Les licenciements continuent aux Etats-Unis malgré le plan de sauvegarde

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Un voyageur traverse le hall vide de l'aéroport de Houston, le 10 juin 2020
Un voyageur traverse le hall vide de l'aéroport de Houston, le 10 juin 2020
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© AFP, ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

AFP, publié le jeudi 18 juin 2020 à 12h06

Comme la pandémie de Covid-19 ravageait son activité dans le tourisme, Arrangements Abroad a dû se mobiliser pour obtenir un prêt de 597.000 dollars dans le cadre du programme de sauvegarde de l'emploi mis en place en urgence aux Etats-Unis.

Les fonds du Paycheck Protection Program (PPP) ont permis à cette société basée à New York, spécialisée dans l'organisation de voyages culturels, de payer les salaires de son personnel pendant quelques mois.

Mais elle n'a pu éviter des licenciements: la semaine dernière, elle a dû se défaire de six de ses 30 employés, signe que malgré les efforts financiers inédits de l'Etat, la pandémie continue ses ravages sur l'emploi.

Pourtant, "nous avons dépensé chaque centime", soupire Jim Friedlander, président de l'entreprise.

Jeudi, le ministère du Travail dévoilera le nombre de personnes ayant pointé au chômage la semaine dernière, qui devrait avoir diminué par rapport à la semaine précédente. Mais il restera très supérieur à la tendance d'avant la pandémie.

"Le pire en matière de licenciements est derrière nous", résume Lydia Boussour, économiste chez Oxford Economics. "Mais il y en aura encore."

Elle estime que 60% des emplois perdus seront recréés d'ici la fin de 2020 mais les travailleurs toujours au chômage mettront beaucoup plus de temps à trouver des opportunités d'emploi.

Le flux constant de licenciements reflète le bilan mitigé du programme PPP, certaines entreprises à l'instar de Arrangements Abroad continuant de réduire ses effectifs quand d'autres comme Legacy Toys, dans le Minnesota, ne parviennent toujours pas à réembaucher la majorité du personnel.


Le programme, qui fournit des prêts aux petites et moyennes entreprises affectées par le coronavirus pour couvrir les salaires de leurs employés et une partie du loyer, avait été élaboré dans le cadre de la loi CARES, un gigantesque plan d'aide aux entreprises et ménages de quelque 2.200 milliards de dollars. Les prêts sont annulés si les entreprises gardent ou réembauchent leurs employés pendant une certaine période.

Le déploiement de ce dispositif a été poussif, l'afflux de demandes ayant été tel que les systèmes informatiques de l'administration américaine ont planté.

Des prêts de la première tranche de 350 milliards de dollars du programme avaient en outre été accordées à des entreprises plus grandes qui ne pouvaient, en principe, pas y prétendre. Celles-ci dont une équipe de la célèbre NBA, ont dû rembourser.

- Moins de PME viables ? -

La demande pour la seconde tranche du PPP a diminué.

Si les 350 milliards de dollars initiaux ont été rapidement dépensés, 130 milliards de la seconde tranche sont encore disponibles, ce qui pourrait être le signe que moins de petites entreprises se voient accorder des prêts, faute d'être viables.

Pourtant, le PPP a probablement contribué à la baisse du chômage et aux créations d'emplois en mai, estiment les économistes.

Pour le patron de Arrangements Abroad, le PPP a fourni à l'entreprise une chance de se repositionner pour l'avenir.

"Nos employés sont financièrement et psychologiquement mieux" lotis, a aussi estimé M. Friedlander.

Pour autant, il souligne que désormais ce n'est pas d'un prêt dont sa société a besoin mais d'un vaccin "pour que les gens se sentent en sécurité" pour travailler et voyager.

Pour l'heure, il ne voit pas de reprise avant la mi-2021.

De son côté, Legacy Toys a utilisé son prêt PPP pour créer une entreprise de commerce en ligne opérant à partir de ses sept magasins du Minnesota et du Dakota du Nord.

Les clients n'étant toujours pas autorisés à entrer dans les magasins, la demande "monte en flèche" pour la collecte de jouets devant les magasins après avoir été commandés en ligne, a indiqué le propriétaire Brad Ruoho.

Pour autant, Legacy, qui a obtenu un prêt PPP de 160.000 dollars, n'a pu réembaucher que 35 de ses 75 membres employés car les centres commerciaux fonctionnent avec des horaires réduits. 

Les efforts de l'entreprise ont aussi été mis à mal par les manifestations à Minneapolis après le meurtre de George Floyd. 

Pendant une semaine, un magasin a été inaccessible et l'entreprise a perdu environ 40 colis brûlés dans un bureau de poste de Minneapolis qui a été pillé. 

Mais "nous sommes des combattants. Nous n'abandonnerons pas", jure M. Ruoho.

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