Le Royaume-Uni confronté à une congestion des ports avant le choc du Brexit

Le Royaume-Uni confronté à une congestion des ports avant le  choc du Brexit
Le site de Honda à Swindon, dans le sud de l'Angleterre, le 19 février 2019

AFP, publié le mercredi 09 décembre 2020 à 16h59

Jouets, vélos, pièces automobiles: le Royaume-Uni fait face à un début de pénurie de certains produits à l'approche de Noël, bloqués en raison de l'encombrement de plusieurs ports britanniques avant le basculement du Brexit.

Les grands ports de marchandises du pays sur les côtes est et sud font face à un afflux exceptionnel d'activité depuis plusieurs semaines.

En cause: la reprise d'activité après le confinement de plusieurs mois au printemps pour lutter contre la crise sanitaire, qui avait provoqué une accumulation de retards de livraisons.

En outre, les préparatifs du Brexit poussent des entreprises à constituer des stocks de peur d'un "no deal" à trois semaines de la fin de la période de transition et alors que les négociations entre Londres et Bruxelles s'enlisent.

Illustration des problèmes redoutés: le constructeur automobile japonais Honda a été contraint d'annoncer une pause mercredi dans la production de son usine britannique de Swindon, faute d'un nombre suffisant de pièces détachées.

"Nous surveillons actuellement la situation avec la volonté de reprendre la production aussi vite que possible", note le groupe dans un communiqué, sans préciser si cet arrêt sera prolongé au-delà de la seule journée de mercredi.

Cette usine du Sud de l'Angleterre, à l'ouest de Londres, est la seule du géant nippon en Europe et doit fermer en 2021, avec la suppression de 3.500 emplois.

L'usine fonctionne selon le système du "just in time", c'est-à-dire que les pièces détachées sont livrées juste avant l'assemblage et ne sont pas stockées, ce qui rend la production très sensible à toute perturbation de la chaîne d'approvisionnement.

- "Véritable tempête" -

D'autres secteurs sont affectés par ces problèmes, les entreprises du BTP manquant par exemple d'outils et les distributeurs expliquant être touchés par des pénuries de machines à laver ou de jouets.

Le fabricant de vélos Brompton a, lui, du mal à répondre à la demande du fait de retards dans la livraison de pièces, blâmant "l'engorgement" des ports. Au total, 1,5 million de pièces sont "coincées dans les eaux", dans l'attente d'être débarquées à Felixstowe (est de l'Angleterre), le plus grand port du pays pour les conteneurs.

L'entreprise envisage désormais de trouver d'autres acheminements ou de se faire livrer par avions.

Le port de Felixstowe est le plus touché mais les problèmes s'étendent à d'autres comme celui de Southampton (Sud) et London Gateway, dans l'estuaire de la Tamise.

Les associations représentant l'industrie portuaire et du fret viennent d'écrire au ministre des Transports Grant Shapps afin de demander l'aide du gouvernement.

"Même si le pic de la congestion est passé, les volumes vont rester élevés et pourraient persister pendant des mois", écrivent-elles.

Le directeur général de l'association sectorielle UK Major Ports Group, explique que la pandémie a "causé une volatilité sans précédent dans les chaînes d'approvisionnement", avec un impact "à travers le monde".

Il note que la situation s'améliore désormais en raison de ressources supplémentaires mobilisées dans les ports mais qu'un retour à la normale n'est pas pour tout de suite.

Pour le syndicat Unite, les ports font face à "une véritable tempête". Il presse le gouvernement de conclure un accord post-Brexit avec l'UE et de s'assurer que les opérateurs portuaires aient assez de main-d'oeuvre pour répondre à la demande.

Le député travailliste Ed Miliband accuse lui le gouvernement d'entretenir l'incertitude avec le flou entourant les négociations sur le Brexit.

"Il est terrible pour les entreprises du pays de voir la production automobile s'arrêter, les cadeaux de Noël peut-être pas distribués et des denrées alimentaires jetées", s'emporte-t-il.

Le géants des supermarchés Tesco constitue quant à lui des stocks de nourritures pour se préparer au "scénario du pire", selon une interview à Bloomberg mercredi du président de son conseil d'administration John Allan, redoutant des hausses de prix de 3% à 5% en janvier.

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