Les remontées mécaniques ne rouvriront pas jeudi, les stations de ski misent sur les vacances de février

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Des personnes regardent la carte du domaine skiable de Villard-de-Lans, le 5 janvier 2021 en Isère
Des personnes regardent la carte du domaine skiable de Villard-de-Lans, le 5 janvier 2021 en Isère
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© AFP, Philippe DESMAZES

AFP, publié le mercredi 06 janvier 2021 à 21h17

Les remontées mécaniques ne rouvriront pas jeudi. Les stations de ski françaises, déçues, espèrent toutefois encore pouvoir sauver les vacances de février, cruciales pour leur économie fragile.

La décision est finalement tombée mercredi soir: alors que plus de 25.000 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés au cours des dernières 24 heures en France, les remontées mécaniques ne rouvriront pas jeudi comme cela avait été initialement envisagé, a indiqué à l'AFP le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne.

"Le gouvernement est bien conscient qu'il y a un besoin de visibilité pour le secteur de la montagne et on s'attache à leur donner le plus vite possible cette visibilité pour la suite de la saison", a-t-il assuré, précisant toutefois qu'aucune date ne devrait être fixée avant le Conseil de défense de la semaine prochaine.

"On en a marre, il nous faut une date ferme et définitive et qu'on arrête de nous promener", a réagi auprès de l'AFP le président de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM), Jean-Luc Bloch.

"Vous avez le droit de prendre l'avion, le train, le métro mais la montagne c'est dangereux? On ne comprend plus", a-t-il grincé, estimant que la confiance était "perdue".

Même déception du côté du président de Domaines skiables de France, Alexandre Maulin: "On est des aveugles dans le brouillard quant à la survie de notre modèle économique", avec "déjà une catastrophe économique", notamment en raison de l'absence de la clientèle étrangère.

Dans un communiqué plus tôt cette semaine, Domaines skiables de France (DSF) avait déjà enjoint le gouvernement "à l'action et à la prise de décision".

"C'est l'incertitude qui est la plus délicate", avance Éric Bouchet, directeur de l'office du tourisme des Deux Alpes (Isère). "Pour que la saison se prépare il faut (...) permettre aux réservations d'être prises, préparer le domaine, les équipes et organiser le recrutement et le logement des saisonniers."

"Ce qu'on voudrait, c'est qu'on puisse envisager une ouverture sous conditions, avec par exemple un système de jauge. Mais le plus tôt possible parce que le point d'orgue reste les vacances de février", poursuit Akim Boufaïd, directeur de la station de Saint-Lary, dans les Pyrénées françaises.

 - Facture à 1,5 milliard -

Dans un premier bilan d'étape de la saison, les professionnels de la montagne ont fait état cette semaine d'un taux d'occupation en "chute libre", évoquant la perte de chiffre d'affaires de l'ensemble de la filière à 1,5 milliard d'euros sur les deux semaines des congés de Noël.

A Saint Lary, où la baisse des réservations avoisine les 40% sur la quinzaine de Noël, le bilan comptable des remontées est limpide: "zéro activité et zéro chiffre d'affaires. C'est d'autant plus rageant et frustrant que cela faisait deux ans que l'on n'avait pas eu autant de neige", explique Akim Boufaïd.

M. Bouchet indique qu'en dépit d'une fréquentation moins faible qu'attendu, les recettes aux Deux Alpes ont chuté de 99%. "On peut faire de la raquette, de la luge, de la randonnée, mais tout cela est gratuit et occasionne quand même des charges pour la station: entretien et damage des pistes, organisation des secours, déclenchement préventif d'avalanches, navettes, déneigement..."

Dans le Vercors, où le tourisme a chuté de moitié durant les fêtes, les professionnels estiment que les stations ont su "limiter la casse" avec une diversification d'activités historiquement plus ancrée qu'ailleurs dans les Alpes.

 - Le 20 janvier ou rien -

"Le plus important c'est qu'on ait une date définitive, qui ne peut pas être postérieure au 20 janvier", affirme M. Bouchet, des Deux Alpes. "Si ce n'est pas le cas, cela pourrait signifier ne pas ouvrir en février, et par effet domino ne pas rouvrir de la saison".

"On a vraiment un sentiment de discrimination. Aujourd'hui, les protocoles anti Covid-19 élaborés avec les préfets sont pertinents, avec la mise en place de tests, des hébergements réquisitionnés pour isoler, et des protocoles pour l'accès aux remontées. Et puis en Isère, on a établi que moins de 10 personnes sont susceptibles de descendre en réanimation, pour nous la question n'est donc pas celle de la traumatologie", poursuit-il.

"À quatre semaines des vacances de février, l'enjeu est majeur pour remettre en route les stations, privées de 80% d'activité à Noël", insiste Domaines skiables de France, estimant que "le ski n'est pas une activité à risque".

Reste à savoir si cela suffira à convaincre Emmanuel Macron, qui a reçu de la part du maire de Châtel, en Haute-Savoie, deux forfaits de ski en guise de voeux, a rapporté mardi le Dauphiné Libéré.

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