Limitation à 80km/h : Collomb lève le pied... et se fait recadrer

Limitation à 80km/h : Collomb lève le pied... et se fait recadrer©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 18 mai 2018 à 12h15

C'est un dossier qui semble toujours plomber la popularité d'Emmanuel Macron : la décision du gouvernement de limiter à 80 km/h la vitesse sur les routes secondaires à double sens. Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a créé une brèche dans l'unité gouvernementale, en admettant des réserves sur cette idée... avant de se faire recadrer par le Premier ministre quelques heures plus tard.

Alors qu'il se trouvait jeudi à Rungis (Val-de-Marne) dans le cadre d'un tour de France des ministres pour expliquer l'action gouvernementale, Gérard Collomb a refusé de répondre alors qu'un participant à une réunion publique lui demandait sa position sur le sujet. "Je prends un joker sur la question", a-t-il lancé.

La réaction d'Edouard Philippe ne s'est pas fait attendre. "Quand on a l'honneur d'exercer des responsabilités publiques, il faut parfois choisir entre de mauvaises décisions qui rendent populaire et des décisions bonnes qui rendent impopulaire", a affirmé le Premier ministre en marge d'un déplacement à Strasbourg.

"Le gouvernement, dans sa globalité, a choisi et assume ce choix", a-t-il insisté, ajoutant qu'il savait pouvoir "compter sur l'engagement du ministre de l'Intérieur pour faire en sorte que cette mesure du gouvernement soit mise en oeuvre dans d'excellentes conditions."

"Tout ce que fait le Premier ministre me plaît !"

Il faut dire que Gérard Collomb n'a pas seulement émis ses doutes lors d'une réunion dans les médias. Invité à s'expliquer vendredi matin sur BFM TV, le ministre a encore un peu plus creusé l'écart sur cette question des 80km/h : "Le Premier ministre a décidé, donc moi tout ce que fait le Premier ministre me plaît, par définition." "Je pense que le but recherché est un bon but... Evidemment, on a beaucoup de morts sur les routes de France et donc il convient de prendre l'ensemble des mesures qui permettraient de diminuer cela", a-t-il expliqué.

Mais, a-t-il nuancé, "les routes départementales en question appartiennent souvent aux départements, donc ça veut dire qu'il faut peut-être davantage travailler avec eux si l'on veut que la mesure prenne sa pleine effectivité."

Grande cause nationale

Gérard Collomb a poursuivi, évoquant un tropisme "chiraquien" chez Edouard Philippe dans la lutte contre l'"accidentologie" française. Lors de sa réélection, en 2002, Jacques Chirac avait décrété la sécurité routière grande cause nationale, en mettant notamment en place en 2003 des radars automatiques qui avaient permis une diminution notable de la mortalité sur les routes.

"Le Premier ministre, dans la version chiraquienne des choses, pensait que peut-être ça pouvait faire à nouveau baisser le nombre de morts sur les routes, et donc si on aboutit à ce résultat, ça sera bien", a dit Gérard Collomb. "Il a dit lui-même d'ailleurs qu'au bout de deux ans, il ferait la conclusion pour savoir si effectivement c'était une mesure qui marchait", a-t-il ajouté.

Pressé de clarifier sa position par le journaliste - "Ça ne vous plaît pas, (...) vous n'allez pas me contredire ?" -, le ministre de l'Intérieur a répondu : "Je ne vous contredis jamais !"

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