Les Etats-Unis, potentielle locomotive de la croissance mondiale en 2021

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Gita Gopinath, l'économiste en chef du Fonds monétaire international, lors d'un entretien avec l'AFP le 13 octobre 2020 à Washington DC
Gita Gopinath, l'économiste en chef du Fonds monétaire international, lors d'un entretien avec l'AFP le 13 octobre 2020 à Washington DC
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© AFP, ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

AFP, publié le mardi 13 octobre 2020 à 19h02

Les Etats-Unis peuvent jouer l'an prochain un rôle central dans la reprise économique mondiale à condition que le gouvernement adopte un nouveau plan d'aide gigantesque de l'ordre de 2.200 milliards de dollars, a souligné mardi l'économiste en chef du FMI dans un entretien avec l'AFP.

"S'il y a un plan de relance supplémentaire de la taille comparable à Cares Act" (programme d'aides économiques adopté en urgence en mars), cela ajoutera deux points de pourcentage à la croissance en 2021", a déclaré Gita Gopinath. "Ceci ramènera alors les Etats-Unis beaucoup plus rapidement à ses niveaux d'avant la crise", a-t-elle commenté.

Etant donné la taille "considérable" de la première économie du monde, une augmentation de deux points de pourcentage de la croissance en 2021 aurait "des répercussions significatives pour le monde", a poursuivi Gita Gopinath.

Pour l'heure, c'est la Chine qui va tirer l'essentiel de la croissance planétaire l'an prochain. Et si l'on exclut l'expansion du géant asiatique (+8,2%), le Produit intérieur brut mondial pourrait baisser entre 2020 et 2021.

La Chine, d'où est partie fin 2019 la pandémie de Covid-19, sera le seul pays en croissance cette année. 

Les Etats-Unis accuseront, eux, une récession de 4,3%. C'est mieux que les -8% estimés en juin par le Fonds monétaire international.

"Soyons clair, il y a eu une récession très sévère au deuxième trimestre", la nouvelle prévision pour le PIB américain "est juste un peu moins négative que ce que nous estimions en juin", a tempéré l'économiste en chef.

En outre, après un redémarrage en trombe aux deuxième et troisième trimestres, la reprise s'essouffle: la projection de croissance 2021 a ainsi été ramenée à 3,1%. Malgré l'urgence à agir, démocrates et républicains ne sont toujours pas parvenus à se mettre d'accord sur de nouvelles mesures de soutien économique cruciales dans un pays où les inégalités sont criantes.

Une croissance dopée par un plan de soutien aurait pourtant des retombées immédiates sur des pays comme le Canada et le Mexique, les deux grands partenaires commerciaux de Washington. 

- "Crise profonde" -

En mars, le Congrès américain avait voté en urgence la loi Cares Act pour débloquer 2.200 milliards de dollars d'aides aux familles et aux entreprises les plus fragilisées par la pandémie de Covid-19. Un deuxième plan d'aide de près de 500 milliards de dollars l'avait complété fin avril. 

Sans deuxième plan, la reprise ne pourra pas s'accélérer.

"Exception faite de la Chine, pour la plupart des économies avancées et des économies émergentes et en développement, il faudra attendre 2022 pour revenir aux niveaux de 2019", a ainsi prévenu Gita Gopinath.

Selon elle, le plus grand obstacle à la croissance reste la pandémie. "Nous vivons toujours avec le virus. Tant qu'il rôde, cela compromet" la reprise, dit-elle.

C'est le cas en particulier en Europe, qui connaît une résurgence des infections, obligeant des pays à reprendre des mesures de confinement partiel.

Dans cette région, "il y a de nombreux risques" pesant sur la reprise, "en particulier en France et en Espagne", a reconnu Mme Gopinath, tout en soulignant que la vague d'infections ne devrait toutefois pas être de la même magnitude que celle enregistrée en mars et en avril. 

L'économiste montre aussi du doigt la situation préoccupante de l'Amérique Latine, l'une des régions les plus touchées au monde par la pandémie.

Elle représente environ 8% de la population mondiale mais elle compte 30% de la totalité des cas, un tiers des décès, a-t-elle relevé.

"En outre, certains pays sont des exportateurs majeurs et dépendent du tourisme", a-t-elle dit. Ils sont d'autant plus fragilisés qu'ils étaient entrés dans la crise avec "des vulnérabilités".

Pour l'Amérique Latine, le retour au niveau de 2019 est lointain: pas avant l'horizon 2023.

Même si le deuxième trimestre et dans une certaine mesure le troisième trimestre ont été meilleurs que prévu dans les pays avancés, "nous sommes toujours dans une crise profonde", "la pire depuis la Grande Dépression" des années 30, a rappelé Gita Gopinath.

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