Le patron de Facebook attendu de pied ferme au Parlement européen

Le patron de Facebook attendu de pied ferme au Parlement européen
Mark Zuckerberg, le 1er mai 2018, à San Jose (Californie)

AFP, publié le mardi 22 mai 2018 à 16h45

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, est attendu mardi au Parlement européen à Bruxelles pour s'expliquer sur les lacunes du réseau social dans la protection des données de ses utilisateurs, illustrées par le scandale Cambridge Analytica.

Son audition en fin d'après-midi par les chefs des groupes politiques de l'assemblée, initialement prévue à huis clos, sera finalement diffusée en direct sur internet.

Devant les participants, M. Zuckerberg devrait s'excuser, selon une déclaration transmise à l'avance à la presse: "Il est devenu évident, au cours des deux dernières années, que nous n'avons pas fait assez pour empêcher que les outils que nous avons créés soient aussi utilisés à des fins préjudiciables".

Fausses informations, interférences de l'étranger dans des élections ou développeurs utilisant de façon mal attentionnée les informations personnelles: Facebook n'a pas pris ses responsabilités. 

"C'était une erreur, et je suis désolée", doit reconnaître M. Zuckerberg. Comme déjà devant les parlementaires américains le mois dernier.

- En direct -

Le président du Parlement européen Antonio Tajani a fait savoir dimanche que M. Zuckerberg avait accepté que son intervention soit retransmise "live" sur le web, à la suite de la vive pression d'infuents eurodéputés.

La venue du fondateur et patron de Facebook intervient à trois jours de l'entrée en vigueur vendredi d'une législation européenne visant à mieux protéger les données personnelles des Européens, et certains avaient exhorté M. Zuckerberg à rendre des comptes publiquement.

Le mois dernier, les parlementaires américains avaient soumis le jeune milliardaire à une pluie de questions pour comprendre comment la firme Cambridge Analytica avait pu exploiter à leur insu les données de dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook, pour une utilisation à des fins politiques.

"Il y a plus d'utilisateurs de Facebook dans l'UE qu'aux Etats-Unis et les Européens méritent de savoir comment leurs données sont traitées", a plaidé la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova.

L'annonce d'une retransmission en direct a été abondamment saluée: "La transparence a gagné (...) Une rencontre derrière des portes closes aurait été une farce", s'est félicité le chef de file des eurodéputés sociaux-démocrates, l'Allemand Udo Bullmann.

"La pression a marché", ont applaudi les Verts.

Selon des chiffres communiqués par Facebook à la Commission européenne, les données de "jusqu'à 2,7 millions" d'Européens ont pu être transmises de "manière inappropriée" à la firme Cambridge Analytica, impliquée dans la campagne présidentielle de Donald Trump.

Mme Jourova a plusieurs fois remercié ironiquement Mark Zuckerberg ces dernières semaines pour avoir prouvé par ce scandale à quel point des règles strictes s'imposaient, malgré les réticences des grands acteurs d'internet, grands consommateurs de données personnelles.

- 'Droit de savoir' -

Le discours de M.Zuckerberg à Bruxelles devrait donc faire un parfait écho à ses déclarations à Washington, où il avait reconnu n'avoir pas "pris une mesure assez large de nos responsabilités". 

Pour le plus grand plaisir des autorités européennes, il avait même qualifié "d'étapes positives" les nouvelles règles strictes qui entrent en vigueur le 25 mai dans l'UE.

Le "Règlement général sur la protection des données" (RGPD) va créer ou renforcer des droits individuels et imposer des obligations strictes aux entreprises qui collectent ou traitent des informations personnelles d'Européens, où qu'elles soient établies.

Toutes les entreprises et les organismes récoltant des données, qu'ils soient présents ou non sur internet, devront s'y plier sous peine de lourdes amendes, au même titre que les grandes plateformes comme Facebook, Google ou Twitter.

Ces règlent incluent pour les citoyens un "droit de savoir" qui s'occupe de leurs données et dans quel but, ainsi qu'un droit de s'opposer à leur traitement, pour de la prospection commerciale notamment.

Elles détaillent les conditions pour obtenir leur suppression ("droit à l'oubli") et prévoit que les particuliers devront être prévenus en cas d'accès non autorisé à leurs données, comme dans le cas du piratage massif subi par la société Uber en 2016, longtemps tenu secret.

Mardi, M. Zuckerberg s'entretiendra d'abord en privé avec M. Tajani pendant une demi-heure, avant une audition d'un peu plus d'une heure retransmise en direct avec les chefs des groupes politiques du Parlement européen, puis une conférence de presse de M. Tajani.

Le lendemain de sa visite à Bruxelles, M. Zuckerberg doit faire partie de la cinquantaine de dirigeants de grandes entreprises du numérique reçus à Paris par le président français Emmanuel Macron.

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