Les Etats-Unis taxent l'acier et l'aluminium importés, les alliés promettent de riposter

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Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire (G) en compagnie du secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross (D), le 31 mai 2018, au ministère des Finances à Paris
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire (G) en compagnie du secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross (D), le 31 mai 2018, au ministère des Finances à Paris
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© AFP, JACQUES DEMARTHON

AFP, publié le jeudi 31 mai 2018 à 18h18

Les Etats-Unis ont mis leur menace à exécution dans la guerre commerciale qui les oppose à leurs partenaires en annonçant jeudi l'application dès vendredi d'importants tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, du Mexique et du Canada.

Cette annonce, faite par le secrétaire au commerce de Donald Trump, Wilbur Ross, a été immédiatement suivie d'une volée de réactions des Européens notamment, la Commission européenne en tête, affirmant que des "contre-mesures" allaient être annoncées "dans les prochaines heures".

Les Etats-Unis ont donc décidé de ne pas prolonger l'exemption temporaire accordée à l'Union européenne jusqu'à jeudi minuit et vont mettre en place des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium au titre de la protection de leur "sécurité nationale".

Le sursis sur ces taxes est également levé pour le Mexique et le Canada, les deux partenaires de l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna) dont la renégociation, entamée il y a dix mois, peine à aboutir.

Wilbur Ross, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse téléphonique alors qu'il était à Paris pour une réunion de l'OCDE, a précisé que les Etats-Unis ne voulaient pas accorder aux 28 pays membres de l'Union européenne (UE) "une exemption permanente et inconditionnelle sur les taxes". 

"Nous avons eu des discussions avec la Commission européenne et même si nous avons fait des progrès, ils ne sont pas allés jusqu'au point où il aurait été justifié soit de prolonger l'exemption temporaire, soit d'accorder une exemption permanente", a affirmé le ministre de Donald Trump.

Dans un communiqué, la Maison Blanche a assuré que l'imposition des tarifs sur l'acier, déjà en place pour le Japon, la Chine, la Turquie et la Russie notamment, avait "un impact positif majeur sur les emplois".  

M. Ross a minimisé les risques de représailles de la part des pays visés estimant que les importations venant de l'Union européenne représentaient "peu de chose" par rapport au déficit commercial américain (moins de 3 milliards de dollars). Il a ajouté qu'il y avait "un potentiel de discussion" avec l'Union européenne.

Mais, a-t-il ajouté, "comme nous ne savons pas quelle va être leur réaction à l'idée de continuer les discussions" malgré l'imposition des droits de douane, "il est un peu prématuré pour savoir quels seront les sujets de ces négociations".

Nul doute que la décision américaine va être au centre des discussions du G7 Finances qui débute jeudi à Whistler au Canada.

- "Amerique d'abord" vs "Europe Unie" -

Peu après l'annonce de Washington, qui était pressentie ces derniers jours même si certains Européens espéraient encore l'imposition de quotas à l'exportation plutôt que des tarifs douaniers, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré à Bruxelles: "l'Union européenne ne peut pas rester sans réagir (...) Ce qu'ils peuvent faire, nous sommes capables de faire exactement la même chose".

"Les Etats-Unis ne nous laissent pas d'autre choix que de porter ce conflit devant l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et d'imposer des droits de douane supplémentaires à un nombre de produits en provenance des USA", a expliqué M. Juncker.

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, a qualifié les taxes américaines d'"injustifiables et injustifiées" et appelé Bruxelles à répondre en prenant des mesures de sauvegarde et de "rééquilibrage". 

"Aujourd'hui, en matière de commerce international, nous dansons au bord du gouffre", a alerté le secrétaire d'Etat. 

A Berlin, le gouvernement allemand a immédiatement promis que la réponse à "l'Amérique d'abord" sera "l'Europe unie" avertissant que "les guerres commerciales ne connaissent aucun vainqueur". 

Les taxes douanières sont "illégales", a en outre asséné la chancelière allemande Angela Merkel dénonçant "une escalade qui nuira à tout le monde". 

Le ministre français de l'économie Bruno Le Maire avait la veille prévenu que le commerce mondial n'était "pas un règlement de compte à OK Corral", se référant à un western classique américain. 

"Ce n'est pas chacun attaque l'autre et on voit qui reste debout à la fin", avait-il ajouté.

A propos du Mexique et du Canada, le secrétaire américain au Commerce a souligné que les négociations sur l'Aléna "prenaient plus de temps qu'espéré". "Il n'y a plus de date précise pour la conclusion des négociations, donc (ces pays) ont été ajoutés à la liste de ceux qui vont payer des tarifs", a-t-il déclaré.

Le gouvernement mexicain a condamné "catégoriquement" les mesures américaines et annoncé des représailles.

L'administration américaine a indiqué aussi que la Corée du Sud avait négocié un quota d'acier tandis que l'Argentine, l'Australie et le Brésil ont pris des dispositions pour "limiter le volume qu'ils peuvent expédier aux Etats-Unis au lieu des droits de douane".

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