Marchés : les indices boursiers au rebond

Marchés : les indices boursiers au rebond©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 10 mars 2020 à 10h26

Après avoir plongé lundi, les marchés financiers reprennent en moyenne 3 à 4% ce mardi

La tendance est au rebond ce mardi sur les places européennes dans le sillage des indices asiatiques qui ont repris de 1 à 3% en moyenne. Sur le vieux continent, le sursaut est de 3% sur le CAC40, identique à celui observé à Amsterdam, Francfort et Madrid. Bruxelles remonte de 4%, alors que Milan reprend 2,8% après les mesures de confinement annoncées sur l'ensemble du pays hier soir pour tenter d'endiguer l'épidémie qui s'est rapidement répandue dans le nord de l'Italie ces derniers jours.

Hier soir, alors que Wall Street a chuté lourdement de 7%, le président américain Donald Trump a déclaré qu'il rencontrerait ce mardi les républicains de la Chambre des représentants pour discuter de possibles réductions d'impôts et d'une aide "substantielle" que pourraient recevoir "ceux qui sont payés à l'heure" pour qu'ils ne soient pas pénalisés par la situation sanitaire. Donald Trump a également évoqué des prêts aux petites entreprises et a expliqué travailler de près avec les industries dans les secteurs aérien et hôtelier, ainsi qu'avec les croisiéristes, frappés de plein fouet par le coronavirus.

"Opération commando"

Plusieurs grands chefs d'entreprises seront aussi invités à la Maison blanche pour évoquer les pistes de relance économique pour contrebalancer les effets dépressifs de l'épidémie de coronavirus sur la croissance américaine.

Le président Trump compte ainsi prendre plusieurs mesures "de grande ampleur", qui seront détaillées ce mardi... Donald Trump a évoqué parmi les pistes de travail "une coupe possible dans les taxes salariales" qui doit être discutée avec les responsables du Congrès. "Nous allons également parler d'une aide aux personnes qui sont payées à l'heure" (...) "Je serai mardi après-midi pour vous informer sur les mesures économiques que nous prenons, qui seront majeures et de grande ampleur", a encore déclaré le président américain qui a estimé que "le monde avait été pris de court par le coronavirus".

En fin de semaine dernière, Donald Trump avait débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention de la COVID-19...

Lundi noir

Les Bourses mondiales ont vécu un lundi noir hier, les marchés européens abandonnant environ 8% à la clôture, du jamais vu depuis la crise financière de 2008 si l'on excepte la chute brutale des cours qui avait suivi le résultat surprise du référendum sur le Brexit outre-Manche en 2016. La crainte d'une récession mondiale provoquée par l'épidémie de coronavirus, s'est doublée d'un effondrement des cours du pétrole, après l'échec de négociations entre l'Arabie saoudite et la Russie.

L'accord Opep+ qui liait les pays producteurs depuis 2016, a volé en éclats vendredi soir, et chaque pays sera désormais libre d'augmenter sa production, à commencer par l'Arabie saoudite.

Dans un marché mondial déjà en excès d'offre, avant même l'épidémie de Covid-19, la perspective d'une hausse de l'offre de pétrole a fait plonger le cours du brut de plus de 20% lundi...

A Wall Street, le Dow Jones et le Nasdaq ont perdu plus de 7% à la clôture lundi soir. Tous les secteurs ont été attaqués, à commencer par les valeurs pétrolières (-16,6% pour Total à Paris), les banques (-17,6% pour la Société générale) et les valeurs industrielles (16% pour Renault).

L'euro s'envole, les taux s'effondrent

Sur le marché des changes, l'euro s'est fortement apprécié face au dollar, bondissant de 1,6% à 1,1465$. Les investisseurs estiment en effet que la banque centrale américaine dispose d'une marge de manoeuvre plus importante pour baisser ses taux d'intérêts directeurs que la BCE, qui se réunira jeudi pour décider des mesures de soutien à apporter à l'économie de la zone euro.

Les taux d'intérêt sur les emprunts d'Etat se sont écroulés lundi (après des fortes chutes ces deux dernières semaines) : le rendement du Bund allemand à 10 ans est tombé à un plus bas historique à -0,86% (contre -0,71% vendredi) et celui de l'OAT française a fini à -0,39% contre -0,35% vendredi. Aux Etats-Unis, le taux du T-Bond à 10 ans a plongé à 0,50%, contre 0,76% vendredi soir et 1,90% début janvier.

L'or sert de son côté de valeur-refuge, mais sans excès, le métal jaune ayant tout de même progressé d'environ 10% depuis le début de l'année, surpassant les autres placements...

Lundi soir, le bilan mondial du coronavirus est monté à 113.575 personnes atteintes et 3.995 morts (dont 3.120 en Chine). L'Italie, pays européen le plus touché, déplore 9.172 cas et 463 morts (+97 par rapport à dimanche), la France compte environ 1.200 cas et 21 morts, et l'Allemagne a 1.151 cas et 2 morts. Aux Etats-Unis, on relève 607 cas et 22 morts. En Chine, en revanche, le nombre de nouveaux cas est en net ralentissement et les autorités encouragent désormais les employés à reprendre le travail...

Ralentissement ou récession en 2020 ?

Alors que l'épidémie continue de s'étendre dans le monde, les marchés craignent que cette crise n'entraîne une récession mondiale au premier semestre 2020. Shamik Dhar, chef économiste chez BNY Mellon Investment, estime ainsi qu'"un fort ralentissement de la croissance mondiale cette année semble probable, voire une récession mondiale au premier semestre".

L'économiste estime que la chute du prix du pétrole plombera les économies des pays producteurs, mais "contribuera à soutenir la croissance des pays importateurs de pétrole, qui bénéficieront d'une amélioration des conditions commerciales. Il y a un transfert de revenus en cours des producteurs de pétrole vers les consommateurs de pétrole, et cela pourrait stimuler la croissance mondiale si les consommateurs dépensent leurs gains de revenus de manière plus importante que les producteurs ne réduisent leurs dépenses. Chaque baisse de 10 dollars du prix du pétrole transfère environ 0,3 % du PIB mondial des producteurs vers les consommateurs", précise Shamik Dhar.

L'espoir d'une récession de courte durée

De son côté, Joachim Fels, le conseiller économique en chef de Pimco, l'un des plus importants fonds d'investissements du monde, pense que le pire reste à venir pour l'économie mondiale. Interviewé dimanche par l'agence 'Bloomberg', il a notamment estimé que les Etats-Unis et l'Europe sont confrontés à la "possibilité réelle" d'une récession technique au cours du premier semestre. L'économiste a toutefois précisé que si l'épidémie de coronavirus atteint un pic dans les deux prochains mois, il est probable que la récession soit de courte durée.

"On est au bord d'une récession globale", a de son côté affirmé lundi Philippe Waetcher, le directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management, une filiale de la banque Natixis. "Le système international se bloque, sous l'impulsion de la Chine, dont l'activité s'est vraiment ralentie", a-t-il commenté sur la radio 'RTL'. "Des sources d'activités sont fortement pénalisées. On ne voit pas très bien quel pourrait être, dans les semaines qui viennent, la source d'une impulsion positive sur l'activité économique".

Un impact économique "sévère" attendu en France

En France, la Banque de France a revu lundi à la baisse sa prévision de croissance de l'économie française au premier trimestre à 0,1%, contre 0,3% précédemment, en raison de la propagation de l'épidémie de Covid-19 sur le territoire, selon une deuxième estimation. La BdF publiera sa prévision pour l'ensemble de l'année le 23 mars prochain.

Pour l'ensemble de l'année, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a prévenu lundi sur 'France Inter' que "l'impact sera sévère sur la croissance française en 2020". "Cet impact sera de l'ordre de plusieurs dixièmes de points de PIB", a-t-il précisé, en rappelant qu'il prévoyait auparavant 1,3% de croissance du PIB . Le gouvernement ne donnera toutefois pas de prévision plus précise avant le 15 avril...

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