Migration des saumons et droit des Indiens au menu de la Cour suprême américaine

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Un saumon bondissant de l'eau  sur l'île de Bainbridge, dans l'Etat de Washington. Photo prise le 13 janvier 2004
Un saumon bondissant de l'eau sur l'île de Bainbridge, dans l'Etat de Washington. Photo prise le 13 janvier 2004
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© Getty Images

AFP, publié le mercredi 18 avril 2018 à 08h22

Les très austères juges de la Cour suprême à Washington vont s'évader mercredi vers les grands espaces de l'Ouest américain, pour se pencher de façon très sérieuse sur la migration des saumons et les droits ancestraux des tribus indiennes.

Bien sûr, ils feront ce voyage sans quitter leur majestueuse salle d'audience aux colonnes de marbre sur la colline du Capitole. Mais les débats les emmèneront, photos et témoignages à l'appui, jusque dans le lit des torrents qui dévalent de l'autre côté des Rocheuses. 

Ce transfert sera aussi temporel. En effet, pour saisir l'enjeu de la question à trancher, il faut revenir au XIXe siècle. 

C'est le siècle de la conquête du Far West, des colons aventuriers, du chemin de fer des grandes plaines, du télégraphe et des guerres indiennes. 

Au milieu des années 1850, toutes les terres de l'Amérique ne sont pas encore des Etats rattachés à l'Union. 

On trouve notamment, au nord-ouest du pays, le "Territoire de Washington". Son premier gouverneur, Isaac Stevens, est vivement controversé tant il se montre intraitable envers les Amérindiens. 

- Chasse sacrifiée, pêche préservée -

Réprimant férocement les révoltes, le gouverneur Stevens contraint les tribus à signer des traités qui les spolient de leurs territoires de chasse.

Retirés dans des réserves, les Indiens conservent en compensation un droit de pêche dans les cours d'eau traversant leurs espaces. Les saumons abondent alors.

En détail, le traité leur confère un "droit de prélever du poisson, à tous les endroits et terrains habituels et coutumiers... en commun avec tous les citoyens".

Nouveau bond dans le temps, cette fois en avant: en ce début de XXIe siècle, l'Etat de Washington compte toujours des réserves indiennes, dont les habitants se plaignent de la chute des populations de saumons. 

Selon eux, la pénurie est accélérée en raison des canalisations souterraines par lesquelles les rivières traversent les centaines de routes asphaltées témoignant du développement économique. 

Ces conduites, qui débouchent en surplomb des cours d'eau, empêchent les saumons de remonter les rivières pour se reproduire, ou de les descendre vers la mer, ainsi que l'a montré une étude en 1997. 

- 17 ans de combat judiciaire -

Tel est le point de départ d'un long combat judiciaire lancé en 2001 par 21 tribus indiennes, soutenues par le gouvernement des Etats-Unis en tant que garant des traités fédéraux. Leur adversaire commun: l'Etat de Washington. 

Les plaignants affirment que le texte du traité originel implique que les réserves de poisson soient toujours suffisantes pour nourrir de façon raisonnable les tribus.

Ce combat a vu la victoire des Amérindiens en première instance (2007) et en appel (2016), la justice ordonnant par deux fois la suppression des conduites canalisant les rivières. 

Les élus dirigeant l'Etat de Washington ont manqué de s'étrangler à chacun de ces revers. 

Retirer toutes les canalisations, au nom de la survie des saumons et au nom du respect d'un vieux traité de l'époque coloniale, coûtera à l'Etat deux milliards de dollars, assurent-ils. 

L'heure de la troisième manche, décisive, a aujourd'hui sonné devant la Cour suprême. 

Dans cette affaire mêlant histoire, écologie, fédéralisme et droits amérindiens, le juge Anthony Kennedy s'est récusé, car il a déjà traité ce dossier dans les années 1980.

L'avenir des saumons du Far West dépend donc des huit juges restant.

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