Londres promet des enquêtes sur la chute de Carillion

Londres promet des enquêtes sur la chute de Carillion

Faillite de Carillion: le gouvernement britannique exige l'ouverture d'enquêtes

AFP, publié le mardi 16 janvier 2018 à 18h24

Le gouvernement britannique a promis mardi des enquêtes sur la faillite de Carillion, au lendemain de la brutale liquidation du géant de la construction et des services publics.

"Il est important que nous y voyons clair rapidement sur les événements qui ont entraîné la liquidation de Carillion", a souligné le ministre des Entreprises, Greg Clark.

Le ministre a écrit lundi soir aux services organisant la liquidation pour qu'ils enquêtent rapidement sur les agissements passés des dirigeants de la société et le possible tort causé aux actionnaires, créanciers, salariés et entreprises affectés par la faillite.

La rémunération de l'ancien directeur général du groupe, Richard Howson, est au coeur des débats, lui qui a touché 1,5 million de livres en 2016 et perçu en plus près de 700.000 livres pour son départ.

Le ministre a aussi demandé au Financial Reporting Council d'ouvrir une investigation sur les contrôles des comptes réalisés chez Carillion. Cette enquête devrait concerner notamment le cabinet KPMG, qui avait signé les comptes 2016 et qui s'est défendu de toute erreur. 

L'effondrement de Carillion, dévoilé lundi matin après l'échec de négociations sur son renflouement, a créé une onde de choc dans le pays et le gouvernement conservateur est mis en cause. 

Les libéraux-démocrates reprochent à l'exécutif d'avoir ordonné de nouveaux contrats à Carillion alors que le groupe était déjà en grande difficulté. A gauche, les travaillistes appellent à un rôle accru de l'Etat tandis que la confédération syndicale TUC a demandé une "task force" pour préserver les emplois.

"Il ne pouvait pas être attendu des contribuables qu'ils renflouent une société privée", a pourtant martelé la Première ministre Theresa May, selon un porte-parole.

Elle a assuré néanmoins que le gouvernement surveillerait "tout problème qui émergerait concernant les services publics".

L'exécutif a annoncé qu'il financerait les nombreux contrats de service public, au nombre de 400 environ, assurés jusqu'à présent par Carillion auprès d'écoles, de prisons, d'hôpitaux ou de l'armée.

- Un secteur peu rentable ? -

Les conséquences de la faillite de Carillion sont pour l'instant difficiles à évaluer, que ce soit le coût pour l'Etat, l'avenir des 43.000 employés dans le monde dont près de 20.000 au Royaume-Uni, ou la viabilité des projets auxquels participait le groupe.

Hors services publics, le gouvernement n'a garanti les contrats privés de Carillion que pour 48 heures, ce qui signifie qu'au-delà de cette échéance et faute de repreneurs, ils prendront fin.

Les conséquences pour les banques créancières, qui ont une exposition totale de quelque 2 milliards de livres, sont quant à elle "gérables" a assuré mardi un haut responsable de la Banque d'Angleterre.

Carillion participait à la construction de High Speed 2 (HS2) la nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse au Royaume-Uni, ou encore à la transformation d'une ancienne centrale électrique en complexe de bureaux et de logements à Battersea dans le sud de Londres, deux projets qui ne semblent pas menacés.

En revanche, une série de chantiers de moindre envergure sont affectés, comme la construction d'une route dans le Lincolnshire (est de l'Angleterre) ou encore d'un hôpital à Birmingham (ouest).

Le groupe, dont le siège est à Wolverhampton (centre de l'Angleterre), croulait sous une dette de 1,5 milliard de livres (1,68 milliard d'euros), en partie lié à son fonds de retraite.

La situation financière du groupe s'était brutalement dégradée ces dernières mois, en raison de reports de chantiers, de difficultés dans l'exécution de contrats et de retards de paiement, entraînant un plongeon de son action.

Le PDG du groupe français de construction Vinci, actif au Royaume-Uni, a souligné pour sa part que le secteur du BTP avait, de façon générale, "du mal à être profitable sur la durée" dans ce pays. 

"En Grande-Bretagne ils adorent tout ce qui est légal et financier et dans les budgets des affaires, vous avez tout un tas de gens qui pompent une partie des budgets à travers des consultants, des études financières, des consultants de consultants... moyennant quoi il reste une peau de chagrin qu'on donne à l'entreprise qui prend tous les risques, c'est-à-dire la construction", a expliqué Xavier Huillard à Paris lors d'un point presse sur Vinci. 

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