Le plan mondial du G7 sur les infrastructures face à une myriade d'obstacles

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Cette photo prise le 29 octobre 2020 montre une centrale électrique sur l'île indonésienne de Bali.
La Chine finance des dizaines de centrales au charbon du Zimbabwe à l'Indonésie dans le cadre des "Nouvelles routes de la Soie". Le G7 a proposé une initiative concurrente "Reconstruire le monde en mieux".
Cette photo prise le 29 octobre 2020 montre une centrale électrique sur l'île indonésienne de Bali. La Chine finance des dizaines de centrales au charbon du Zimbabwe à l'Indonésie dans le cadre des "Nouvelles routes de la ...
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© AFP, Sonny Tumbelaka

AFP, publié le mercredi 16 juin 2021 à 23h57

Le plan mondial sur les infrastructures proposé par les pays du G7 doit offrir aux pays en développement une alternative crédible aux "Nouvelles routes de la soie" de la Chine qui suscitent de vives critiques. A condition de surmonter une montagne d'obstacles sur le terrain.

Le plan mondial sur les infrastructures proposé par les pays du G7 doit offrir aux pays en développement une alternative crédible aux "Nouvelles routes de la soie" de la Chine qui suscitent de vives critiques. A condition de surmonter une montagne d'obstacles sur le terrain.

Désireux d'impliquer leurs alliés dans la rivalité stratégique qui oppose les Etats-Unis à la Chine, Joe Biden a convaincu le G7 de lancer cette initiative, baptisée Build Back Better (B3W, Reconstruire le monde en mieux) qui doit permettre des investissements massifs dans les pays en développement. Un domaine dans lequel les Chinois tissent leur influence à coups de milliards de dollars.

Le projet de Pékin "n'a pas tenu bon nombre de ses promesses et a généré la défiance de nombreux pays, créant une ouverture pour l'initiative B3W", résume Eswar Prasad, professeur à l'Université Cornell et spécialiste de la Chine.

Pékin avait lancé son initiative en 2013 pour développer les infrastructures terrestres et maritimes pour relier l'Asie, l'Europe et l'Afrique à la Chine.

Mais huit ans plus tard, les griefs sont nombreux: appels d'offres "non transparents", soupçons de corruption pour obtenir les marchés ou encore non respect des droits humains, des droits sociaux et de l'environnement.

A titre d'exemple, la construction d'une centrale hydraulique sur l'île indonésienne de Sumatra a été largement décriée pour les dommages causés à la forêt tropicale qui abrite le primate le plus rare au monde, l'orang-outan de Tapanuli.  

L'Occident reproche également à Pékin d'inciter les pays émergents à trop s'endetter pour des projets qui n'ont pas toujours une utilité économique.

"A ce jour, les risques tant pour les États-Unis que les pays bénéficiaires soulevés par la mise en oeuvre (de l'initiative chinoise) dépassent largement ses avantages", selon les conclusions d'un groupe d'experts du Council on Foreign Relations (CFR).

- Des ponts et des villas -

En Afrique notamment, la Chine est parvenue à remporter des contrats en proposant des projets beaucoup moins chers que ceux de la concurrence.

Et, "petit à petit, les Chinois ont éliminé la concurrence des entreprises locales", raconte un spécialiste du développement sur ce continent, sous couvert d'anonymat.

"Au Mali, il y avait un seul pont sur le fleuve Niger à Bamako, il y en a désormais trois, bientôt quatre", ajoute-t-il, soulignant que les projets ont été accompagnés de cadeaux aux chefs politiques locaux tels que la construction de villas.

Le projet du G7 est présenté par la Maison Blanche comme "un partenariat d'infrastructures (...) de haute qualité et transparent dirigé par les grandes démocraties pour aider à réduire les besoins en infrastructures de plus de 40.000 milliards de dollars dans le monde en développement". 

- Prestige -

Les dirigeants du G7 espèrent jouer le rôle de catalyseurs pour attirer le financement privé.

"Le Build Back Better World, c'est ce que nous faisons déjà, mais avec une mobilisation publique notamment des Etats-Unis plus forte", tempère Thierry Déau, fondateur et dirigeant du groupe Meridiam spécialisé dans le développement et le financement de projets d'infrastructures. Plus de financement privé signifie qu'il faudra plus de transparence aussi, dit-il.

Pour le spécialiste du développement en Afrique qui préfère rester anonyme, "il n'y a pas tant un problème de capitaux qu'un problème d'absorption d'importantes sommes d'argent" lié aux difficultés techniques et à l'insécurité endémique.

Comment convaincre des entreprises de mettre sur pied des projets au Sahel face à la menace terroriste? Une fois les projets réalisés comme des écoles, comment s'assurer qu'un enseignant acceptera de s'installer loin de tout? Comment sécuriser les infrastructures, qui à peine réalisées, sont susceptibles d'être détruites par des milices locales?

"Le B3W doit trouver un écho auprès des dirigeants des pays en développement", estiment Matthew Goodman et Jonathan Hillman, experts au Center For Strategic International Studies dans une note, selon qui "beaucoup seront impatients d'élargir leurs options" et s'offrir "le prestige" de la marque B3W. 

En contrepartie, ils devront accepter davantage de contrôle, des coûts plus élevés et des délais de réalisation plus longs. 

Enfin, la grande question est de savoir quels rôles vont endosser le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, institutions historiquement au coeur du développement.

Car si elles devront s'impliquer pour montrer qu'elles restent incontournables, elles doivent ménager les intérêts concurrents de leurs principaux actionnaires.

Le FMI et la BM, qui n'ont pas souhaité réagir, pourraient devenir "un champ de bataille d'influence, avec un G7 et une Chine tentant de façonner les modèles de prêt de ces institutions en fonction de leurs propres intérêts économiques et géopolitiques", estime Eswar Prasad.

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