Le traumatisme Kerviel, une page dure à tourner chez Société Générale

Chargement en cours
 Le traumatisme Kerviel, une page dure à tourner chez Société Générale

Le traumatisme Kerviel, une page dure à tourner chez Société Générale

1/3
© AFP, Justin TALLIS

AFP, publié le samedi 20 janvier 2018 à 13h04

Dix ans après, est-ce enfin l'heure de tourner la page de l'affaire Kerviel chez Société Générale ? Le désir prédomine à tous les échelons de la banque, mais le souvenir du "tremblement de terre" n'est pas aisément effacé.

En matière de commémoration, la banque s'en tient au strict minimum, dix ans après l'annonce le 24 janvier 2018 d'une perte de 4,9 milliards d'euros liée aux transactions effectuées par M. Kerviel au sein de sa branche spécialisée dans les opérations de marché.

"Le dossier qui oppose la banque à Jérôme Kerviel est clos pour l'essentiel", a déclaré vendredi la banque à l'AFP. "Toutes les décisions de justice ont reconnu de manière unanime et définitive la culpabilité de Jérôme Kerviel."

C'est la seule position officielle du groupe, qui n'a pas donné suite à des demandes d'entretien. En interne, on a aussi tendance à minimiser.

"Vous en parlez dans les couloirs de la Générale, il y a plein de gens qui n'étaient pas là à l'époque...", assure un employé du groupe. "C'était il y a dix ans, on n'est pas forcément affectés."

Mais chez des témoins de l'affaire, la parole est plus libre, certains s'agaçant de la défense de M. Kerviel qui accuse sa hiérarchie d'avoir fermé les yeux sur des paris à plusieurs dizaines de milliards de dollars entre 2005 et début 2018.

"Il a gâché un fleuron de l'industrie française, il a dû casser plus de 50 personnes qui faisaient bien leur boulot", s'énerve un ancien cadre de la branche de marchés de Société Générale, présent à l'époque de l'affaire Kerviel.

Il insiste sur "une histoire traumatisante pour tous ceux qui ont travaillé dans ce département".

- "Ca peut se reproduire" -

Depuis 2008, la plupart des supérieurs de Jérôme Kerviel ont quitté Société Générale, démissionnaires ou licenciés. Le dirigeant des activités de marchés de l'époque, Jean-Pierre Mustier - aujourd'hui à la tête de l'italienne UniCredit -, est parti, alors qu'il était promis, selon certains, à la succession du patron de l'époque, Daniel Bouton.

M. Bouton lui-même a abandonné son poste quelques mois après les débuts de l'affaire Kerviel avant de quitter Société Générale l'année suivante.

Quant à son successeur, Frédéric Oudéa, l'actuel directeur général du groupe, l'affaire Kerviel a manifestement joué dans sa promotion, vu son profil - à l'époque directeur financier - bien éloigné des activités de marché.

L'affaire n'a pas seulement bouleversé en haut lieu. Elle a durement marqué le réseau de la banque de détail, soit les agences fréquentées au quotidien par les clients.

Dans l'année qui a suivi ce "tremblement de terre", Monique Motsch, déléguée syndicale CFDT, se souvient de tensions liée aux agios, les intérêts prélevés par les banques en cas de découvert.

"Tous les clients ont râlé en disant: +vous nous prenez des frais parce qu'il faut rembourser l'affaire Kerviel+", raconte-t-elle à l'AFP. "Dix ans après, les salariés ne veulent plus en entendre parler."

Chez les témoins de l'époque, on perçoit aussi une sidération devant la figure de Jérôme Kerviel, loin de faire partie des figures les plus brillantes d'un département - les produits dérivés - à l'époque considéré comme l'un des plus performants au monde parmi le secteur bancaire.

"Si l'on avait voulu confier à quelqu'un une opération de cette ampleur, on n'aurait pas choisi Kerviel qui ne faisait pas partie du cénacle", confie un responsable de la banque, toujours employé du groupe.

Société Générale explique d'ailleurs que c'est à cause de son parcours atypique que M. Kerviel est parvenu à contourner les règles: il est passé aux grandes manoeuvres - le "front office" -, après avoir commencé au sein du "middle office" où il vérifiait la conformité des transactions.

Elle assure en avoir "tiré toutes les leçons", notamment en ayant investi 200 millions d'euros pour renforcer le sécurité sur les activités de marché. Au-delà même du groupe, les emplois liés au contrôle des risques se sont démultipliés dans le secteur, dans le cadre d'une tendance plus générale après la crise financière.

Mais certains témoins jugent que l'affaire Kerviel ne sera pas la dernière. "Ca peut se reproduire n'importe où: c'est une erreur humaine", conclut l'ex-cadre de Société Générale.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.

 
5 commentaires - Le traumatisme Kerviel, une page dure à tourner chez Société Générale
  • avatar
    aggie -

    Qu'ils ne comptent pas sur ma compassion, je plains leurs clients qui vont faire face à de lourds agios et autres frais bancaires à la moindre peccadille, tant qu'ils ne seront pas rentrés dans leur frais

  • avatar
    pigeonxxl38 -

    ce sont ces 3 banques associées qui ont réalisé le plus de traumatisés au cours de ces dernières années : la Bourse les actions devenues de vrais attrapes couillons mise sous le bec des légions de pigeons sous l'autorité des gros cochons de patrons bien engraissés par notre pognon qui avaient élevé la criminelle spéculation a hauteur d'institution : a votre service : la caisse d'épargne les banques populaires la banque d'affaire natixis , parole de hautement pigeonné par la première daube citée , avec ça vous êtes bien banqués !

  • avatar
    ajlbn -

    Référence à la réaction :
    C'est une bonne idée! Au moins un mouvement qui ne pense pas avoir la science infuse, et qui se donne comme mission d'ouvrir les esprits et d'apprendre. A côté des issus des grandes écoles qui prétendent tout savoir et qui ont surtout mis le pays dans le mur, remettre au goût du jour l'apprentissage et le partage des connaissances, tout ceci me paraît frappé au coin du bon sens. On ne peut bien faire sans savoirs multiples.
    supprimer commenter
    Statut : refusé
    Il y a 20 minutes
    J'ai réveillé la cellule de réponse formatée des anti- France Insoumise et de l'anti- gauche! La pensée unique, à lire les propos, ne peut -être que de gauche! Les pensées libérales, ultra libérales, affairistes, de castes, sont seules les vérités révélées, mais pas uniques, et des dogmes pas intangibles selon vous?. C'est aller un peu vite en besogne. Les méfaits du capitalisme sauvage sont nombreux, en commençant par l'esclavage, qui de mémoire, n'est pas de gauche. De plus en plus de riches à millions et à milliards et de plus en plus de millions et de milliards de pauvres, conséquences de cette politique qui semble vous convenir, vous en pensez quoi? Des pays ultra libéraux qui déstabilisent d'autres pays pour exploiter, à leur seul bénéfice, les ressources, vous en pensez quoi?
    supprimer


    Statut : refusé
    Il y a 2 heures
    A Dame-Hermeline - Dommage que vous soyez en privé! Enfin, chacun fait comme il veut...Il est une réalité, tous les partis, de tous bords, ont eu, ou ont des "pépinières" pour leur futurs cadres, et des centres de formation pour leurs élus. C'est factuel. Ici, il s'agit d'une école non obligatoire, en site ou en ligne. Et embrigader des Insoumis, c'est un peu comme tenter la quadrature du cercle, non? Si vous en connaissez quelques uns, ce n'est pas le genre moutonnier.
    Il faut bien préparer l'avenir, informer, documenter, réfléchir, proposer, discuter, argumenter, encore réfléchir, écouter, comprendre, et ne pas arriver, comme d'autres, sans connaissance des sujets, et à en être réduits à lever la main pour voter comme il est conseillé par les instances dirigeantes. Façon caporalisme.

    La modération n'a aucun motif réel et sérieux de rejeter mon avis, qui ne fait que répondre à une série de commentaires, tous ou presque, manifestement contraires à mon propos, qui eux peuvent passer, mais moi, on me refuse de m'exprimer courtoisement. Mon journal est plein de ces abus, et j'ai prévenu votre service du comportement militant qui rejette mes réponses pour me museler. peine perdue, je vais le repasser autant de fois que nécessaire. Cordialement;

  • avatar
    ajlbn -

    Une page dure à tourner? Une porte de coffre, oui! La SG est toujours dans la tourmente, avec d'autres affaires, et M Kerviel n'y est pour rien!

  • avatar
    FelixM -

    "...des paris à plusieurs dizaines de milliards de dollars entre 2005 et début 2018."

    Non, entre 2005 et début 2008.

  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]