Malgré l'inquiétude des autorités, les prêts immobiliers restent en plein essor

Malgré l'inquiétude des autorités, les prêts immobiliers restent en plein essor
Une zone pavillonnaire à Ayguesvives, près de Toulouse, le 30 octobre 2018

AFP, publié le mardi 21 janvier 2020 à 16h40

Les crédits immobiliers ont franchi des niveaux jamais vus l'an dernier en France et la donne n'est pas partie pour changer cette année, malgré l'inquiétude de plus en plus marquée des autorités financières qui appellent les banques à se modérer.

Les taux des crédits immobiliers ont achevé l'année à 1,13% en moyenne dans le secteur privé, soit à peu de chose près un niveau semblable à leur plancher historique touché le mois précédent à 1,12%, montre mardi l'étude mensuelle de référence de l'observatoire Crédit Logement/CSA. 

Parallèlement, la durée moyenne d'un prêt immobilier est restée historiquement élevée, à un peu plus de 19 ans.

Cette situation est d'abord une conséquence de la politique monétaire extrêmement favorable au crédit de la Banque centrale européenne (BCE). Mais, paradoxalement, elle commence à préoccuper les autorités financières françaises.


Celles-ci ont demandé fin 2019 aux banques françaises de calmer le jeu en évitant d'octroyer des prêts de plus de 25 ans. Elles leur ont aussi demandé de ne pas accepter des dossiers pour lesquels les remboursements mensuels représenteraient plus d'un tiers des revenus du particulier.

Il s'agit pour l'heure de simples recommandations. Mais la semaine dernière, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait menacé de durcir les contraintes en imposant aux établissements une "surcharge en capital" quand ils pratiquent des prêts jugés à risque.

Les "dérives doivent s'arrêter et des comportements doivent changer, vite", avait-il martelé lors de ses vœux aux professionnels de la finance.

- Un marché "très sain" -

Il n'y a "pas de dérive de notre point de vue", a répliqué mardi Patrick Lepescheux, directeur général délégué de Crédit Logement, société qui réunit à son capital les principales banques françaises.

"Le niveau de risque, actuellement, est très sain", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse, niant toute comparaison avec la crise des "subprimes" née aux Etats-Unis en 2007 et largement à l'origine de la pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930.

De fait, même si le montant global des emprunts immobiliers est à un niveau sans précédent en France, les observateurs ne craignent pas d'effondrement comme dans le cas des subprimes, qui avait vu de nombreux ménages américains faire défaut en cascade sur leurs crédits après s'être trouvés incapables de les rembourser.

"Le marché immobilier français, par son historique et les modes de distribution appliqués, reste un produit extrêmement sûr", a souligné auprès de l'AFP Nicolas Malaterre, spécialiste des banques françaises au sein de l'agence de notation S&P Global Ratings.

Principale différence avec les Etats-Unis et d'autres pays, les particuliers français signent d'entrée pour un niveau fixe d'intérêts à rembourser. Ceux-ci ne risquent donc pas de s'envoler en cas de contexte moins favorable au crédit.

"On est sur un marché à taux fixe, avec une analyse de la capacité de remboursement des emprunteurs, et pas un marché de type anglo-saxon où l'on prête plutôt en fonction de la valeur du bien immobilier", détaille M. Malaterre. 

"Le point d'attention, c'est plutôt l'érosion des revenus de la banque de détail en France", enchaîne-t-il.

Plutôt que des faillites en série chez les particuliers, c'est l'un des principaux points qui préoccupe les autorités. En proposant des conditions de plus en plus avantageuses aux clients, les banques se mènent une vive concurrence qui leur laisse bien peu de marge de manœuvre alors que leurs revenus sont dans l'ensemble moroses depuis des années.

En tout état de cause, l'année 2020 ne s'annonce pas comme un tournant pour le crédit immobilier, même si le nombre de prêts octroyés a un peu ralenti sa hausse en fin d'année dernière.

"2020 va ressembler assez à 2019: sur les taux immobiliers, je m'attends à une stabilité", conclut auprès de l'AFP un autre expert de S&P, Sylvain Broyer, remarquant que la politique monétaire de la BCE ne devrait pas dans l'immédiat connaître d'inflexion notable dans un sens ou l'autre.

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