Le rachat de British Steel, nouvel épisode dans l'histoire tourmentée de l'acier britannique

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Logo affiché à l'usine British Steel de Scunthorpe (nord-est de l'Angleterre) le 22 mai 2019
Logo affiché à l'usine British Steel de Scunthorpe (nord-est de l'Angleterre) le 22 mai 2019
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© AFP, Lindsey Parnaby

AFP, publié le mardi 12 novembre 2019 à 16h47

Entre nationatisations, privatisations et crises, l'histoire tumultueuse de l'acier britannique se joue désormais principalement dans les mains de groupes étrangers, comme en témoigne le sauvetage chinois de British Steel.

Malgré une économie désormais portée par les services, le secteur de la sidérurgie conserve une place à part au Royaume-Uni, où il est le symbole d'un âge d'or industriel révolu dont l'Angleterre a été le berceau au 19e siècle.

En témoigne le fort intérêt dans le pays autour du rachat annoncé lundi de British Steel par le groupe chinois Jingye, qui a fait les gros titres de la presse et intervient en pleine campagne électorale.

Ce sauvetage devrait représenter une bouffée d'air frais pour les quelque 4.000 emplois de British Steel au Royaume-Uni dont la plus grande partie travaille sur le site de Scunthorpe (nord de l'Angleterre).

UK Steel, l'association représentant les professionnels du secteur, espère que cette opération assure "un avenir durable pour cette pierre angulaire de l'industrie britannique".

La société chinoise a promis d'investir 1,2 milliard de livres dans la prochaine décennie, sans donner beaucoup de détails sur la manière dont elle compte relancer ce fleuron industriel qui perd de l'argent.

"Ce n'est pas un énorme investissement. Est-ce qu'ils achètent juste le savoir-faire nécessaire à la fabrication de l'acier de grande qualité produit à Scunthorpe ?" se demande Jonathan Owens, professeur à l'université de Salford près de Manchester et lui-même ancien salarié de British Steel.

D'autant que Jingye s'est juste contenté de dire qu'il reprendrait autant d'employés que possible sans s'engager, et qu'il a laissé entendre que des baisses de coûts seraient nécessaires.

- Une livre symbolique -

Difficile de dire si le groupe chinois réussira là où d'autres ont échoué à assurer un avenir pour British Steel, qui produit un tiers de l'acier britannique - et compte une usine à Hayange, en Moselle.

Trouvant ses racines pendant la révolution industrielle, British Steel prend forme en 1967 à la faveur de la nationalisation de l'acier par le gouvernement travailliste de l'époque, employant alors près de 270.000 personnes.  

Mais une période douloureuse s'ouvre avec les années 1980: la demande mondiale décline, les aciéries ne sont plus rentables, puis une série de grèves sous le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher conduisent la "Dame de fer" à opter pour la privatisation en 1988.

C'est le début d'un long déclin, entre coupes sombres dans les effectifs, fermetures de sites et perte du nom de British Steel, avant le rachat par Tata Steel en 2007 puis la reprise pour 1 livre d'une partie des activités en 2016 par le fonds d'investissement Greybull Capital.

Ce dernier fait le choix du symbole et donne le nom de British Steel à ses activités d'aciers longs (rails et construction principalement) avec pour ambition d'en faire un leader européen. En vain: c'est la faillite en mai 2019.

Une chute qui reflète les difficultés du secteur, qui n'emploie désormais plus que 32.000 personnes environ et souffre de la concurrence féroce de l'acier chinois et les incertitudes du Brexit, qui ont refroidi la demande de clients européens.

- Le gouvernement absent -

La relance de British Steel, deuxième groupe de sidérurgie au Royaume-Uni, sera d'autant plus scrutée que l'avenir du numéro un, Tata Steel, est incertain.

Le groupe sidérurgique indien s'est peu exprimé sur ses ambitions au Royaume-Uni depuis l'échec récent de la fusion entre ses activités européennes et l'allemand Thyssenkrupp, qui fait craindre pour l'avenir de l'usine géante de Tata à Port Talbot, forte 4.000 employés sur les 8.000 du groupe dans le pays.

Une troisième entreprise tente encore de se faire une place, à savoir le groupe Liberty House du magnat indo-britannique Sanjeev Gupta: il bâtit dans l'ombre un empire, notamment en rachetant des entreprises sidérurgiques dans de vieilles régions industrielles et la presse britannique le disait même candidat au rachat de certains actifs de British Steel.

Reste un dernier acteur, le gouvernement, bien discret sous les conservateurs ces dernières années lors de grands dossiers industriels.

Selon M. Owens, "le pays bénéficie énormément de la production sidérurgique. Si nous perdons la capacité de fabriquer notre propre acier et si Scunthorpe s'effondre, l'impact sera énorme sur la défense et l'industrie ferroviaire".

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