Les "coronabonds", un outil pour financer la lutte contre le Covid-19 ?

Les "coronabonds", un outil pour financer la lutte contre le Covid-19 ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 27 mars 2020 à 00h21

Face à la crise du coronavirus, l'idée d'une mise en commun de la dette européenne a refait surface. 9 pays, dont la France, ont demandé à Bruxelles d'étudier l'émission de "coronabonds". Mais l'Allemagne s'y est opposée, jeudi, à un sommet européen.

Faut-il mutualiser la dette européenne pour lutter contre la pandémie de coronavirus ? Le débat avait déjà agité la zone euro en 2009 au moment de la grande crise financière, puis lors de la crise des dettes souveraines qui avait menacé la cohésion de la zone euro en 2010-2011. L'Allemagne et les Pays-Bas s'étaient alors opposés à cette mise en commun des risques.

Jeudi soir, la chancelière allemande Angela Merkel a réitéré ce refus, lors d'un Conseil européen tenu par vidéoconférence, consacré à la réponse à apporter à la crise du coronavirus.

Financer ensemble la lutte contre la pandémie

Lors du dernier sommet européen le 20 février, le Premier ministre italien Giuseppe Conte, dont le pays est le plus durement touché par le Covid-19, a relancé l'idée d'émettre des obligations européennes communes, des "coronabonds" ou "covid-bonds". Ces obligations communes de l'Union Européenne serviraient à financer la lutte contre la pandémie et à soutenir l'économie européenne contre la récession, qui paraît désormais inévitable.

Dans le sillage de Rome, plusieurs autres pays ont approuvé cette idée. Neuf d'entre eux, la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, la Belgique, l'Irlande, le Luxembourg et la Slovénie, ont ainsi demandé officiellement à Bruxelles d'émettre des euro-obligations. "Reconnaissons la gravité de la situation et le besoin d'agir en vue d'une rapide reprise économique à la sortie de la crise", ont-ils écrit dans une lettre adressée mercredi à Charles Michel, le président du Conseil européen.

L'Allemagne hostile aux "coronabonds", le MES sollicité

Lors de la crise financière d'il y a 10 ans, un appel pour émettre des eurobonds avait fait long feu. L'Allemagne et d'autres pays, dont les Pays-Bas, avaient repoussé le projet. Selon Berlin et ses alliés, cette mutualisation de la dette risquait d'aboutir à faire rembourser par les pays les plus vertueux financièrement les dettes des pays moins bien gérés...

La semaine dernière, la chancelière allemande Angela Merkel n'avait pas écarté totalement l'idée d'un emprunt commun, tout en précisant que toutes les options devaient être envisagées. Mais jeudi soir, à l'issue d'un sommet européen tenu par vidéoconférence, Mme Merkel a cette fois clairement refusé de cautionner cette solution.

Elle a estimé que le Mécanisme européen de stabilité (MES) disposait d'un champ d'action suffisant pour aider les pays de la zone euro à amortir l'impact de la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus. Le MES est le fonds de secours de la zone euro, une sorte de "FMI européen", créé en 2012 lors de la crise de l'euro.

L'Italie critique des propositions jugées trop timides

Selon l'agence 'Reuters', les dirigeants européens ont décidé jeudi soir de demander aux ministres des Finances de la zone euro de régler d'ici à 15 jours la question de la ligne de crédit spécial qui pourrait être sollicitée auprès du MES.

Cette proposition a été vivement critiquée jeudi soir par Rome. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a affirmé dans un communiqué que l'Italie n'accepte pas ces propositions jugées trop timides. "Nous devons réagir en employant des instruments financiers innovants, pour sortir aussi rapidement que possible de l'état d'urgence économique", a-t-il ajouté

Actuellement, les obligations de chaque pays européen sont émises et sont cotées séparément, et les pays les plus solides financièrement, comme l'Allemagne, bénéficient de taux d'intérêts plus bas que les pays les plus endettés comme l'Italie. Ainsi, jeudi, sur les marchés obligataires, Berlin bénéficiait d'un taux négatif de -0,37% sur ses emprunts à 10 ans (les acquéreurs "paient" pour posséder les "Bund" allemands), alors que le taux des emprunts italiens à 10 ans était de 1,22%, les investisseurs exigeant une prime pour détenir ces titres, car ils jugent le risque d'insolvabilité plus élevé pour Rome que pour Berlin.

Le risque d'une nouvelle crise de la zone euro

Certains économistes craignent que la crise du coronavirus, qui va entraîner une explosion de la dette italienne (mais aussi des autres pays de la zone euro) ne crée de nouveaux remous sur le marché de la dette européenne. Lors de la crise de l'euro en 2010-2012, le taux de l'emprunt italien à 10 ans avait bondi jusqu'à 7%, posant la question de la possible défaillance de la péninsule italienne et soumettant l'euro, la devise commune européenne, à une forte pression.

Si les "coronabonds" étaient créés (ce qui nécessiterait une large acceptation par les pays membres, y compris l'Allemagne et les Pays-Bas), ils pourraient être constitués de fonds communs provenant de la Banque européenne d'investissement (BEI) et être garantis par le Mécanisme européen de stabilité (MES)

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