, Jean Castex a décidé d'interdire à partir de mardi dans les grandes surfaces "la vente des produits qui (...) sont d'ores et déjà interdits dans les commerces de proximité".

Ces fermetures de rayons chez Intermarché, Carrefour ou Lidl ont été décidées pour "rétablir l'équité" avec les commerces de proximité, qui ne sont autorisés qu'à prendre des commandes, avait précisé plus tôt le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. 

Pour la fédération de la grande distribution (FCD), c'est une solution "perdant-perdant". "C'est une décision qui va affaiblir le petit comme le grand commerce, en laissant le champ libre à des acteurs comme Amazon", a déclaré dimanche soir son délégué général Jacques Creyssel à l'AFP.

Reste encore à préciser quels sont ces produits interdits à la vente, allant des vêtements à la droguerie en passant par les jouets. "Nous vendons du dentifrice et le mascara qui est à côté ne pourra pas être vendu", a souligné M. Creyssel. 

La grande distribution prévient que cette décision pourrait avoir des "conséquences" pour "20 à 25%" des salariés du secteur, qui en compte 700.000.

- Noël pour le commerce en ligne? -

Durement touchés au printemps, de nombreux commerçants sont entrés avec appréhension dans ce deuxième confinement, malgré un assouplissement qui leur permet d'organiser le retrait de commandes en magasin et des livraisons, et l'aide du gouvernement pour présenter leur offre en ligne. Ils craignent notamment de rater la période de Noël, au profit du commerce en ligne et des grandes surfaces.

La colère des libraires s'était notamment cristallisée autour de la Fnac, qui continuait vendredi à vendre des livres, avant que le groupe ne ferme ses rayons de lui-même pour deux semaines. Et que le gouvernement n'étende cette fermeture vendredi soir à tous les rayons livres et culture des grandes surfaces alimentaires et spécialisées.

Mais de nombreux libraires exigent toujours de rester ouverts, certains bravant l'interdiction. Les marchands de jouets et les fleuristes ont annoncé de leur côté le dépôt de recours contre leur fermeture devant le Conseil d'Etat.

Et 27 enseignes dédiées à l'univers de l'enfant ont également adressé une lettre ouverte à Jean Castex pour demander la révision des mesures de fermeture, insistant sur le caractère "essentiel" de leurs produits.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) avait salué, dimanche, la fermeture de rayons évoquée par le gouvernement qui "pourrait, à court terme, rétablir l'équité avec le commerce de proximité". Mais elle réclamait surtout "la possibilité, en fonction du contexte sanitaire, de rouvrir les commerces" localement, sur décision préfectorale. 

- "Maires irresponsables" -

Les grandes enseignes avaient demandé au gouvernement de "privilégier une réouverture progressive des petits commerces, sur rendez-vous, accompagnée de mesures de contrôle accrue des jauges actuelles dans les magasins".

Maintenant que l'interdiction a été prononcée, la FCD demande au moins un "délai technique" et un "régime spécifique" pour les magasins moyens et petits en zone urbaine, dont la partie non-alimentaire est très importante. 

Des maires (à Perpignan, Brive, Beaune, etc.) ont pour leur part pris des arrêtés autorisant l'ouverture des commerces non-alimentaires sur leur commune, dénonçant l'"inégalité" de traitement face à la grande distribution et à la vente en ligne.

Bruno Le Maire a dénoncé dimanche "cette poignée de maires irresponsables" qui "pensent qu'ils soutiennent les commerçants". "En réalité, ils menacent la santé des Français", a affirmé le ministre. 

De son côté, le Sénat a annoncé que sa commission des Affaires économiques entendrait lundi à 16H30 le ministre délégué aux PME Alain Griset "sur la réponse que souhaite apporter le gouvernement à ces contestations".

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