Les tarifs bancaires stables en 2019, mais quid de 2020 ?

Les tarifs bancaires stables en 2019, mais quid de 2020 ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 03 octobre 2019 à 22h35

Sous la pression du gouvernement et du mouvement des "gilets jaunes" les banques ont gelé leurs tarifs en 2019. Mais la baisse continue des taux d'intérêts les porte à vouloir reprendre les hausses tarifaires l'an prochain.

Les banques ont joué le jeu en 2019, respectant leur engagement pris fin 2018, en pleine crise des Gilets jaunes, de ne pas augmenter leurs tarifs en 2019. Cependant, des disparités demeurent sur les frais d'incidents bancaire, a relevé l'Observatoire des tarifs bancaires (OTB) dans son rapport annuel publié jeudi.

L'observatoire "a constaté qu'il n'y avait eu effectivement aucune hausse de tarifs en 2019 et que cinq tarifs étaient même en baisse - les abonnements permettant de gérer les comptes internet, les produits offrant des alertes sur compte par SMS, les cartes de paiement à débit différé ou à autorisation systématique et les frais de mise en place des prélèvements", a indiqué l'OTB dans un communiqué.

Sous la pression des "Gilets jaunes"

A l'automne 2018, à la demande du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, les frais d'incidents bancaires avaient été plafonnés à 20 euros par mois et 200 euros par an pour les détenteurs de l'offre spécifique, qui propose des services bancaires de base au coût mensuel de 3 euros maximum, sans autorisation de découvert et avec émission de chèques très limitée.

Suite au mouvement des "gilets jaunes", le gouvernement avait poussé en décembre 2018 les banques à plafonner les frais d'incidents bancaires à 25 euros mensuels pour l'ensemble des clients fragiles, même s'ils ne sont pas détenteurs de l'offre spécifique.

Disparités importantes pour certains frais d'incidents bancaires

Parmi les différents frais d'incidents bancaires, la plupart ont été homogènes, selon l'OTB. Le tarif des commissions d'intervention, plafonné à 8 euros par commissions, a ainsi très peu évolué, baissant dans près d'un tiers des établissements bancaires pour la clientèle jeune.

En revanche, pour certains frais d'incidents, l'observatoire constate "de larges dispersions tarifaires". C'est notamment la cas des lettres sur compte débiteur, dont le coût va de la gratuité jusqu'à 24,40 euros, ou des lettres d'information préalable (de 0 à 20 euros).

"Pas illogique" de relever les tarifs en 2020, selon la Société générale

La stabilisation des tarifs bancaires pourrait cependant de ne pas durer. En effet, dans un secteur bancaire en pleine mutation, qui s'apprête à supprimer des milliers de postes, les marges bénéficiaires sont mises sous pression par la chute continue des taux d'intérêt.

Or, cette pression va s'accentuer avec l'annonce de nouvelles mesures d'assouplissement de la Banque centrale européenne afin de contrer le ralentissement conjoncturel dans la zone euro.

Ainsi, Marie-Christine Ducholet, patronne de la banque de détail de la Société Générale, a prévenu cette semaine qu'il ne serait "pas illogique" de relever les tarifs en 2020. "On les a gelés à la demande de l'Etat, dans le contexte des "gilets jaunes". Il ne serait pas illogique qu'on les relève désormais", a-t-elle expliqué dans un entretien publié par 'Les Echos' du 30 septembre. La responsable a estimé que "les clients sont (...) prêts à payer plus s'ils disposent de services à forte valeur ajoutée", citant par exemple les virements instantanés.

Vers la taxation des très gros dépôts bancaires ?

La persistance des taux bas a engendré à la Société Générale, comme dans d'autres banques, une "réflexion" sur de "nouveaux modèles de facturation". "Avec les taux positifs, il était plus facile d'offrir des services gratuits car on pouvait se rémunérer par ailleurs sur les dépôts", a expliqué Mme Ducholet.

Dans ce contexte, les établissements bancaires sont de plus en plus nombreux à songer à taxer les gros dépôts bancaires, supérieurs à 100.000 euros. A ce sujet, le président de la Fédération bancaire européenne, le Français Jean-Pierre Mustier, a déclaré jeudi qu'"il serait extrêmement important que les taux négatifs ne s'arrêtent pas au bilan des banques... Les mesures doivent atteindre les clients si nous voulons que la politique monétaire produise son plein effet", a-t-il déclaré lors d'une conférence organisée à Bruxelles.

Alors que la plupart des établissements financiers ont jusqu'ici refusé de faire payer leurs clients, M. Mustier (également patron d'UniCredit) a affirmé que la BCE devrait se montrer plus ferme et dire aux prêteurs : "S'il vous plaît, transmettez les taux négatifs à vos clients d'une manière ou d'une autre, en protégeant bien sûr les petits clients" (ndlr : ceux ayant moins de 100.000 euros sur leur compte).

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