Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs

Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs

Alors que s'éteignent les projecteurs des défilés parisiens, une enquête de l'anthropologue Giulia Mensitieri met en lumière une face moins glamour de cette industrie

AFP, publié le vendredi 26 janvier 2018 à 13h17

Alors que s'éteignent les projecteurs des défilés parisiens, une enquête de l'anthropologue Giulia Mensitieri met en lumière une face moins glamour de cette industrie, en s'intéressant aux travailleurs de la mode, "autant valorisés que précaires".

Pour son livre "Le plus beau métier du monde" qui vient de sortir aux éditions La Découverte, tiré de sa thèse de doctorat soutenue à l'EHESS, elle a interviewé pendant trois ans près d'une quarantaine de "travailleurs créatifs de la mode": stylistes, mannequins, vendeurs, stylistes photo, stagiaires, photographes, maquilleurs, journalistes ou encore étudiants.

"Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de +galère+", explique à l'AFP cette chercheuse à l'université libre de Bruxelles.

Dans cette enquête, où les témoignages sont anonymes, elle suit une styliste photo qui organise des défilés dans des palaces à Hong Kong mais peine à payer le loyer du petit appartement parisien qu'elle habite en colocation, dormant dans le salon. 

Elle décrit des mannequins endettées auprès de leurs agences, peu voire pas payées lors des défilés. Une séance photo pour un magazine de mode avant-gardiste pour laquelle personne n'est rémunéré, un journaliste de mode indépendant qui vit dans 15m2 et gagne sa vie en donnant des cours d'anglais...

"La mode est intéressante parce qu'elle agit comme une loupe. C'est le lieu de l'individualité, de la singularité. C'est éminemment néo-libéral", souligne cette chercheuse italienne. C'est "une industrie générant d'énormes bénéfices, où l'argent est distribué de manière totalement inégalitaire".

La chercheuse évoque "des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n'est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure". Le roman adapté au cinéma "Le Diable s'habille en Prada" est "emblématique", dit-elle: "c'est la +glamourisation+ de la domination".

Chez les travailleurs de la mode, "il y a cette idée que c'est violent, mais c'est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV".

Dans ce milieu règne "une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c'est presque un stigmate", poursuit-elle.

Et puis "il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place", ajoute la chercheuse, qui dit avoir recueilli de nombreux témoignages "de crises d'angoisse, de panique, de dépression, de +burn out+".

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8 commentaires - Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs
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    louisia -

    il faut éviter d'en acheter, comme cela on mettra fin au travail gratuit.

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    jaqo14 -

    Pour éviter les travailleurs précaires en France il vaut mieux faire fabriquer à l'étranger

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    ajlbn -

    Toujours l'exploitation des savoirs et des savoirs faire des ouvriers des salariés, corvéables, par une minorité de rapaces! Les Canuts s'étaient révoltés!

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    ajlbn -

    référence à l'article :
    Inondations en France : le ras-le-bol des habitants de villages exposés
    Statut : en attente de publication
    Il y a 7 minutes
    Tous les ans c'est pareil! On découvre qu'après les pluies et la fonte des neiges, il y a des inondations! Etonnant, non? On construit année après année dans des zones humides, sur des terres d'extension des crues, on supprime les haies, les talus, on comble les fossés et les étiers, on abat des bosquets "pompes à eau", on autorise des lotissements densifiés, ce qui réduit les surfaces d'absorption des pluies. Dans certaines régions, des communes imposent des "bassins d'orages" dans chaque lotissement, et veillent au bon drainage des parcelles, (que certains propriétaires dallent généreusement ou cimentent plus que de raison), et à l'état fonctionnel des fossés collecteurs.
    Comme chaque année, en altitude, on encaisse les dividendes de l'or blanc. On mise sur les stations, mais on néglige les conséquences des fontes des neiges et on laisse les lieux de moindre altitude, puis les plaines se débrouiller avec les suites évidentes et répétées. Il serait logique de prélever une taxe sur les bénéfices engrangés pour traiter les problématiques de fontes. Toujours la vision partielle et l'absence de vision globale, d'étude d'impacts indépendante des lobbys, incluant "la fin de vie du produit neige", et les résultats de pluies abondantes, et les évacuations naturelles et aménagements de lissage, souvent jusqu'à la mer. Dégager les torrents, cascades, curer les cours d'eau, prévoir des retenues et bassins, à suffisance le long des versants, s'assurer de la présence de zones d'extensions de crues non obstruées, vérifier les digues, etc... Un vrai métier de la maîtrise de l'eau, pouvant préconiser des petites zones de stockage en zones humides, bien utiles pour les périodes de sécheresse.
    Et à chaque catastrophe, l'eau monte, inonde des villages, des villes, provoque des drames, des morts, et l'homme ne tire pas les vraies conséquences, car des intérêts financiers sont prioritaires pour certains. Aux assurances de régler(partiellement) et à nos primes d'augmenter, à nous tous, solidaires, même si non concernés et non bénéficiaires de retombées positives des sports d'hiver.
    Nous avons payé des fortunes pour des grands bassins de régulations, qui juré, régleront le problème des crues sur Paris, comme celui du Der. Il serait peut-être bon d'examiner si son utilisation comme base nautique n'a pas influé sur son utilité première, vu les nouveaux risques en région parisienne
    08- fois censuré-repassé

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    louisia -

    manque d'irrigation en France ce qui provoque des inondations. Le travail de cantonnier a été supprimé depuis 45 ans au moins !

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    Noli-Tangere2 -

    Glamour? Bof... Silhouettes-squelettes, déhanchés ridicules, air hautain, sourires aux abonnés absents... C'est ça, le glamour?

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