Les agriculteurs démarrent le blocage de raffineries et dépôts de carburants

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La raffinerie de Gonfreville-l'Orcher, en Seine-Maritime, le 23 mai 2016
La raffinerie de Gonfreville-l'Orcher, en Seine-Maritime, le 23 mai 2016
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© AFP, CHARLY TRIBALLEAU

AFP, publié le dimanche 10 juin 2018 à 21h41

Les agriculteurs français ont commencé dimanche soir à bloquer des raffineries et dépôts de carburant, pour dénoncer l'"incohérence" du gouvernement qui les oblige à respecter des normes auxquelles ne sont pas soumis des produits importés comme l'huile de palme.

Sous le mot-clé #SauvezLesAgri, le premier syndicat agricole, la FNSEA, et les Jeunes Agriculteurs (JA) ont appelé leurs adhérents à occuper 14 sites stratégiques durant trois jours reconductibles.

Une centaine d'agriculteurs ont commencé à bloquer le dépôt de carburant de Vatry (Marne) dès dimanche en début de soirée, en déversant à l'aide de tracteurs des gravats et de la terre pour barrer la route, dans une ambiance toutefois "calme" selon la préfecture.

Une cinquantaine d'agriculteurs se sont installés en même temps sur le rond-point à l'entrée d'un dépôt de carburant près de Toulouse, selon la FRSEA Occitanie.

Sept autres dépôts doivent être bloqués, à Dunkerque (Nord), Grigny (Essonne), Coignières (Yvelines), Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Strasbourg, Cournon (Puy-de-Dôme) et Lyon. 

Les agriculteurs ciblent aussi les quatre raffineries de Total à Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime), Grandpuits (Seine-et-Marne), Donges (Loire-Atlantique) et Feyzin (Rhône), ainsi que sa bio-raffinerie en chantier de La Mède, près de Marseille.

"Nous ne sommes pas contre les importations, nous ne sommes pas (pour) des mesures protectionnistes, d'abord parce que nous ne produisons pas tous les produits, mais nous voulons, pour le consommateur, que le gouvernement soit cohérent et que les importations soient faites à normes égales, sinon l'agriculture française va disparaître", a déclaré à l'AFP Samuel Vandaele, secrétaire général des JA.

- L'huile de palme, la goutte de trop -

L'huile de palme n'est pas le seul produit visé, mais c'est "la goutte qui a fait déborder le vase de la colère", selon Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA.

"Biocarburant: on n'a pas investi pour importer", "Agriculteurs sacrifiés, trop c'est trop", pouvait-on ainsi lire sur les pancartes des agriculteurs à Vatry.

Jusqu'à 300.000 tonnes par an d'huile de palme, produit hautement controversé car accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est, doivent être importées pour alimenter la bioraffinerie de La Mède dès cet été. Alors que l'agriculture française peut fournir des huiles de tournesol ou de colza, mais plus chères.

Pour le porte-parole de LREM Gabriel Attal, l'Etat ne peut pas se dédire de l'accord scellant l'importation d'huile de palme pour La Mède, signé entre le précédent gouvernement et Total, mais sera "vigilant", notamment sur sa qualité environnementale.

Nécessitant jusqu'à 650.000 tonnes de matières premières par an, la bioraffinerie utilisera aussi d'autres huiles, dont 50.000 tonnes de "colza français", a promis début juin le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Le mouvement des agriculteurs est observé avec intérêt par les ONG environnementales, d'ordinaire opposées à la FNSEA dans les dossiers phytosanitaires.

Les paysans espèrent aussi le soutien des consommateurs, en dénonçant les effets sur le contenu des assiettes d'accords commerciaux internationaux, comme le CETA signé avec le Canada et l'accord Mercosur en cours de négociation avec quatre pays d'Amérique latine.

- "Ras-le-bol général" - 

Les agriculteurs demandent la réintroduction dans la loi Alimentation, examinée à partir du 26 juin au Sénat, un amendement sur l'interdiction d'importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l'Union européenne.

Ils souhaitent aussi que le gouvernement renonce à son contingent d'importation d'huile de palme, et réclament un allègement du coût du travail salarié de saisonniers, qui est "27% plus élevé que la moyenne européenne".

"C'est la fenaison, ce n'est pas le bon moment, mais on n'a pas eu de problème pour mobiliser, car c'est vraiment le ras-le-bol général", a déclaré à l'AFP Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, qui prépare le blocage du dépôt de Strasbourg pour dimanche à minuit.

"Personne ne passera" à partir de lundi matin à l'aube pour entrer ou sortir du dépôt de Dunkerque, a aussi promis Simon Ammeux, président des JA du Nord.

Une pénurie de carburant n'est pas à craindre dans l'immédiat. Car la France compte au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant, dont environ 90 dépôts principaux. Et l'Etat dispose de stocks stratégiques pour trois mois.

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