Liban : la crise économique pousse le chef de la diplomatie à la démission

Liban : la crise économique pousse le chef de la diplomatie à la démission©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 03 août 2020 à 12h44

La livre libanaise a perdu 80% de sa valeur depuis les manifestations de l'automne dernier, le système bancaire est paralysé et les épargnants n'ont plus le droit de disposer à leur guise de leurs dépôts.

Le Liban traverse sa pire crise économique depuis la guerre civile des années 1975-1990... Une situation qui a poussé lundi le ministre libanais des Affaires étrangères Nassif Hitti à présenter sa démission, déplorant l'absence de volonté politique de réforme.

"Compte tenu de l'absence de volonté effective de réaliser une réforme structurelle et globale appelée de ses voeux par notre pays et la communauté internationale, j'ai décidé de démissionner", écrit le chef de la diplomatie libanaise dans un communiqué.

"Des intérêts contradictoires"

"J'ai participé à ce gouvernement pour travailler pour un patron appelé le Liban, puis j'ai trouvé dans mon pays plusieurs patrons et des intérêts contradictoires", déplore-t-il. "S'ils ne s'entendent pas pour sauver le peuple libanais, Dieu nous en préserve, le navire coulera avec tout le monde dessus", poursuit-il.

Nassif Hitti, ancien ambassadeur du Liban auprès de la Ligue arabe, a été nommé ministre des Affaires étrangères en janvier lors de la formation du gouvernement du Premier ministre Hassan Diab.

Sa démission est également liée à des divergences avec ce dernier, en particulier à la suite d'une visite à Beyrouth du ministre des Affaires étrangères français, ont déclaré à Reuters des sources proches du ministère.

Effondrement de la livre

L'effondrement depuis octobre dernier de la monnaie libanaise a provoqué une crise économique qui a alimenté un mouvement de contestation et de remise en cause des élites, accusées de corruption. La livre libanaise a perdu 80% de sa valeur depuis les manifestations de l'automne dernier, le système bancaire est paralysé et les épargnants n'ont plus le droit de disposer à leur guise de leurs dépôts.

Le Liban sollicite depuis le mois de mai une aide du FMI sur la base d'un plan de sauvetage mis au point par le gouvernement, mais des dissensions internes persistent, notamment en ce qui concerne les pertes à faire assumer au secteur financier et les moyens de les couvrir.

Des réformes attendues

Le 23 juillet dernier, Jean-Yves Le Drian avait exhorté les dirigeants libanais à mettre en oeuvre d'urgence des réformes "attendues depuis trop longtemps" afin de bénéficier d'une aide du Fonds monétaire international (FMI), des propos qui avaient été semble-t-il mal accueillis par Hassan Diab. La France, qui a administré le Liban pendant l'entre-deux-guerres, est à la pointe des efforts visant à sortir le pays de la crise. Paris a organisé une conférence des donateurs il y a deux ans.

Plus de 11 milliards de dollars avaient été alors promis par les bailleurs de fonds, à condition que le pays, qui a entamé des discussions avec le FMI en mai dernier, engage des réformes qui n'ont toujours pas été mises en place.

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