Le Soudan adopte un régime de change flottant régulé par la Banque centrale

Le Soudan adopte un régime de change flottant régulé par la Banque centrale
Un bureau de change à Khartoum, le 21 janvier 2020 au Soudan

AFP, publié le lundi 22 février 2021 à 08h23

Le Soudan a adopté dimanche un régime de change flottant dirigé, c'est-à-dire régulé par les autorités monétaires, afin de satisfaire les demandes du Fonds monétaire international (FMI), au risque de provoquer une flambée des prix et d'attiser le mécontentement populaire.

Le Soudan a adopté dimanche un régime de change flottant dirigé, c'est-à-dire régulé par les autorités monétaires, afin de satisfaire les demandes du Fonds monétaire international (FMI), au risque de provoquer une flambée des prix et d'attiser le mécontentement populaire.

Cette mesure fait partie d'une série de réformes lancées par Khartoum pour attirer des investissements étrangers, mais aussi permettre un allègement de sa dette écrasante et accéder aux prêts des institutions internationales, afin de soutenir le pays dans sa délicate transition politique.

L'économie du Soudan est en lambeaux, après des décennies de sanctions et de mauvaise gestion sous le règne de l'autocrate Omar el-Béchir, renversé en avril 2019.

"Le gouvernement de transition a décidé d'adopter un ensemble de politiques visant à réformer et harmoniser le régime de change en appliquant un taux de change flottant dirigé", a indiqué la Banque centrale dans un communiqué.

Le taux de change officiel est désormais déterminé par l'offre et la demande mais l'institution monétaire garde un rôle de régulateur.

Cette décision était "impérative", selon la Banque centrale, pour parvenir à la stabilité économique du pays, qui s'est doté la semaine passée d'un nouveau gouvernement chargé de relever l'économie.

En janvier, le FMI -- qui a adopté en 2020 un programme pour le Soudan requérant notamment l'harmonisation du régime de change -- avait déclaré "travailler de façon très intensive avec le Soudan pour créer les conditions préalables à l'allègement de sa dette" dans le cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres et très endettés (PPTE).

- Faibles réserves -

Sur le marché noir, le dollar s'échangeait à plus de 400 livres soudanaises, alors que le taux de change officiel -- et fixe jusqu'à maintenant -- était de 55 livres pour un dollar.

Gibril Ibrahim, le nouveau ministre des Finances, a exhorté les Soudanais à surmonter les conséquences de cette décision, reconnaissant lors d'une conférence de presse que l'effort "nécessiterait un grand esprit patriotique (...) et la coopération" du peuple.

Le ministre a également assuré que des mesures de soutien aux familles pauvres avaient été prises pour faire face à une possible hausse des prix.

L'adoption d'un taux de change flottant pourrait faire baisser drastiquement la valeur de la livre soudanaise face au dollar et faire ainsi flamber les prix, au risque d'attiser davantage le mécontentement populaire dans ce pays de 40 millions d'habitants.

En décembre 2018, c'était le triplement du prix du pain qui avait provoqué le soulèvement populaire à l'origine de la chute de Béchir.

Des manifestations, parfois émaillées de heurts, contre la cherté de la vie ont eu lieu ces dernières semaines au Soudan, où le taux d'inflation annuel a dépassé les 300% en janvier.

Les économistes craignent que les réserves de change de l'Etat ne soient trop faibles pour lui permettre d'amortir l'impact du flottement.

Les pénuries de pain et de carburant qui empoisonnent déjà la vie quotidienne des Soudanais sont le signe de faibles réserves de devises, estime l'expert soudanais Mohamed al-Nayer.

En janvier, Khartoum a adopté un nouveau budget et annoncé vouloir réduire l'inflation à 95% avant la fin de l'année.

Le Soudan espère que son récent retrait de la liste américaine des Etats accusés de soutenir le terrorisme -- avec des sanctions à la clé -- permettra un afflux de capitaux étrangers.

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